RETROUVEZ CET ARTICLE ET PLUS ENCORE DANS NOTRE MAGAZINE : COMMENT SE PORTENT LES CENTRES DE DOCUMENTATION EN 2026 ?
Découvrez Le Push de la Documentation et de la Veille, la newsletter thématique gratuite d'Archimag dédiée aux professionnels de la veille et de la documentation !
Quelle est votre feuille de route à la tête du Conseil supérieur des archives ?
Le Conseil supérieur des archives est une instance singulière : c’est le seul lieu où se rencontrent les services de l’État, les collectivités territoriales, les professionnels des archives et les représentants des usagers pour réfléchir ensemble à la politique archivistique de notre pays. Ma feuille de route s’inscrit pleinement dans cette vocation : faire du CSA un espace de dialogue, capable d’éclairer la ministre de la Culture sur les grandes mutations qui traversent notre société.
Trois priorités me paraissent essentielles. D’abord, conforter le rôle des archives dans notre démocratie : elles offrent certes la possibilité d’un regard éclairé sur notre histoire, mais participent aussi pleinement à la confiance civique, à la continuité de l’État et à la compréhension de l’action publique. Ensuite, accompagner les grandes transformations à l’œuvre : transition numérique, intelligence artificielle, enjeux mémoriels, attentes accrues des citoyens en matière d’accès aux documents.
Lire aussi : Les bibliothécaires, archivistes et documentalistes sur la liste des victimes collatérales de l'IA ?
Le CSA doit être une caisse de résonance de ces débats et contribuer à en clarifier les termes. Enfin, assurer le rayonnement de cette instance. Mes prédécesseurs - René Rémond, Georgette Elgey, Jean-Louis Debré - ont donné au CSA une stature reconnue. Il nous appartient de poursuivre dans cette voie, en faisant du Conseil un lieu d’expression clair, serein et audible sur les grands enjeux des archives.
La transition numérique impacte le patrimoine documentaire. Quelle doit être, selon vous, la priorité pour assurer la conservation et la consultation des archives à l’ère du numérique ?
La priorité absolue est la transmission. Nous sommes passés d’une mémoire de papier à une mémoire massivement numérique. Or le numérique est à la fois une chance extraordinaire d’accès et un facteur de fragilité. Il faut d’abord garantir la conservation dans la durée : les données numériques sont par nature instables ; elles exigent des infrastructures solides et une vigilance constante.
Il faut ensuite penser l’accès. Le numérique permet une consultation élargie, y compris à distance, et ouvre des perspectives nouvelles grâce à l’intelligence artificielle. Je pense par exemple, en la matière, au projet SocFace, qui vise à constituer, à partir des recensements de population de 1836 à 1936, une vaste base de données de la population française en s’appuyant sur des technologies de reconnaissance de caractères manuscrits. C’est un outil qui transformera profondément les possibilités de recherche historique et généalogique.
Lire aussi : Archivage électronique : comment convaincre sa hiérarchie et les décideurs ?
Enfin, cette transition appelle une réflexion éthique. Nous devons éviter deux écueils : l’illusion d’une conservation automatique et la tentation de l’effacement. Conserver n’est pas accumuler : c’est choisir, contextualiser et rendre intelligible. Le rôle du Conseil est précisément d’éclairer ces choix.
À titre personnel, quelle a été votre relation avec les archivistes tout au long de votre carrière politique ?
Comme responsable public, j’ai toujours considéré que gouverner, c’est aussi laisser des traces organisées et transmissibles. Au fil des fonctions que j’ai exercées, j’ai pu mesurer combien le travail des archivistes est essentiel. Ils ne sont pas seulement des gardiens du passé ; ils sont des acteurs de la continuité de l’État. J’ai ainsi pu constater combien leur expertise pouvait être décisive, car elle concilie exigence de transparence, sécurité juridique et stabilité des institutions.
Aujourd’hui, à la présidence du Conseil supérieur des archives, je conçois mon rôle comme celui d’un garant d’équilibre : faire en sorte que cette expertise éclaire la décision publique et que la politique des archives demeure un facteur de confiance démocratique.











