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Archivage, traçabilité et partage d'informations : différents cas d'usages de la blockchain

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    Saviez-vous que le groupe Carrefour avait développé une blockchain appliquée à la filière du poulet d'Auvergne ? (Freepik)
  • La technologie blockchain n’est pas réservée aux cryptomonnaies. Elle est utilisée par un nombre toujours plus élevé de secteurs professionnels en quête de traçabilité et d’archivage. Voici différents cas d'usages : tiers de confiance, smart contrats pour les assureurs, traçabilité dans l'industrie, partage de documents pour le négoce de matières premières et conformité règlementaire pour l'archivage.

    Bitcoin, Ether, Moneo… Le monde des cryptomonnaies fut l’un des premiers à miser sur la blockchain. Une dizaine d’années après son apparition, la blockchain est désormais adoptée par un nombre de plus en plus important de secteurs professionnels. À commencer par les tiers de confiance : « La blockchain constitue une formidable opportunité pour les tiers de confiance numérique dans la mesure où ils sont indispensables quand des informations hors blockchain doivent être utilisées », explique la FNTC (entretien à lire dans le guide pratique Archimag n°59 : Blockchain : le nouveau cadre de confiance).

    >>> Pour en savoir plus sur la blockchain, découvrez les vidéos d'Archimag :
    La blockchain pour les nuls et Comment utiliser la blockchain
    et le guide pratique "Blockchain : le nouveau cadre de confiance".

    De fait, quasiment tous les métiers recourent à un registre qui permet de tracer, conserver et partager l’information. C’est le cas de l’industrie pharmaceutique qui doit être en mesure d’assurer la traçabilité de la production de ses médicaments. C’est également le cas du secteur financier avec la gestion de ses actifs financiers.

    Les assureurs, de leur côté, ont également compris les avantages qu’ils peuvent tirer de la chaîne de blocs : « L’apport des blockchains semble tenir davantage à l’automatisation des procédures et à l’allègement de certaines formalités à la charge des sociétés comme de leurs clients », estiment les auteurs d’un rapport parlementaire présenté au mois de décembre 2018 (Rapport d’information sur les chaînes de blocs (blockchains) présenté par les députés Laure de La Raudière et Jean-Michel). Concrètement, le versement des indemnités gagne en vitesse notamment dans le cas de « smart contracts ». Ces derniers désignent des programmes autonomes qui exécutent les conditions définies au préalable et inscrites dans la blockchain.

    La blockchain permet aux compagnies d'assurance d'indemniser sans aucune démarche

    C’est le choix fait par l’assureur Axa et son contrat « Fizzy » qui garantit un remboursement en cas de retard d’avion. Le recours à un smart contract permet de vérifier l’heure d’arrivée du vol et de mesurer l’ampleur d’un retard éventuel. Mieux — surtout pour les assurés ! – ce contrat applique les conditions de remboursement sans que le client n’ait à entreprendre la moindre démarche. À l’heure des retards constatés dans le domaine aérien, on comprend l’intérêt que revêt ce type de produit d’assurance.
    Pour Laurent Bénichou, directeur R&D chez Axa, la blockchain a montré l’étendue de ses possibilités : « Nous voulions une solution très orientée consommateur avec une couverture totale des retards, quelle qu’en soit la raison. Nous savons que les assurés n’aiment pas engager une action, remplir un formulaire lorsqu’ils subissent un retard. Nous voulions leur faciliter la vie. Et surtout nous voulions créer de la confiance et c’est là que la blockchain est un choix fort : cette architecture démontre que l’assureur va respecter le contrat passé avec le voyageur puisqu’elle repose sur un smart contract ».

    L’assureur envisage même de proposer une indemnisation en cryptomonnaie, en l’occurrence l’Ether.

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    Quand la blockchain s’applique à… la filière du poulet d’Auvergne

    Dans le secteur de la grande distribution, le groupe Carrefour a développé une blockchain appliquée à la filière du poulet d’Auvergne. À la suite de scandales alimentaires qui ont fait la une de l’actualité, l’enseigne de grande distribution a souhaité répondre au besoin de transparence en communiquant des informations supplémentaires à ses clients. Pour cela, elle a équipé les producteurs de volailles afin qu’ils puissent renseigner des informations dans la blockchain (durée de l’élevage, alimentation reçue par les poulets, soins vétérinaires…). Ces informations ont ensuite été injectées dans une plateforme en ligne pour consultation et envoyées sur les téléphones des clients.

    Ces données figuraient naguère sur des documents papier difficilement accessibles aux consommateurs. La blockchain a permis leur mise à disposition via des terminaux numériques utilisés par le grand public. Carrefour pourrait d’ailleurs utiliser la blockchain pour une demi-douzaine de produits alimentaires supplémentaires.

    La blockchain pour le négoce de matières premières

    Le négoce des matières premières est en passe lui aussi d’investir dans la technologie blockchain. Rappel : cette activité consiste à trouver des matières premières et à les acheminer vers des clients finaux. Elle met donc en relation de nombreux intermédiaires qui produisent un certain nombre de documents destinés à sceller leurs engagements respectifs tels que la date et le lieu de livraison, le prix défini, etc. Par ailleurs, le négoce de matières premières fait appel aux banques pour financer les différentes étapes de la transaction. Résultat : les procédures sont lourdes et génèrent de nombreuses formalités qui, à leur tour, donnent lieu à une multitude de contrôles manuels.

    En 2018, la société Komgo a développé une plateforme dédiée au négoce de matières premières reposant sur la blockchain (protocole Ethereum). Cette plateforme propose un service de vérification de l’identité des clients par un échange crypté de documents. Ce service présente une particularité : il n’a pas de base de données centrale. La plateforme offre également une « lettre de crédit digitale » en remplacement des lettres de crédit traditionnelles. Pour les utilisateurs, les avantages résident dans le fait de partager des informations sans y donner accès. Chacun d’entre eux peut inscrire une donnée de manière confidentielle, qui peut être réutilisée. Les documents tels que les titres de propriété sont échangés de façon rapide et sécurisée : un moyen plus sûr que l’envoi traditionnel par courrier électronique.

    Autre avantage, la blockchain dispense les différents acteurs du négoce de matières premières de certaines formalités. C’est notamment le cas du contrôle des signatures et de ressaisie de documents.

    Blockchain et conformité règlementaire

    Du côté de l’archivage, Docapost s’est positionnée sur la technologie blockchain dès 2017. La filiale du groupe La Poste propose un service certifié NF461, Iso 27001 et Iso 9001. Également agréé par le Service interministériel des archives de France (Siaf), ce service s’intègre nativement aux différentes blockchains du marché pour répondre au besoin d’archivage des documents contractuels associés aux transactions. « Cette innovation technologique s’adresse à tous les professionnels désireux d’allier la puissance, la rapidité et l’immuabilité de la blockchain et des smart contracts avec la conformité règlementaire de conservation documentaire », explique Olivier Senot, directeur du développement des nouveaux services dématérialisation chez Docapost.

    Concrètement, lors d’une transaction blockchain (par exemple un contrat d’assurance pour un automobiliste), les différentes parties sont en mesure d’exposer la preuve de l’archivage du document associé à cette transaction. « L’objectif est de passer d’un statut de “proof of existence” délivré par la blockchain au statut de “proof of integrity” apporté par le respect du principe d’archivage commun à tous les textes sur la dématérialisation, ajoutant une caution juridique à l’échange », souligne Docapost.

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