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Pollution numérique : "L'obsolescence logicielle réduit la durée de vie des terminaux"

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    Il y a trois principaux types d’obsolescences, liées de façon intrinsèque : l'obsolescence technique, l'obsolescence esthétique ou culturelle et l'obsolescence logicielle. (Freepik/yanalya)
  • Pour Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l’April (association de promotion et de défense du logiciel libre), l’obsolescence logicielle doit être combattue si l’on veut réduire l’empreinte environnementale de l’informatique et, plus largement la pollution numérique. Les sénateurs viennent de s’emparer du sujet. Entretien.

    Sommaire du dossier sur l'écologie numérique :

     

    Etienne-Gonnu-AprilQu’est-ce que l’obsolescence logicielle ?

    Etienne Gonnu : Il y a trois principaux types d’obsolescences, qui sont liées de façon intrinsèque. L’obsolescence technique, la plus connue, se produit lorsqu’il est impossible de trouver la ou les pièces qui permettraient de réparer un produit. On parle aussi d’obsolescence esthétique ou culturelle, lorsque les campagnes de marketing ou de communication d’une fabrication vous incitent en tant que consommateur à renouveler sans réelle raison vos terminaux : tout simplement pour avoir la dernière version. L’obsolescence logicielle, enfin, est caractérisée par le fait que le logiciel embarqué dans le terminal constitue un facteur d’accélération de son vieillissement. Typiquement lorsqu’une mise à jour ou une évolution du logiciel a un effet immédiat sur la batterie et entraîne une perte d’autonomie.

    >Lire aussi : Infographie sur les chiffres clés de la pollution numérique - Zoom sur le cycle de vie de nos appareils électroniques

    C’est donc l’obsolescence logicielle qu’il faut combattre en priorité ?

    EG. Il faut agir à de multiples niveaux. Mais il est clair que ce type d’obsolescence a des impacts directs sur la durabilité des smartphones ou des ordinateurs, notamment, et donc sur le dérèglement climatique. Les plus grosses dépenses en énergie, et les coûts sociaux les plus importants, ont lieu au moment de la production des appareils et de la gestion des déchets. On estime notamment que 80 % des impacts environnementaux d’un smartphone sont générés lors de la phase de fabrication.

    Les sénateurs se sont emparés du sujet…

    EG. Oui. Pour l’April, qui se bat pour les libertés informatiques, c’est vraiment une bonne nouvelle. Dans sa première version, le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et pour une économie circulaire, n’abordait pas l’obsolescence logicielle, alors qu’elle est partie intégrante du problème. 

    Les sénateurs se sont emparés du sujet et à mon sens les débats - transpartisans - ont été d’une très grande qualité, notamment sur tout ce qui touche à l’interdiction des techniques visant à rendre des produits irréparables et à la garantie logicielle. Dans une logique de "rétro compatibilité", cette garantie obligerait les constructeurs à proposer des mises à jour pour les modèles de smartphones ou d’ordinateurs jusqu’à dix ans après leur mise sur le marché.

    >Lire aussi : Ecosia : le moteur de recherche écolo qui plante des arbres est-il génial ou hypocrite ?

    Que va-t-il se passer maintenant ?

    EG. Le texte du projet de loi, en procédure accélérée, devrait être examiné courant novembre à l’Assemblée nationale, puis lu en séance publique en décembre. Il devrait être ratifié début 2020.


    + repère :

    115 bonnes pratiques pour l’écoconception web

    Dans "Ecoconception web : les 115 bonnes pratiques", un ouvrage paru en 2019 chez Eyrolles, Frédéric Bordage, expert du numérique responsable et animateur du site GreenIT.fr, relève que les univers dématérialisés ne sont pas inoffensifs pour la planète, contrairement à nos idées reçues : 

    "Chaque octet a un impact dans le monde réel" (consommation d’électricité par les internautes et les centres de données, etc.). A fortiori chaque mégaoctet ou gigaoctet. Car l’auteur aborde aussi le problème des "obésiciels" (contraction des mots "obèse" et "logiciel"). D’après lui, le poids d’une page aurait été multiplié par 115 en vingt ans, "passant de 14 kilooctets en 1995 à plus de 1 600 kilooctets en 2015, avec une accélération du phénomène ces dernières années".

    Quelles sont les bonnes pratiques en matière d’écoconception ? 

    Frédéric Bordage exhorte entre autres les entreprises à réduire autant que possible toutes les fonctionnalités "non essentielles" et à privilégier un design "simple et épuré", tout en utilisant au maximum le "templating" (modèles de pages), qui permet de réduire la bande consommée pour accéder à chaque page. 

    Il propose en outre une "méthode pour évaluer le degré de maturité du site web en terme d’écoconception" et pour identifier des points d’amélioration. Le référentiel a été développé à partir d’observations menées sur le terrain par un certain nombre de contributeurs partenaires.

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    La dématérialisation est-elle écologique ? Avec le numérique, est-on respectueux de l’environnement ? À l’heure où se multiplient les alertes sur la santé vacillante de la planète, ces questions méritent d’être approfondies. Rapidement, on constate que les paramètres sont multiples et les enjeux complexes.
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