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[de notre correspondante en Belgique]
Que retenir de cette journée ? L’intervention de Geerd De Ceulaerde, doctorant à l’Université d’Anvers, a ouvert la journée sur une note interpellante : dans un contexte marqué par la prolifération des fake news et la fragilisation des démocraties, quel est le rôle de l’archiviste ? Doit-il rester un simple observateur neutre ou devenir une sentinelle active, chargée de préserver les sources qui permettront de comprendre - et de juger - les bouleversements de notre époque ? Jusqu’où l’archiviste peut-il ou doit-il devenir un activiste de la mémoire ? Centrale, cette question a lancé un débat qui a traversé toute la journée : la neutralité de la fonction archivistique est-elle encore tenable dans un monde où la vérité est contestée et où les sources sont menacées ?
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L’après-midi a été consacré aux évolutions législatives européennes et à leur impact sur le cadre belge. Les associations professionnelles soulignent depuis des années l’urgence d’adapter la législation belge pour qu’elle réponde aux évolutions institutionnelles et aux défis du numérique. Un projet de loi sur les archives, cohérent avec les standards européens, reste à construire. Ce n’est pas une simple question juridique, mais une nécessité politique et stratégique pour garantir l’accès à l’information, la mémoire collective et la responsabilité démocratique. Voilà un vœu pour 2026 : une loi sur les archives, coconstruite avec toutes les parties prenantes du secteur.
Un tournant pour les institutions scientifiques
Parallèlement, une réforme majeure a été annoncée par la ministre fédérale en charge de la Fonction publique, du Numérique et de la Politique scientifique (depuis février 2025). Elle vise à restructurer les dix établissements scientifiques fédéraux, dont font partie notamment les Archives de l’État, la Bibliothèque royale de Belgique, le Musée royal de l’Afrique centrale et les Musées royaux d’Art et d’Histoire.
Les objectifs étant de créer des synergies entre institutions, d’améliorer la lisibilité institutionnelle, d’optimiser les moyens humains et matériels et de renforcer la cohérence des politiques scientifiques, culturelles et patrimoniales.
Ces institutions seront regroupées en deux grandes entités thématiques : "Terre et Espace" (sciences naturelles, climat, géologie, espace) et "Arts et Patrimoine" (collections historiques, culturelles, archives). Ces deux pôles resteront autonomes, mais bénéficieront d’un service d’appui commun, rattaché au SPF BOSA (budget, stratégie, appui et numérisation du service public).
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Pour les agents des institutions concernées, cette réforme suscite de fortes inquiétudes. Depuis plus d’une décennie, les moyens sont en baisse, les charges de travail augmentent et les effectifs sont souvent insuffisants pour assurer les missions de préservation, de valorisation et d’accessibilité. La crainte principale étant évidemment les éventuelles suppressions d’emplois entraînant une centralisation excessive et s’accompagnant d’une diminution des ressources dédiées à la conservation des fonds patrimoniaux - dont la valeur historique, culturelle et scientifique est inestimable.
Un moment de choix pour la profession
Comme le rappelle Edgar Morin, "la crise dans une société suscite deux processus contradictoires. Le premier stimule l’imagination et la créativité dans la recherche de solutions nouvelles. Le second est soit la recherche du retour à une stabilité passée, soit l’adhésion à un salut providentiel…". Les archivistes, gestionnaires de l’information et professionnels du patrimoine sont aujourd’hui confrontés à un moment de choix : subir les changements ou les initier, les accompagner, les transformer. Encourageons nos collègues à oser les changements, plutôt que de les subir.
Marie-Laurence Dubois











