
RETROUVEZ CET ARTICLE ET PLUS ENCORE DANS NOTRE MAGAZINE - BIBLIOTHÈQUES : COMMENT SURVIVRE FACE AUX PRESSIONS ?
Au sommaire :
- Bibliothèques : comment survivre face aux pressions ?
- De la difficulté de gagner la bataille des budgets
- Face aux violences, des bibliothécaires désemparés
- L’accueil universel à l’épreuve des tensions sociales
- Nouveaux services, nouvelle identité ?
Il serait vain de vouloir dresser une liste exhaustive des tensions que l’on constate dans les bibliothèques municipales. Qu’il s’agisse de rémunération, de sous-effectifs, de baisse des budgets d’acquisition ou de violence, les bibliothécaires se mobilisent régulièrement pour faire entendre leur voix. C’était le cas récemment à Paris, où, les 7 et 9 mai derniers, les mille-trois-cents agents des soixante-huit bibliothèques de la capitale étaient appelés à la grève pour alerter sur le manque d’effectifs et le sous-dimensionnement du plan "Lire à Paris" pour 2025-2029. Lancé par l’intersyndicale Supap-FSU-CGT-FO, le mouvement visait notamment à dénoncer "les projets d’intensification du travail des mille-trois-cents agents, sans promesse de moyens supplémentaires".
Ces malaises ne sont pas nouveaux et ils ne concernent pas seulement les rémunérations. Il y a cinq ans, Archimag avait proposé aux bibliothécaires de répondre à une enquête sur leurs conditions de travail. Plus d’un millier d’entre eux (1 083, précisément) avaient confié leur malaise. À la question "Personnellement, ressentez-vous un malaise ?", une majorité de bibliothécaires avait répondu par l’affirmative : "beaucoup", à 54,94 % et "un peu" à 41 %. Soit plus de 95 % des répondants qui éprouvaient des difficultés (à un niveau ou à un autre) pour accomplir leur mission. Seuls 4,06 % affirmaient ne "pas du tout ressentir" de malaise.
Lire aussi : Julien et Quentin libèrent la parole en bibliothèque
Les bibliothèques, chambres d’écho des tensions de la société
Ces tensions sont devenues suffisamment préoccupantes pour que la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou lance, en collaboration avec le Service du livre et de la lecture, un programme de recherche sur le sujet en juin 2025. "Les bibliothèques se font souvent chambre d’écho des tensions qui traversent la société", peut-on lire dans un document de présentation de l’enquête. "Et [elles] peuvent se retrouver en première ligne de situations conflictuelles, celles-ci allant des actes de provocation ou des menaces, jusqu’aux incendies".
"Nombre de bibliothèques récemment ouvertes font ainsi face à des situations de tensions, qui peuvent se traduire par des incivilités, des menaces ou des dégradations légères et donnent lieu à des interventions de natures très différentes (actions de médiation, partenariats, recrutement de vigiles, appel aux forces de l’ordre, etc.), voire conduisent parfois à des fermetures temporaires de l’établissement", explique le programme de recherche.
Par ailleurs, celui-ci rapporte que des bibliothèques sont parfois attaquées et subissent des dégradations majeures allant jusqu’à la destruction complète des lieux. Il prend notamment l’exemple des bibliothèques incendiées lors des révoltes urbaines de 2023, de celles qui ont été contraintes à fermer leurs portes pendant de longues périodes à la suite de menaces liées à la vente de stupéfiants (à Nîmes et Valence) ou encore de celles qui ont été détruites dans des quartiers de Dijon et Grenoble, début 2025, après des interventions policières ciblant le trafic de drogue (les résultats de cette enquête n’étaient pas encore connus lors du bouclage de cet article).
Lire aussi : L'art de concevoir des bibliothèques en 2026
Des tensions à la bibliothérapie
Si ces tensions sont palpables, il est en revanche difficile de trouver des professionnels des bibliothèques (associations professionnelles, bibliothécaires…) pour en parler. Malgré de nombreuses prises de contact, nos demandes sont souvent restées lettre morte. Certains bibliothécaires renvoyant vers leur tutelle (la municipalité), elle-même étant peu encline à se livrer.
Il faut aller sur les réseaux sociaux et les forums de discussion pour y trouver des témoignages édifiants. Ainsi, sur Agorabib (plus de 4 100 membres), cette bibliothécaire du sud de la France rapporte : "depuis plusieurs mois, notre médiathèque est confrontée à des incivilités (postures inappropriées, cris, insultes…) et des actes de vandalisme (vols, dégradations volontaires…) croissants, de la part de groupes de jeunes adolescents très mobiles. Un agent de sécurité, présent pendant l’ouverture au public, complète la médiation assurée par le personnel (33 ETP). Enfin, une caméra, reportée au CSU de la ville, couvre le sas d’entrée. Une mise à jour de notre règlement intérieur est en cours afin de préciser les pratiques autorisées/interdites et d’en décliner une infographie visible dès l’entrée."
Au-delà du constat, cette professionnelle pose des questions à ses collègues : faut-il une présence d’agent de sécurité ? Si oui, combien d’agents ? Sur quels horaires ? Faut-il instituer un contrôle des sacs dès l’entrée ? Faut-il privilégier la présence d’un médiateur ? Si oui, à temps plein ? Faut-il mettre en place un dispositif de vidéosurveillance à l’intérieur de l’établissement ? Si oui, ce dispositif peut-il être accessible en temps réel par la direction de l’établissement ? Etc.
Ces forums de discussion abordent bien d’autres sujets de tension. Bonne nouvelle, on y trouve également des discussions autour de la bibliothérapie. Une piste à explorer pour soulager les tensions.









