Au sommaire :
- IA génératives : mode d’emploi pour les métiers de l’information
- Rechercher et traiter l’information avec les IA
- Préparer des données pour l’IA en 5 étapes
- Comment prompter efficacement ?
- Générer des médias avec l’IA : principes et outils
- Créer son premier agent IA conversationnel en 1 heure
Déterminer les usages
La simplicité d’utilisation et d’accès, ainsi que l’ébullition médiatique qui s’opère autour de l’IA depuis sa démocratisation, jouent presque comme des injonctions à se servir de la technologie dans son quotidien professionnel. Pour autant, elle n’est pas adaptée ou nécessaire à toutes les tâches.
"L’idée n’est pas d’utiliser l’IA à tout prix", confirme Alice Bernard, formatrice indépendante, "couteau suisse de la médiation numérique" ayant travaillé près de quinze ans en lecture publique et ancienne directrice de l’Association des bibliothécaires de France (ABF). "Il faut toujours se demander si cela a réellement du sens et un intérêt." À ce sujet, bien que cela reste marginal, de plus en plus d’organisations se dotent d’une charte d’utilisation de l’IA. C’est le cas, par exemple, du groupe Serda-Archimag, qui a rédigé la sienne en indiquant ses limites et responsabilités.
Stratégie et coaching d’IA
Établir une stratégie pour prompter sur de bonnes bases est indispensable. "Il ne faut pas avoir peur de prendre le temps de rédiger ses instructions sur un fichier à part", explique Jean Gauthier, directeur de Serda Compétences. Les professionnels de l’information ont l’habitude de poser un champ sémantique, de préparer leur stratégie de recherche et d’interroger ensuite Google ou Bing pour trouver des résultats pertinents. "Avec les IA génératives, c’est un peu pareil, sauf qu’on le réalise en langage naturel."
Selon Jean Gauthier, se mettre dans la position de coach pour ne pas se laisser "porter par la machine" est également déterminant. "Il faut éviter d’avancer à tâtons, car les IA vont systématiquement générer des contenus structurés qui tiennent la route, mais qui ne répondent pas forcément à la problématique de départ. L’objectif est de se mettre dans un schéma mental pour garder la main."
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L’outil pertinent
Si ChatGPT domine largement les pratiques, il existe d’autres IA génératives généralistes (Gemini, Le Chat, Claude, Deepseek, Perplexity…) et des outils plus spécifiques, qui peuvent aussi répondre à des besoins. À l’image de Gamma, pour la réalisation de documents de présentation, ou encore de Notebook LM, qui permet de travailler sur un corpus de textes, de sons ou de vidéos. "Comparer différents outils sur une même requête est recommandé", souligne Alice Bernard. "Cela permet d’identifier le plus approprié et, parfois, de compléter nos informations."
Par ailleurs, il existe aussi de nombreux outils pour optimiser l’utilisation des IA génératives. Certains aident à optimiser la formulation des requêtes (à l’image de PromptPerfect, promptoMania ou Gud Prompt), quand d’autres facilitent la gestion et l’organisation de vos prompts (PromptFolder, AIPRM, Easy Folders…). Le site Theresanaiforthat.com recense également un grand nombre de technologies en fonction d’usages précis.
Objectifs, contraintes et limites
"Il est important de garder en tête que l’IA n’est pas encore dans notre cerveau en lui donnant un maximum d’informations", reprend Alice Bernard. Selon la méthode "Actif", il est recommandé que le prompt contienne au moins :
- l’action : détermine l’objectif de la directive, la tâche que l’IA doit effectuer,
- le contexte : en nourrissant son outil de sources pertinentes, de documents de travail ou d’inspirations qui permettront d’orienter la requête,
- le ton : professionnel, familier, neutre ou avec une pointe d’humour… Calibrer la tonalité des échanges et déterminer à qui s’adresse le rendu peut être intéressant pour que l’IA adapte son discours, par exemple en fonction de personas,
- l’identité de l’IA générative : définit le rôle, la posture, le métier ou la compétence à l’IA pour que celle-ci s’adapte au vocabulaire ou à l’exigence de l’environnement indiqué,
- le format de sortie : un tableau prêt à être importé sur Excel, une liste à puce, une synthèse très courte, une carte mentale, un code HTML… Les rendus sont multiples et peuvent s’adapter à chaque requête.
"Il faut prendre le temps de formuler une instruction suffisamment étoffée, d’être le plus clair, explicite et précis possible", complète Alice Bernard. "Il est aussi judicieux de déterminer des contraintes et des interdictions", ajoute Jean Gauthier, "en indiquant par exemple le type d’informations ou de sources à ne pas utiliser, en lui demandant de nous alerter sur ses doutes et sur son incapacité à effectuer la tâche, ou bien encore en mentionnant les sources pour les vérifier".
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Les éléments superflus sont aussi à bannir de type "bonjour ChatGPT", "merci pour cette réponse", "s’il te plaît"… "Nous parlons à une machine !", rappelle Alice Bernard. "Ces formules n’ont aucun intérêt et obligent les outils d’IA générative à consommer de l’énergie pour les analyser." En avril dernier, Sam Altman, PDG d’OpenAI, expliquait sur X (ex-Twitter), que les formules de politesse dans les prompts coûtaient "des dizaines de millions de dollars" en frais d’électricité…
"One shot", "few shots"… Dans la pratique, plusieurs façons de dialoguer avec l’IA existent. La requête nécessite-t-elle plusieurs itérations ou une seule ? La question peut orienter la construction d’un prompt. "Il faut avant tout éviter le "messy shot", alerte Jean Gauthier. C’est-à-dire une série d’échanges où l’humain finit finalement par perdre la main. "Parfois, il vaut mieux reprendre son prompt à zéro et repartir sur de bonnes bases."
Véracité de l’information et biais
"La mention "source" n’est pas un gage de véracité de l’information", alerte Alice Bernard. Les IA génératives sont très compétentes pour inventer des faits tout en ne sachant pas dire qu’elles ne sont pas en mesure de répondre à une requête. Les exemples d’hallucinations ayant conduit à de mauvaises décisions ou à des fake news font régulièrement les choux gras de la presse.
"Il est important d’adapter son niveau de confiance et d’avoir conscience des différents biais", souligne Alice Bernard. "Ces outils proviennent d’entreprises privées ne sont pas neutres ». Pour Jean Gauthier, il est indispensable "de tout vérifier, surtout les contenus qui ont vocation à être rendus publics ou qui serviront la prise de décision."
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Utilisation raisonnée
Attention à vos données confidentielles et sensibles ! Les IA génératives sont des aspirateurs de données… "Il faut appliquer les mêmes règles de protection des informations, mais aussi de respect des droits d’auteur et de la propriété intellectuelle à l’IA qu’aux autres outils qu’on utilise", insiste Jean Gauthier. Rappelons-le, injecter des données d’entreprise n’est pas sans conséquences. "Dans les paramètres de l’IA générative utilisée, les utilisateurs ont la possibilité d’activer l’option de non-utilisation des données pour alimenter son système."
Par ailleurs, si chaque interaction avec l’IA engendre bel et bien une facture énergétique, il est facile d’oublier l’impact écologique de ces technologies. "Il est important d’utiliser à bon escient les différents modes proposés par la plupart des modèles (comme "auto", "instant" ou "thinking" sur ChatGPT)", explique Jean Gauthier. "Car leur coût énergétique diffère : le poids d’un prompt "simple" représente l’équivalent d’un e-mail avec éventuellement une pièce jointe. En mode "thinking", ce poids est multiplié par dix, voire par quinze !"
Rester en veille
Depuis la démocratisation des IA génératives, il y a trois ans, la liste des technologies disponibles, leurs fonctionnalités et leur puissance ne font qu’évoluer. De fait, les pratiques bougent aussi vite qu’elles apparaissent. "Nous devons accepter d’être en perpétuel apprentissage et ne pas rester sur nos acquis", défend Alice Bernard. Ce que confirme Jean Gauthier : "faire preuve de curiosité et rester en veille sur les outils est aujourd’hui incontournable".












