| RETROUVEZ CET ARTICLE DANS NOTRE MAGAZINE Professionnels du patrimoine : quelles innovations pour aujourd’hui et demain ? |
Ask Mona : l’IA fait parler les œuvres
Créée en 2017, la start-up Ask Mona imagine des agents conversationnels au service de la culture. "Au départ, notre idée était de créer un système où le public peut directement discuter avec une œuvre", explique Valentin Schmite, cofondateur & directeur général d’Ask Mona. Aujourd’hui, le développement de l’intelligence artificielle générative a permis d’aller plus loin dans la création de ces expériences : "Nous avons commencé à déployer de plus en plus de dispositifs dotés d’IA générative dans les lieux de culture et de patrimoine. Désormais, nous n’avons plus à anticiper les questions du public en amont, car l’IA est nourrie par une base de données structurées." Cette dernière est alimentée et maîtrisée par les institutions qui font appel à l’entreprise, et qui restent propriétaires de leurs contenus et des droits associés.

L’avatar IA de la Vénus d’Arles, conçu pour dialoguer avec les visiteurs du Musée départemental Arles antique (Bouches-du-Rhône). (Ask Mona)
Ces conversations ont aussi évolué sur la forme : texte, voix, avatar 2D ou 3D… Les possibilités sont multiples et s’adaptent aux contraintes. "Ces expériences placent le visiteur dans un rôle d’acteur. C’est à lui de poser des questions, d’aller plus loin dans la découverte." Au château de Versailles, les visiteurs peuvent interroger les sculptures qui composent les jardins directement en mode vocal et de manière très fluide. C’est aussi le cas au Metropolitan Museum de New York (États-Unis) avec des sculptures médiévales. Cet été, lors du festival de photographie d’Arles, les équipes d’Ask Mona ont imaginé un double numérique de la Vénus d’Arles qui s’animait et répondait aux questions des visiteurs.
Baludik : des innovations d’usages
Que ce soit à l’échelle d’un territoire, d’une commune ou d’un lieu culturel, Baludik offre la possibilité aux acteurs du patrimoine de créer des parcours ludiques et immersifs sur smartphone. "Le jeu est un puissant outil pédagogique qui permet de créer du lien tout en apprenant", constate Jérémie Simon, président de Baludik. L’entreprise met à disposition une application où les professionnels sont autonomes dans la création de leur expérience, mais conçoit aussi des projets sur mesure. "Nous accompagnons les organisations utilisatrices pour qu’elles montent en compétences", confirme Jérémie Simon. Baludik préfère parler d’innovations d’usage, plus que d’innovations technologiques, même si ces dernières ont fait évoluer son offre. L’objectif ? Que tout le monde puisse avoir accès aux parcours, quel que soit son modèle de smartphone.

Expérience créée par Baludik pour le Musée Jules Verne de Nantes, en Loire-Atlantique. (Baludik)
Désormais, la géolocalisation, la reconnaissance d’image, les filtres, le développement de la réalité augmentée, ou encore les outils permettant de superposer l’état ancien d’un bâtiment à son apparence actuelle se mettent au service d’expériences inédites. "Concernant l’IA, nous tenons à préserver l’authenticité des contenus", poursuit Jérémie Simon. "Une volonté largement partagée par les acteurs avec lesquels nous travaillons. Nous ne l’utilisons pas pour créer les parcours en tant que tels, mais plutôt comme un outil d’appui, notamment pour le graphisme ou les usages multilingues".
Histovery : des immersions historiques
Les visites augmentées et la 3D sont au cœur du travail d’Histovery. "Nous créons des partenariats avec des institutions pour concevoir, par exemple, des reconstitutions à 360 degrés ou pour remettre les collections dans leur contexte historique", explique Raphaël Marchou, directeur du développement chez Histovery. Le dispositif sur lequel s’appuie la start-up pour présenter ses contenus aux publics - la tablette HistoPad - compte, à ce jour, trois millions d’utilisateurs par an.
"Ces dernières années, la création de contenu, notamment le travail des artistes 3D, a connu un grand tournant avec l’arrivée d’Unreal Engine 5." En effet, ce moteur de jeu vidéo rend la production d’expériences plus fluide et dynamique en permettant notamment aux comités scientifiques de se déplacer virtuellement dans les scènes pendant leur validation.

Utilisation de l’HistoPad d’Histovery au château de Colditz, en Saxe (Allemagne). (Histovery)
Par ailleurs, l’amélioration de la gestion des assets 3D permet à Histovery de constituer une bibliothèque d’éléments historiquement validés. "Nous cherchons à voir en quoi l’IA peut nous aider à faciliter et à accélérer la réutilisation de ces assets", poursuit Raphaël Marchou. "Avec l’IA, l’idée n’est pas de remplacer la création des contenus, mais plutôt de gagner du temps sur la production pour aller plus loin dans ce que nous créons avec les graphistes et avec les artistes 3D." L’objectif serait aussi de proposer des solutions accessibles aux plus petites structures. En matière d’IA, la start-up est d’ailleurs fraîchement lauréate de la deuxième vague de l’appel à projets "Culture immersive" France 2030 sur la conception de dispositifs permettant d’échanger, à l’écrit ou à l’oral, avec des personnages historiques reconstitués en 3D (en partenariat avec Ask Mona).
Les Fantômes : mapping participatif
Comment reconnecter les habitants à leur ville et à leur patrimoine ? C’est cette question qui anime le Studio Les Fantômes, spécialiste du mapping participatif. "L’idée est un peu de fusionner la lumière et nos pixels de création avec la pierre et l’architecture existante", explique Marie de Biasio, cofondatrice et productrice du studio. Les Fantômes proposent, entre autres, des ateliers ouverts à tous les publics pour créer avec eux les animations vidéos (capture, dessin et scan du mouvement). "Tous les personnages créés pendant nos ateliers sont retranscrits à la tombée de la nuit sur les façades des villes pour apporter l’énergie des habitants dans leur territoire." Le studio travaille aussi bien avec les collectivités que sur des projets sur mesure avec des musées, des centres d’art ou des clients privés.

Mapping réalisé par le Studio Les Fantômes au château de Landebaudière à la Gaubretière, en Vendée. (Les Fantômes Productions)
"Le mapping, comme la projection de pixels, existe depuis longtemps et la technologie reste assez stable, même si elle évolue", explique Philippe Dubost, cofondateur et directeur artistique et technique des Fantômes. "Mais c’est dans la mise en application que se situe la forte évolution du moment : le 360 degrés, les projections en dôme, la réalité étendue (XR), etc." En la matière, l’IA est aussi bien un outil de facilitation et d’agilité (pour créer des prototypes, des livrables ou de nouvelles expériences) qu’un challenge pour le studio. "L’arrivée de la technologie dans nos processus créatifs change pas mal la donne, notamment dans les attentes de nos clients vis-à-vis de la création", poursuit Philippe Dubost. "Il faut des rendus plus jolis, plus rapidement produits et moins chers…"
Lucid Realities - Unframed Collection : la technologie au service de la poésie
Lucid Realities est une société de production d’expériences immersives principalement spécialisée dans la réalité virtuelle (VR). Sa filiale Unframed Collection distribue un catalogue d’expériences VR et d’autres services dédiés aux lieux de culture. "Ce dialogue que nous créons entre les œuvres et la réalité virtuelle nous anime", confie Alexandre Roux, directeur de la stratégie et du développement chez Lucid Realities & Unframed Collection. "Nous portons une grande importance à l’écriture et au fait d’amener de la poésie dans nos expériences."

Expérience de réalité virtuelle mise en place par Unframed Collection au Musée d’Orsay, à Paris. (Unframed Collection)
Pour Lucid Realities, le développement des casques de réalité virtuelle a permis non seulement d’offrir plus de mouvement et d’ergonomie aux publics, mais aussi d’arriver à une meilleure restitution de l’expérience. "Par exemple, avec la nouvelle génération de casques, nous avons pu restituer correctement la profondeur des noirs de l’artiste Pierre Soulages à l’occasion d’une expérience hommage." La capture volumétrique, qui permet de capter directement une personne ou un environnement en volume, constitue aussi une avancée. "Nous sommes au début de ce que ces technologies peuvent offrir", poursuit Alexandre Roux. "Et elles sont encore très gourmandes graphiquement. Pourtant, elles ouvrent déjà de nouvelles possibilités narratives et immersives." Si l’IA est avant tout envisagée comme un outil technique, notamment pour la restauration d’archives dans de meilleures résolutions, le studio s’interdit en revanche de trop l’utiliser pour la création ou même pour le codage de projets.
Timescope : les jumelles temporelles
Depuis une dizaine d’années, Timescope propose des créations immersives au service de la transmission de l’histoire. Le studio imagine des expériences en réalité virtuelle, mais s’assure aussi de fournir les bons outils en fonction des publics et du contexte. "La réalité virtuelle en tant que telle n’est plus un argument qui va attirer le public", explique Adrien Sadaka, cofondateur et CEO de Timescope. Aujourd’hui, l’enjeu réside dans la qualité et la pertinence du récit proposé. "Les institutions considèrent désormais les expériences immersives comme un véritable outil d’attractivité, tandis que les technologies sont moins coûteuses et plus faciles à déployer."

Extrait de l’expérience réalisée par Timescope autour de l’histoire de la tour Eiffel : "Le Symbole de Paris". (Timescope)
Il y a un an, Timescope a développé un nouveau format de casques de réalité virtuelle. Ces "jumelles temporelles" permettent au studio de créer ses propres expériences, à l’image du parcours "Les Origines de Paris", qui permet de traverser 2 000 ans d’histoire le long des berges de la Seine, au coeur de la capitale. "C’est un peu comme si vous réalisiez un safari dans la ville, sauf qu’au lieu de regarder au loin, vous êtes transportés dans le passé !"
L’intelligence artificielle fait aussi partie des axes de développement de Timescope. "Les IA permettent de réaliser beaucoup de choses utiles. En amont, elles nous permettent d’accélérer le traitement, le classement et la thématisation documentaires", indique Adrien Sadaka. Pourtant, l’IA générative n’est, selon lui, pas encore pertinente pour la création et présente trop d’hallucinations. "Nous l’utilisons ensuite en postproduction pour améliorer une création immersive déjà existante. Mais tout cela est encore assez balbutiant."












