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Il fut une époque pas très lointaine où les musées virtuels ne juraient que par le "tout 3D". Ce fut, par exemple, le cas au Musée de Cluny (Paris) proposant aux internautes de déambuler de salle en salle et de zoomer sur les objets médiévaux pour mieux en apprécier les détails. "Avec le recul, on se rend compte que le problème majeur de la 3D dans les musées virtuels réside dans la consommation de ressources", constate Florian Moreno, directeur de la recherche et du développement chez Art Graphique & Patrimoine, qui accompagne des projets de numérisation et de valorisation. "Explorer un musée en haute résolution requiert en effet d’importantes ressources matérielles au niveau du navigateur web. Autre limite, il est nécessaire de disposer de modèles 3D d’une qualité exceptionnelle pour ne pas dénaturer les œuvres."
Aujourd’hui, les promoteurs des musées virtuels reviennent à des positions plus réalistes qui tiennent compte de l’équipement des internautes. Ce principe a été mis en application lors du développement du musée virtuel du Soudan, en ligne depuis janvier dernier. Cette initiative a vu le jour après les destructions et les pillages subis par le Musée national du Soudan, à Khartoum, lors du conflit armé en 2023. Objectif : faire renaître virtuellement l’un des ensembles muséaux les plus importants du continent africain, en concevant une reconstitution numérique inédite du musée.
À la manière de Google Street View
"Aujourd’hui, le site n’existe plus et toutes les œuvres ont été pillées", explique Florian Moreno. "Notre volonté était de concevoir un dispositif à la portée de tous, explorable depuis un simple smartphone, sans nécessiter une machine de guerre". Art Graphique & Patrimoine a opté pour une application web (wep app) et la navigation s’y fait à la manière de Google Street View. L’utilisateur se déplace de point d’intérêt en point d’intérêt au sein du musée, à travers des images à 360° où les œuvres sont positionnées. Il suffit de cliquer dessus pour ouvrir des fiches d’information.
"Nous sommes passés d’une approche initiale centrée sur le "tout 3D" à une vision qui privilégie désormais le confort, l’ergonomie et l’accessibilité de la visite. La 3D n’est pas une fin en soi. L’objectif est d’obtenir un rendu esthétique qui respecte l’œuvre et le musée, tout en donnant au visiteur l’envie d’approfondir ses connaissances."
Musées virtuels génératifs
L’IA a-t-elle sa place dans les musées virtuels ? Face au risque d’hallucination, la société Art Graphique & Patrimoine préfère avancer avec prudence : "Si vous tentez de reconstituer une sculpture dont vous ne possédez qu’une photo de face, et dont le personnage original possédait des bras sculptés dans le dos, l’IA ne les devinera jamais". Elle générera la forme la plus logique, la plus courante et statistique, mais cela ne correspondra pas à la réalité de l’œuvre.
En revanche, l’IA peut être utilisée dans un scénario inspiré par les jeux vidéo. C’est le cas des musées virtuels génératifs dans lesquels l’utilisateur fournit une dizaine d’images d’œuvres et formule une requête (un prompt) en demandant, par exemple, la création d’un espace d’exposition inspiré du Louvre. L’IA génère alors automatiquement l’environnement 3D correspondant.
La Fondation Kadist, à Paris, qui possède une collection de 2 000 œuvres d’art contemporain, mais qui ne dispose pas de lieu d’exposition, en a fait une application concrète. L’agence WeDoData, bien connue dans le domaine de la datavisualisation, a développé pour elle un générateur d’exposition qui laisse l’utilisateur choisir lui-même le thème de l’exposition dont il rêve. Une fois la requête vectorisée, l’IA est convoquée pour créer une description générale de cette exposition sur mesure. Pour WeDoData, ce travail de documentation se fait au bénéfice des œuvres : "Chaque exposition est enrichie de textes descriptifs détaillés des œuvres, offrant ainsi une expérience immersive et éducative."












