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Bibliothèques : la difficile bataille des budgets

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    La ville de Marseille a fait le choix d’augmenter le budget dédié à la culture, soit une hausse de plus de 21 % depuis 2020. Ici, la médiathèque Salim-Hatubou, dans le quartier Saint-Antoine (15e arrondissement). (Ville de Marseille)
  • Dans un contexte de compressions budgétaires, certaines bibliothèques parviennent à maintenir un service de qualité grâce au soutien de leur tutelle. Exemples à Bayonne, Marseille et Béligneux. 

    395_couv_bd.pngenlightened RETROUVEZ CET ARTICLE ET PLUS ENCORE DANS NOTRE MAGAZINE - BIBLIOTHÈQUES : COMMENT SURVIVRE FACE AUX PRESSIONS ?

    Au sommaire :

    - Bibliothèques : comment survivre face aux pressions ?
    - De la difficulté de gagner la bataille des budgets
    - Face aux violences, des bibliothécaires désemparés
    - L’accueil universel à l’épreuve des tensions sociales
    - Nouveaux services, nouvelle identité ?


    "Un immense désarroi saisit le monde du livre." C’est ainsi que pourrait être résumé l’état d’esprit de la filière du livre face à la réduction des budgets publics alloués à la lecture. Dans une tribune publiée l’hiver dernier, éditeurs, organisations professionnelles et bibliothécaires sont montés au créneau pour dénoncer les compressions budgétaires à l’œuvre : "Le projet de loi de finances 2026 prévoit une baisse drastique des moyens affectés au livre. Un désengagement annoncé qui va à l’encontre même des annonces d’un exécutif qui, en 2021, avait fait de la lecture une “grande cause nationale”. Nous, professionnels du livre et de la lecture, nous interrogeons sur ces choix."

    Selon une étude menée en 2024 par l’Observatoire des finances et de la gestion publique locale (OFGL), la France dépense 1,7 milliard d’euros pour ses 15 880 bibliothèques de lecture publique. Un coût pris en charge en quasi-totalité par le bloc communal. Sans surprise, 81 % des charges de fonctionnement sont constituées des frais de personnel, "un poids qui augmente avec la taille de la commune, comme avec les superficies des équipements et leur plage horaire", constate l’OFGL. Deuxième poste de dépenses, l’enrichissement des fonds (achat de livres et de ressources documentaires) représente 7,4 % des charges.

    Sur la base de ces données financières rassemblées par l’OFGL, le coût moyen par mètre carré est estimé à 431 euros pour les bibliothèques municipales. À l’échelle des habitants, ce coût moyen est estimé à 30,4 euros par personne résidant dans la commune.

    Rationaliser les dépenses sans dégrader la qualité du service

    Au Pays basque, la municipalité de Bayonne a mis la main à la poche pour un projet de restructuration-extension de sa médiathèque : 10,8 millions d’euros hors-taxes pris en charge conjointement par la ville, l’État, la région Nouvelle-Aquitaine et le département des Pyrénées-Atlantiques. "La médiathèque de Bayonne se trouve dans une situation particulière", souligne Ann-Sarah Laroche, directrice de l’établissement. "Au lieu de subir une baisse de moyens, elle connaît au contraire une hausse de son budget de fonctionnement, parce qu’elle vient de rouvrir après rénovation et qu’elle a gagné en surface, en fréquentation et en ambition." 

    Si cette évolution a été anticipée, la directrice estime qu’elle oblige tout de même l’équipe à repenser son fonctionnement au quotidien, car un équipement plus vaste et plus fréquenté suppose davantage de personnel, d’entretien, d’accompagnement des publics et d’organisation.

    Lire aussi : Julien et Quentin libèrent la parole en bibliothèque

    Les bibliothécaires bayonnais cherchent donc à rationaliser les dépenses sans dégrader la qualité du service. Cela passe par la réduction de certains coûts techniques, comme l’équipement matériel des documents. Autres pistes : la mise en place de partenariats avec le tissu associatif et les structures culturelles, éducatives et sociales du territoire afin de mutualiser les coûts et renforcer l’impact sur les publics ; la location de certains espaces de la médiathèque quand ils ne sont pas occupés pour ses besoins propres ; le recours à des emplois étudiants afin d’absorber les variations hebdomadaires et saisonnières de la fréquentation tout en maintenant un niveau de service élevé.

    Pour autant, le secteur des bibliothèques reste globalement sous tension, selon Ann-Sarah Laroche : "Même si l’État continue de soutenir la construction et l’investissement, il y a un désengagement des départements qui soutenaient auparavant les actions culturelles, comme les tournées d’auteur". Des difficultés qui, selon elle, se répercutent surtout sur les petites communes (tandis que les villes moyennes et plus grandes sont un peu moins dépendantes de ces dispositifs) et auxquelles s’ajoute la hausse continue du prix du papier et du coût des ressources numériques, qui pèse fortement sur les budgets.

    Voir les choses en grand

    À Marseille, les bibliothécaires peuvent se réjouir. La municipalité a fait le choix d’augmenter le budget dédié à la culture, soit une hausse de plus de 21 % depuis 2020. Le conseil municipal a débloqué une enveloppe de 6,5 millions d’euros pour rénover et moderniser ses bibliothèques. Les espaces seront recomposés afin de proposer des zones de travail individuelles ou collectives. 

    Une hausse remarquable, car elle s’inscrit dans un contexte général de compressions budgétaires. La ville, qui compte neuf bibliothèques, voit même les choses en grand avec un plan de rénovation de certains établissements, comme les bibliothèques du Merlan (14e arrondissement) et de Saint-André (15e arrondissement), qui sont les premières à en bénéficier.

    Objectif : proposer des lieux susceptibles d’accueillir des ateliers, des conférences, et des spectacles. Le volet écologique n’a pas été oublié, avec une enveloppe dédiée à la performance énergétique des bâtiments. Mieux, de nouveaux établissements verront le jour dans la cité phocéenne, notamment une nouvelle médiathèque de mille-deux-cents mètres carrés dans le quartier de la Belle-de-Mai. Ouverture prévue pour la fin de cette année. 

    "Soit on se donne les moyens, soit on ne fait pas…"

    À une bien moindre échelle, la petite commune de Béligneux (Ain) ne compte que 3 535 habitants. Pourtant, à l’unanimité, le conseil municipal a voté un budget de près de deux millions d’euros pour la restauration et l’extension de sa bibliothèque. Un coût important pour une commune de cette dimension, dont la bibliothèque comptait jusqu’ici environ deux-cents lecteurs, mais se limitait au prêt de livres : "Soit on se donne les moyens, soit on ne fait pas", estime le maire Philippe Ferrand. "Ce projet répond à un manque d’activités culturelles dans la commune. L’objectif est de se projeter sur les dix à trente prochaines années en développant de nouveaux usages : accès aux médias, activités, rencontres…".

    Pour mener à bien son projet, Béligneux peut heureusement compter sur des subventions allouées à hauteur de 38 % par la région, le département et l’intercommunalité. La médiathèque sera animée par une bibliothécaire professionnelle (catégorie B), accompagnée de bénévoles et d’un agent à mi-temps. "La commune assume le coût de fonctionnement, avec l’objectif de proposer un équipement attractif et intergénérationnel", explique Mélina Bataillard, conseillère municipale et référente pour la culture.

    Pour Nathalie Babolat, directrice générale des services de Béligneux, un bon budget dédié aux bibliothèques ne tombe pas du ciel : "Tout repose sur la volonté politique. Certaines collectivités investissent dans la culture, d’autres non. Les bibliothécaires ne maîtrisent pas ce levier".

    Ce projet de restauration-extension est également le fruit d’une coconstruction entre élus, professionnels et architectes (en l’occurrence l’agence MA Architectures), avec une forte concertation locale grâce à la participation des habitants et des bénévoles. La nouvelle bibliothèque sera livrée à l’automne prochain pour une ouverture au public prévue au printemps 2027.

    Des pistes

    "Il faut montrer, régulièrement et concrètement, la place centrale de la médiathèque dans la vie locale", estime Ann-Sarah Laroche. "Cela passe par des retours réguliers aux élus sur les chiffres de fréquentation, par la mise en valeur des partenariats et par une présence active dans les événements de la ville. Plus la médiathèque est visible comme un lieu utile, accueillant et connecté au territoire, plus elle devient difficile à contourner dans les choix politiques."

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