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D’e-ARK à eArchiving : bâtir un réseau européen de formateurs pour l’archivage numérique

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    Avec eArchiving, l’Europe souhaite se doter d’une expertise technologique capable de placer les diplômés à l’avant-garde de la pratique contemporaine de l’archivage électronique. (Wavebreak Media/Magnific)
  • Lancé en 2014, le projet e-ARK (European Archival Records and Knowledge Preservation) s’est donné pour mission de relever le défi de l’harmonisation des pratiques d’archivage numérique à l’échelle européenne. Aujourd’hui, il va plus loin en développant un programme de formation de formateurs.
    couvgp8182.jpgenlightened RETROUVEZ CET ARTICLE ET PLUS ENCORE DANS NOTRE GUIDE PRATIQUE : Archivage physique et électronique : enjeux, méthodes et outils

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    Le projet e-ARK est un projet pilote multinational cofinancé par la Commission européenne dans le cadre de son programme de soutien aux politiques des TIC (PSP) au sein de son programme-cadre pour la compétitivité et l’innovation (CIP). Lancé en 2014, il visait à répondre à plusieurs objectifs majeurs, essentiels à l’avenir de l’archivage électronique à l’échelle européenne, notamment le développement de spécifications techniques garantissant l’intégrité, l’authenticité et l’accessibilité des données archivées sur le long terme, quelles que soient les évolutions technologiques à venir. Le projet visait aussi la création d’une infrastructure intégrée d’archivage favorisant l’interopérabilité entre les systèmes nationaux et facilitant ainsi l’échange, la conservation et la réutilisation des données à travers l’Europe. Enfin, e-ARK ambitionnait d’accompagner la transformation numérique des administrations en fournissant des outils, des guides et des modules de formation adaptés aux besoins spécifiques de chaque État membre.

    Ce projet réunit un consortium large et diversifié. Des archives nationales (Estonie, Hongrie, Danemark, Norvège, Slovénie, Finlande), des institutions académiques (Université de Brighton, Université de Cologne, AIT…), des organisations gouvernementales et professionnelles, collaborent pour assurer une gouvernance représentative et prendre en compte la diversité des contextes et des besoins des utilisateurs.

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    Des résultats concrets et une pédagogie adaptée

    Entre 2014 et 2017, la première phase du projet a permis d’élaborer des formats normalisés pour les paquets d’information archivistique - les SIP, AIP et DIP - facilitant ainsi l’échange sécurisé et la conservation des données numériques.

    Conscient des disparités en matière de maturité numérique parmi les pays européens, le projet e-ARK a adopté une pédagogie différenciée. Des modules de formation sont en cours d’élaboration pour sensibiliser aux enjeux de l’archivage numérique, former aux outils et standards développés et accompagner la mise en œuvre concrète des solutions, toujours en tenant compte des réalités locales. Cette harmonisation vise à renforcer la confiance grâce à des mécanismes robustes garantissant l’intégrité, l’authenticité et la traçabilité des archives numériques, éléments cruciaux pour la conformité réglementaire et la sécurité juridique. Elles accompagnent les futurs formateurs en leur fournissant des outils, formations et assistance, afin de répondre aux exigences légales et opérationnelles croissantes.

    Une ambition européenne élargie

    L’initiative eArchiving, qui prolonge et amplifie les acquis d’e-ARK, ambitionne désormais d’étendre l’application de ces standards et outils à l’ensemble des États membres de l’Union européenne. Elle reste ouverte à d’autres secteurs, comme la recherche, les entreprises ou les industries culturelles, afin d’asseoir une culture commune d’archivage numérique fiable et pérenne. À l’ère de la transformation numérique, l’archivage électronique est bien plus qu’un enjeu technique : il est une priorité stratégique, garante de la mémoire collective, de la transparence démocratique et de la conformité réglementaire. Le projet structure les compétences nécessaires à la conduite et à la mise en œuvre des projets d’archivage numérique.

    Un levier pour les politiques publiques et la souveraineté numérique

    Ce référentiel de compétences aidera à former sur les priorités techniques, les relations avec les prestataires, ainsi que les obligations légales à respecter. Il contribue à renforcer la souveraineté numérique en garantissant la conservation des données dans des formats accessibles, indépendants des fournisseurs.

    En s’appuyant sur des normes internationales, telles que le modèle OAIS, il facilite la compatibilité avec d’autres initiatives patrimoniales à l’échelle mondiale. Dans un contexte où de nombreux pays adoptent des schémas directeurs numériques, eArchiving constitue une base solide pour structurer les politiques publiques d’archivage électronique, favoriser la mutualisation et harmoniser les pratiques.

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    Former aux enjeux de l’archivage numérique

    Au-delà des spécifications techniques et des outils, l’un des piliers fondamentaux du projet e-ARK est la mise en place d’une formation européenne d’eArchiving. Ce programme pédagogique vise à répondre à un besoin : la montée en compétence des professionnels et des acteurs concernés par l’archivage numérique, dans un contexte où les pratiques sont encore très hétérogènes à travers l’Europe.

    Élaboré par un groupe de travail européen composé d’experts issus de plusieurs pays et institutions, ce programme propose une formation modulaire et progressive, adaptée aux différents profils et niveaux de maturité numérique. Il constitue un cadre structurant pour les administrations qui souhaitent engager ou renforcer leur politique d’archivage électronique.

    Le programme pédagogique couvre huit axes essentiels qui reflètent la diversité et la complexité des compétences nécessaires à la conduite et à la mise en œuvre de projets d’archivage numérique :

    1. fondamentaux de l’e-archivage : introduction aux concepts clés, enjeux, définitions et terminologie de l’archivage numérique. Ce module pose les bases théoriques indispensables, 
    2. cadre réglementaire et normatif : présentation des normes internationales (notamment OAIS, ISO 14721), des obligations légales et réglementaires européennes et nationales, ainsi que des bonnes pratiques de conformité,
    3. formats et standards techniques : étude des formats d’archives numériques normalisés (SIP, AIP, DIP) et des standards ouverts (XML, JSON) garantissant pérennité et interopérabilité,
    4. gestion de projet en archivage numérique : méthodologies pour piloter les projets, évaluer les risques, définir les cahiers des charges et coordonner les acteurs,
    5. workflows d’archivage et processus métier : analyse des processus d’entrée, traitement, stockage et accès aux archives, intégration avec les systèmes d’information existants,
    6. qualité, audit et contrôle : outils et méthodes pour assurer la qualité des archives numériques, vérifier leur intégrité et conduire des audits réguliers,
    7. technologies et infrastructures : panorama des solutions techniques, plateformes d’archivage, outils de migration, sécurité des données et modèles d’infrastructure mutualisée,
    8. études de cas et retours d’expérience européens : analyse concrète de projets menés dans différents pays mettant en lumière les défis, solutions adoptées et enseignements tirés.

    Un outil pour structurer la professionnalisation et la gouvernance

    Ce curriculum, qui s’adresse aux futurs formateurs, n’est pas figé : il est conçu pour être flexible et évolutif afin de s’adapter aux réalités locales et aux profils variés des apprenants.

    Lire aussi : L’archivage électronique souverain : un impératif stratégique

    Au-delà de la formation, ce programme servira de référence pour la structuration des politiques d’archivage numérique au niveau national et européen. Il permettra de :

    • définir clairement les compétences à développer au sein des organisations,
    • standardiser les pratiques et favoriser la mutualisation des ressources pédagogiques,
    • faciliter la collaboration entre pays en partageant un même socle de connaissances,
    • anticiper les évolutions technologiques et réglementaires en maintenant à jour les contenus.

    Conclusion : au-delà du technique, une démarche stratégique

    Trop souvent réduit à une question technologique ou réglementaire, l’archivage électronique doit désormais être perçu comme un levier essentiel de gouvernance de l’information. Ce projet européen pose les jalons d’une professionnalisation nécessaire, offrant une réponse pragmatique aux défis de durabilité, de conformité et d’interopérabilité des archives numériques. Dans un monde où les données sont un actif stratégique, savoir les préserver, c’est aussi apprendre à les gouverner.

    Anne-Solène Daniel
    [Consultante]

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