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Formation et compétences : les métiers de la veille et de la documentation entrent dans l’ère de l’IA utile

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    76 % des pros de l'information estiment que l’exercice de leur profession s’est complexifié, contre 75 % en 2025. (Mego-studio/Freepik)
  • L’édition 2026 de la grande enquête formation réalisée  par Serda Compétences montre une profession qui n’a ni renoncé  à ses fondamentaux, ni subi passivement l’arrivée de l’intelligence artificielle générative. Trois ans après la phase d’alerte et d’acculturation, l’heure est davantage à l’appropriation, à l’intégration dans les usages et à la remise en ordre des priorités.

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    En 2025, l’enquête annuelle de Serda Compétences révélait que les professionnels de l’information se sentaient bousculés par l’accélération numérique, la montée des exigences et l’irruption de l’intelligence artificielle générative. Un an plus tard, le décor n’a pas radicalement changé (enquête administrée du 28 février au 31 mars auprès de 188 répondants professionnels de l’information). Il reste dense, mouvant, parfois rude. Mais le regard porté sur cette transformation a évolué. L’impression générale n’est plus celle d’un choc soudain. Elle ressemble davantage à une installation dans la durée.

    Le sentiment de complexification du métier reste massif : 76 % des répondants estiment que l’exercice de leur profession s’est complexifié, contre 75 % en 2025. La confiance dans l’avenir professionnel, elle, demeure stable, avec une note moyenne de 6 sur 10, ce n’est donc pas la panacée, mais pas un effondrement non plus. En revanche, la perception d’une hausse de l’exigence vis-à-vis des compétences recule nettement, de 74 % à 61 %, bien que ce niveau demeure élevé. Le métier ne se simplifie pas ; il cesse simplement d’apparaître comme brutalement déstabilisé. La transformation est toujours là, mais elle devient plus structurelle que spectaculaire.

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    Les verbatims confirment cette installation dans un nouvel état de tension : budgets serrés, effectifs parfois réduits, multiplication des outils, inflation des contenus, injonction à se former en continu, exigences réglementaires renforcées, projets transverses plus nombreux. Ce qui se dessine n’est pas un effondrement du métier, mais un élargissement continu de son périmètre. Le professionnel de l’information doit à la fois sécuriser, structurer, analyser, transmettre, accompagner les usages, dialoguer avec les services métiers et suivre l’évolution des technologies. Le centre de gravité du travail se déplace, mais le niveau d’exigence reste élevé.

    Le travail hybride s’installe vraiment

    Autre signal de fond : le télétravail n’est plus un marqueur marginal. En 2025, 67 % des répondants déclaraient télétravailler au moins un jour par semaine. Ils sont 74 % en 2026. Mieux encore, près d’un professionnel sur deux télétravaille désormais au moins deux jours par semaine. Le travail hybride a donc franchi un cap. Il ne relève plus d’un ajustement ponctuel, mais d’une organisation durable.

    Cette évolution n’est pas anecdotique. Elle transforme la manière de coordonner, de partager l’information, de maintenir le lien d’équipe, d’animer des projets et de rendre visibles des activités parfois peu tangibles. Pour les métiers de l’information, le travail à distance n’est jamais seulement une question de confort logistique. Il interroge les outils, les méthodes, les circuits de validation et la capacité à faire exister son expertise dans des organisations plus éclatées.

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    Les fondamentaux reprennent la main

    L’un des enseignements les plus nets de cette édition 2026 réside dans le retour en force des sujets "cœur de métier". En 2025, la capitalisation des connaissances, les méthodes collaboratives, la pérennité des données, la gestion des data et l’IA formaient déjà le noyau dur des priorités. En 2026, ces thèmes restent centraux, mais leur hiérarchie se précise.

    La capitalisation des connaissances demeure le premier enjeu cité, avec 87 % d’importance cumulée, même si elle recule par rapport à 2025. Les méthodes de travail collaboratives restent très hautes, à 81 %, tout comme la pérennité des données, à 79 %. La gestion des data se maintient à un niveau élevé, autour de 76 %. La lecture d’ensemble est claire : face à l’accélération technologique, les professionnels ne lâchent pas leurs fondamentaux. Au contraire, ils semblent les réaffirmer.

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    Cette inflexion mérite d’être soulignée. En 2025, l’IA pouvait encore apparaître comme le grand sujet absorbant l’attention. En 2026, elle s’inscrit davantage dans un ensemble plus vaste où comptent aussi la gouvernance de l’information, la structuration des connaissances, la qualité des données, les méthodes collectives et la capacité à faire tenir ensemble des systèmes, des contenus et des usages.

    L’IA : de sujet brûlant à celui d’outil de travail

    C’est sans doute sur ce point que le changement entre 2025 et 2026 est le plus frappant. L’an dernier, l’intelligence artificielle générative s’imposait comme une urgence de montée en compétence. Beaucoup en parlaient, peu l’utilisaient vraiment, et la formation restait encore inégalement diffusée. En 2026, le sujet change de nature : près de 80 % des répondants disent utiliser les IA génératives au moins ponctuellement, dont près d’un tiers au quotidien.

    L’IA cesse ainsi d’être seulement un objet de projection. Elle entre dans les gestes professionnels. Elle sert à synthétiser, explorer, reformuler, accélérer certaines tâches ou aider à structurer une réflexion. Dans le même temps, le regard porté sur elle se stabilise. Une majorité relative la juge d’abord pratique, et plus d’un tiers la considère comme un outil parmi d’autres. Les discours très exaltés restent marginaux ; les positions de rejet pur, elles aussi, demeurent minoritaires. Ce qui domine, c’est le pragmatisme.

    Cette évolution est importante. Elle signifie que les professionnels de l’information ne sont plus seulement dans l’acculturation ; ils sont dans l’apprentissage des usages utiles. L’IA n’est pas perçue comme une solution magique. Elle n’efface ni le besoin d’expertise ni la nécessité de vérifier, de contextualiser, de cadrer. Elle agit plutôt comme un accélérateur dont la pertinence dépend fortement de la qualité des données, du niveau de méthode et de la capacité humaine à relire, arbitrer et valider.

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    Formation : moins de découverte, plus de consolidation

    Cette montée en usage ne fait pas disparaître la demande de formation. Elle la transforme. En 2025, le sujet relevait encore largement de la découverte : beaucoup de répondants souhaitaient se former à court terme, mais une minorité seulement avait déjà sauté le pas. En 2026, la part de professionnels déjà formés progresse nettement. Le besoin n’est donc plus seulement d’initier ; il est de consolider.

    Le résultat le plus marquant reste le poids de l’IA dans les compétences à renforcer : 86 % des répondants la placent en tête. Mais ce chiffre n’écrase pas les autres priorités. L’analyse et le traitement des data progressent fortement. La gestion de projet gagne aussi du terrain, tout comme le management, les normes et la réglementation. La recherche d’information et la veille restent à un niveau élevé, même si elles reculent légèrement. La communication, elle, perd du terrain.

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    Cette recomposition dit quelque chose de profond. Les professionnels de l’information ne cherchent pas uniquement à apprendre à "bien prompter". Ils veulent articuler les nouveaux outils avec leurs compétences structurantes : organiser, qualifier, encadrer, analyser, sécuriser, faire circuler la bonne information au bon moment. L’IA ne remplace pas le métier ; elle l’oblige à se redéployer autour de nouvelles combinaisons de savoir-faire.

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    Une formation entre attentes et frein

    Sur le terrain de la formation continue, les grandes constantes demeurent. La demande part très largement des individus eux-mêmes : 95 % des répondants disent être à l’origine de leur demande de formation, contre 90 % en 2025. La volonté d’évoluer dans son métier reste le premier moteur, même si elle partage désormais l’espace avec d’autres motifs : nouveaux outils, nouveaux projets, nouvelles responsabilités, transformations organisationnelles.

    Les attentes formulées vis-à-vis de la formation sont limpides. Les répondants viennent d’abord chercher de bonnes pratiques, des méthodes et des outils immédiatement mobilisables. Le programme reste de loin le premier critère de choix d’une formation. La réputation du centre compte, bien sûr, mais elle ne suffit pas. Le prix reprend également du poids. Dans un contexte contraint, les professionnels arbitrent davantage et veulent être certains que la promesse pédagogique sera à la fois claire, utile et rapidement applicable.

    Le paradoxe, lui, ne bouge presque pas. Jamais l’appétit de monter en compétence n’a semblé aussi fort ; pourtant, les freins restent très classiques. Le manque de budget demeure le premier obstacle, à un niveau proche de celui observé en 2025. Le manque de temps reste élevé. Le refus hiérarchique progresse légèrement. En parallèle, les répondants se montrent toujours prêts à consentir un effort personnel important, que ce soit sur leur temps libre ou sur une participation financière. L’envie de se former est là. Ce sont encore les conditions d’accès qui coincent.

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    Formats plus souples, exigences plus claires

    La manière d’apprendre continue elle aussi d’évoluer. L’autoformation reste le premier réflexe, à un niveau très élevé dans les deux éditions. La veille sur internet recule un peu, les salons professionnels également, tandis que les échanges avec les collègues progressent. Signe plus neuf : près d’un tiers des répondants disent progresser au quotidien en interrogeant une IA. L’outil devient donc aussi un support d’apprentissage.

    Côté formats, la souplesse s’impose durablement. Le modèle mixte, combinant présentiel et distanciel, demeure le préféré. Le 100 % présentiel recule, tandis que le distanciel pur gagne du terrain. Le e-learning, massivement utilisé, reste globalement bien perçu, à condition d’être bien conçu. Les attentes envers les LMS sont très concrètes : ressources structurées et téléchargeables, contenus multimédias courts, exercices, cas pratiques. Les professionnels demandent de l’autonomie, mais pas de l’isolement.

    En creux, cette partie de l’enquête envoie un message très net aux organismes de formation. Il ne suffit plus de proposer des contenus. Il faut concevoir des parcours lisibles, souples, bien rythmés, qui donnent des repères, mettent rapidement en situation et respectent la réalité des contraintes professionnelles. À ce titre, les formations en intra ou sur mesure sont de plus en plus demandées. Car elles permettent une adaptation fine du contenu et la mise en place d’ateliers pratiques directement dans des cas d’usage que les participants rencontrent au quotidien.

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    Une profession lucide, pas résignée

    Au fond, cette édition 2026 raconte une profession qui ne s’est pas laissé sidérer par l’IA. Elle l’a vue arriver, l’a testée, s’y est formée, et commence maintenant à l’inscrire dans une logique de travail plus mature. Le sujet n’est plus seulement d’adopter un nouvel outil. Il est de le relier à des pratiques solides, à une gouvernance claire, à une culture de la qualité de l’information et à une capacité renforcée d’analyse.

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    C’est là sans doute la leçon la plus intéressante de l’enquête. Les professionnels de l’information ne défendent pas leur avenir en s’arc-boutant sur l’existant. Ils ne courent pas non plus derrière chaque nouveauté en oubliant l’essentiel. Ils réorganisent leur métier. Ils conservent leurs fondamentaux, tout en essayant d’intégrer des outils nouveaux dans des environnements de plus en plus complexes. Ce mouvement n’a rien d’achevé. Mais il dessine déjà une ligne de force : l’IA ne remplace pas ces métiers. Elle les oblige à clarifier davantage ce qui fait leur valeur.

    Jean Gauthier
    [Directeur de Serda Compétences]

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