Jusqu’à présent, utiliser un logiciel supposait de se connecter à une interface, de naviguer dans des menus et de saisir soi-même les informations nécessaires. L’IA générative commence à faire disparaître cette mécanique. Il suffit désormais de formuler une intention : préparer une clôture comptable, vérifier des factures, analyser une trésorerie ou identifier une anomalie.
errière cette demande, un agent peut interroger plusieurs applications, rapprocher des données, appliquer des règles métier et restituer directement un résultat. L’utilisateur ne voit plus nécessairement les outils mobilisés. Il n’a plus toujours besoin de les manipuler pour obtenir un résultat.
Cette évolution ne signifie pas la fin du logiciel. Elle annonce plutôt son effacement progressif derrière une couche conversationnelle. Grâce au MCP (Model Context Protocol), le standard ouvert publié fin 2024 qui définit la manière dont une IA se connecte aux outils et aux données d’une entreprise, les agents accèdent aux fonctions des applications sans passer par leur interface. Pour les éditeurs, ajouter un assistant à côté des menus existants ne suffira donc pas. C’est l’architecture même du produit et de son modèle économique qui doit être repensée.
Ce que l’entreprise paie change de nature
Le SaaS s’est largement développé sur une tarification liée au nombre de sièges. Mais que devient ce modèle lorsqu’un agent prend en charge une partie des opérations auparavant réalisées par plusieurs collaborateurs ?
Les humains restent indispensables pour décider, contrôler et traiter les exceptions. En revanche, ils n’ont plus tous besoin d’accéder directement à chaque application. L’unité de valeur se déplace de l’accès vers l’opération exécutée. La question posée à l’ensemble du marché du logiciel est de savoir comment facturer un travail rendu quand l’utilisateur n’ouvre plus l’application. Les éditeurs adossés au seul droit d’accès y sont les plus exposés.
Les éditeurs doivent donc sortir d’une logique fondée principalement sur l’accès à une interface. Leur valeur résidera davantage dans les opérations exécutées, les services rendus et la qualité des résultats obtenus. Le logiciel ne sera plus seulement un outil mis à la disposition d’un utilisateur, mais une infrastructure métier capable d’alimenter et de sécuriser le travail des agents.
La confiance, nouveau centre de gravité
Lorsque le code générique devient facile à produire, l’avantage se déplace vers ce qui reste long à construire : des données structurées et historisées, des règles métier éprouvées, une connaissance fine des réglementations, la capacité à garantir la traçabilité des opérations.
Un logiciel de gestion ne se résume pas à ses écrans. Il conserve des informations comptables, financières, fiscales ou sociales dont l’exactitude engage directement l’entreprise. Une réponse séduisante mais erronée n’a aucune valeur lorsqu’elle conduit à une mauvaise déclaration, un paiement indu ou une décision non conforme.
C’est ici que des éditeurs comme Sage disposent d’un rôle central. Leur responsabilité est de consolider les systèmes de référence, de développer leurs propres agents tout en restant ouverts aux solutions tierces, et de rendre leurs données et services accessibles depuis les futures interfaces conversationnelles.
La chaîne de valeur du logiciel se réorganise ainsi autour de trois niveaux : les systèmes qui détiennent la donnée fiable, les agents qui orchestrent les actions et les interfaces qui restituent le résultat. L’écran pourra changer, voire disparaître. Mais la provenance des données, leur sécurité, leur conformité et la responsabilité de celui qui les garantit deviendront plus importantes que jamais. Dans l’économie de l’IA, la confiance n’est plus une qualité supplémentaire du logiciel, elle en devient la véritable valeur.

Contact
Sage
Mickaël Mina
Directeur IA France et Europe du Sud chez Sage
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