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Après le rachat d’EMC, quel avenir pour le marché de la gestion de contenus ?

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    Joe Tucci, président d'EMC, et Michael Dell, président de Dell (Flickr-EMC Corporation)
  • L'acquisition d'EMC par Dell n'est pas seulement l'opération la plus chère de l'histoire des technologies numériques. Ce rachat va redistribuer les cartes dans les domaines du stockage de données, du Big data et probablement aussi dans le secteur des solutions de gestion de contenu.

    Le 12 octobre dernier, Dell annonçait le rachat du leader mondial du stockage EMC pour un prix record de 67 milliards de dollars (59 milliards d'euros). Jamais dans l'histoire des technologies numériques, une acquisition d'entreprise n’avait atteint un tel sommet. Autant dire que le constructeur d'ordinateurs a frappé un grand coup et qu'il voit désormais les choses en grand : "le rapprochement de Dell et d'EMC crée un géant des solutions pour les entreprises. La combinaison de Dell et EMC va créer le groupe de technologie détenu par des intérêts privés le plus important du monde" se réjouit déjà Michael Dell fondateur et PDG du groupe.

    De fait, le nouvel ensemble vise un chiffre d'affaires qui pourrait atteindre 80 milliards de dollars (72 milliards d'euros). La direction de la nouvelle entité sera assurée par Michael Dell lui-même. Quant à Joe Tucci, président d'EMC pendant quatorze ans, il devrait s'éloigner progressivement de la marche opérationnelle de l'entreprise dans le courant de l'année 2016.

    Essoufflement des ventes d’ordinateurs

    Si le montant de l'acquisition a surpris les observateurs, ce rachat en tant que tel était davantage prévisible. Comme d'autres fabricants d'ordinateurs, Dell est en effet confronté à un essoufflement des ventes aux particuliers. Depuis 2010 et l'apparition du premier iPad, le grand public se détourne des ordinateurs classiques au profit des tablettes et smartphones.

    Cette acquisition était donc devenue inévitable selon l'économiste Eric Johnson (Université Vanderbilt, Etats-Unis) : "je ne crois pas que Dell et EMC pouvaient survivre seuls à long terme: ils avaient vraiment besoin l'un de l'autre. Dell était majoritairement tourné vers le grand public, un marché horrible. EMC disposait de produits pour les entreprises mais manquait d'une offre complète." 

    Relais de croissance externe

    Dell se devait donc de trouver un relais de croissance externe. Et c'est sur le terrain professionnel qu'il l'a trouvé. 

    EMC est en effet largement présent sur différents segments du monde de l'entreprise : logiciels de gestion de contenus, baies de stockage de données, logiciels de sauvegarde et d'archivage, stockage d'applications métier, sécurité informatique... Avec ce vaste portefeuille d'activités, Dell entre de plain-pied dans le domaine très lucratif de la donnée d'entreprise.

    Pour Charles Huot, président du GFII (Groupement Français de l'Industrie de l'Information), "ce rachat pourrait être une très bonne nouvelle pour l'écosystème français du big data. La France possède en effet des pépites dans le domaine du traitement des données aussi bien du côté des universités que des entreprises. Dell devra s'équiper pour traiter les gigantesques volumes de données qu'il sera amené à gérer. Il pourrait le faire en faisant appel à des solutions développées en France : analyse prédictive pour les transports, traitement des données issues des images satellitaires, imagerie médicale..."

    Autre bonne nouvelle aux yeux de Charles Huot, la récente décision de la Cour de justice européenne invalidant le "Safe Harbor" sur la protection des données personnelles va modifier la stratégie des hébergeurs. "Cette décision pourrait inciter Dell à s'associer à des acteurs européens pour être en mesure d'opérer en Europe. Je note également qu'il existe aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis un débat sur le retour des données aux utilisateurs. Ce mouvement va probablement donner naissance à une offre de cloud privé/individuel sur laquelle Dell pourrait se positionner".

    Reconfiguration du marché de la gestion de contenus

    Deux semaines après l'annonce de ce rachat, une question taraude le monde de la gestion de contenus : que va-t-il advenir de Documentum ? Ce logiciel historique avait été racheté en 2003 par EMC qui souhaitait alors proposer une offre de bout en bout : matériel de stockage + solutions de gestion de contenus. "Cette combinaison permettra à nos clients de disposer de solutions globales de gestion du cycle de vie de l'information pour le contenu non structuré: de la création à la restitution en passant par l'archivage" expliquait alors EMC.

    Mais de l'avis de certains observateurs, EMC a progressivement délaissé le développement de Documentum pour mieux investir le terrain du stockage de données. Documentum avait déjà dû encaisser en 1999 le départ de son créateur charismatique, John Newton, en désaccord avec le modèle économique proposé par sa direction. Après avoir claqué la porte, John Newton s'en est allé créer Alfresco devenu aujourd'hui un poids lourd de la gestion de contenus.

    Le même scénario de dévitalisation de Documentum va-t-il se rejouer à la faveur du rachat d'EMC par Dell ? Force est de constater que le communiqué de Dell publié à l'occasion du rachat d'EMC ne mentionne à aucun moment l'existence de Documentum. Si Documentum venait à décliner ou à disparaître, le terrain de la gestion de contenus serait alors reconfiguré autour d'Alfresco, d'IBM, d'OpenText, de Xerox... Mais pour le président du GFII, il ne faut pas brûler les étapes : "Documentum développe depuis des années des partenariats avec des spécialistes du traitement sémantique afin d'équiper ses solutions de briques dédiées au text mining. De ce point de vue, Documentum est engagé dans une démarche de gestion intelligente de contenus grâce au text mining" constate Charles Huot.

    Leader mondial du stockage de données

    Dans tous les cas, l'ambition principale de Dell semble bien de prendre pied dans les solutions de stockage capables d'héberger les milliards de données que les entreprises produisent quotidiennement. Selon certaines estimations, le volume de données créées devrait atteindre, au niveau mondial, 50 000 Go par seconde à l'horizon 2020. A ce niveau de production, on comprend l'empressement de Dell à mettre la main sur le leader mondial du stockage de données. Ainsi que sur son portefeuille de clients qui comptent de nombreux grands groupes. 

    Mais comme l'indique le cabinet IDC, le montant colossal du rachat devra d'une façon ou d'une autre être amorti par Dell : "ce qu'ils s'apprêtent à faire est risqué, la dette est élevée. Ils parviendront à leurs fins s'ils arrivent à bien intégrer les activités d'EMC dans leur portfolio". Même son de cloche pour l'économiste Erik Gordon (université du Michigan) : "Dell veut devenir l'ancien IBM: un guichet unique pour les entreprises clientes. Ce modèle ne tient plus depuis plus de 20 ans et ce serait vraiment une gageure pour Dell de le remettre à l'honneur".

    Utime interrogation : le montage financier mis en place par Dell pour acquérir EMC a fait couler beaucoup d'encre. Dell ne dispose pas de 67 milliards de dollars. Pire : son endettement est estimé à plus de 10 milliards de dollars (environ 9 milliards d'euros) ! L'entreprise a cependant annoncé avoir reçu des engagements des banques. Elle pourrait également émettre des obligations à haut rendement à hauteur de 10 à 15 milliards de dollars.

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    Commentaires (2)

    • Portrait de Schraibi

      Super article! La digitalisation, la dématérialisation, la signature électronique... Nous n'entendrons parler plus que de cela dans les années à venir! Vive la technologie! http://www.calindasoftware.com/fr/modele-de-cahier-des-charges-signature-electronique/

      nov 23, 2015
    • Portrait de Clémence Jost

      Bonjour, merci de votre commentaire. Néanmoins, compte tenu de la fréquence de vos messages et du caractère systématiquement publicitaire de ceux-ci, nous tenons à vous prévenir que nous serons dans l'obligation de les supprimer à l'avenir si vous persistiez à en poster. Cordialement.

      nov 24, 2015

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