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Comment se portent les centres de documentation en 2026 ?

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    52,5 % des documentalistes répondants estiment que leur poste a connu de nouvelles orientations ces dernières années.(Mashalcryb/Freepik)
  • Quel est le bilan de santé des centres de documentation en France ? Archimag présente les résultats d’une enquête inédite sur l’évolution du métier de documentaliste et des services dans lesquels ils exercent. Si une majorité des professionnels ressentent une forte transformation de leur métier, comment s’adaptent-ils quand les budgets fondent et que les effectifs se réduisent ? Et comment les documentalistes intègrent-ils l’IA, qu’ils perçoivent comme une alliée à double tranchant, dans leurs pratiques ? Notre étude révèle que l’agilité devient aujourd’hui une question de survie et que, loin de toute résignation, la résilience s’installe, portée par la maîtrise de nouveaux outils et par un élargissement des missions. Dans ce dossier, prenez le pouls des centres de documentation !

    393_couvbd.png enlightened RETROUVEZ CET ARTICLE ET PLUS ENCORE DANS NOTRE MAGAZINE : COMMENT SE PORTENT LES CENTRES DE DOCUMENTATION EN 2026 ?

    Au sommaire : 

    - Le bilan de santé des centres de documentation en France : les résultats détaillés de notre grande enquête inédite 
    Les préoccupations des centres de doc : ce qu’en disent les éditeurs 
    “De la documentation au KM, ce service est la chronique d’une transformation” 
    - “Notre métier doit bouger très vite” 
    - “Demain, les centres de documentation seront des tiers-lieux pédagogiques”
    Documentalistes : 40 ans de mutation… Et demain 


    Dans son numéro d’avril 2019, Archimag interrogeait les professionnels de l’infodoc sur leur avenir. Transformation du métier, besoins en formation, évolutions des missions… Leur perception de l’émergence de nouvelles pratiques et technologies, dont l’intelligence artificielle, avait également été mesurée. "Il est encore difficile de savoir quel sera son impact sur les métiers de l’infodoc. 45 % des personnes interrogées estiment que l’IA est une opportunité contre seulement 8 % qui la perçoivent comme une menace pour leur profession", pouvait-on alors lire dans votre magazine (Archimag n° 323 page 15). 

    Sept ans plus tard et après une révolution technologique fulgurante, comment les centres de documentation, et plus largement les documentalistes, ont-ils évolué ? À travers une enquête menée auprès de 335 professionnels (58 % issus du secteur public, 29 % du secteur privé et 13,3 % du secteur associatif), nous avons voulu comprendre les nouveaux enjeux, les nouvelles craintes et les perspectives qui traversent le métier.

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    En ce qui concerne l’IA, les avis sont désormais plus nuancés. Si 21 % des répondants la considèrent avant tout comme une opportunité et 5 % comme une menace, une large majorité (64 %) estime qu’elle représente à la fois un risque ET une opportunité. Pour un documentaliste interrogé sur cinq, l’IA reste encore un sujet flou. D’ailleurs, 36 % des professionnels placent l’IA dans le top trois des menaces identifiées pour leur métier à moyen terme.

    Lire aussi : Fiche métier : être documentaliste en 2026

    À mesure que les révolutions technologiques se succèdent (la dernière en date étant la démocratisation d’internet, au début des années 2000), la profession des documentalistes se remet en question ou, plutôt, cherche à démontrer sa valeur. "Quand les moteurs de recherche, à l’image de Google, sont apparus, les gens se sont dit que tout le savoir était à portée de main et qu’il n’y avait plus forcément besoin de professionnels de l’information", explique Lolita Miletto, présidente de l’association InterDoc. "Avec l’IA, certaines collectivités se disent qu’elles pourraient écrémer et replacer les gens ailleurs". Et Henri Stiller, président de l’ADBS de compléter : "il y a un impact très clair de l’IA sur les pratiques professionnelles. L’enjeu est de réussir un positionnement pour montrer le rôle et la valeur ajoutée des documentalistes dans ce nouveau contexte."

    « Les documentalistes travaillent de plus en plus en mode projet, dont certains sont stratégiques, comme le déploiement de l’IA. Nous sommes aussi devenus des formateurs, des facilitateurs » Parole de documentaliste

    Des atouts "métiers" face à l’IA

    Si la technologie suscite des interrogations, elle est déjà largement intégrée aux pratiques professionnelles et semble davantage perçue comme un outil à apprivoiser. Dans notre enquête, 92 % des documentalistes déclarent utiliser l’IA dans le cadre de leur travail. Certains indiquent également participer activement à son déploiement dans leur organisation : "Avec l’arrivée de l’IA générative, mon rôle de formateur s’est accentué" ; "La nouvelle direction a initié un nouveau projet comprenant un volet "indexation d’entretiens par l’intelligence artificielle" (fonds de documents audio)." ; "Je suis en mission d’appui à l’utilisation de l’IA" ; "Les documentalistes travaillent de plus en plus en mode projet, dont certains sont stratégiques, comme le déploiement de l’IA. Nous sommes aussi devenus des formateurs, des facilitateurs". 

    "Les entreprises prennent de plus en plus conscience que la mise en œuvre des IA n’est pas simple", remarque Henri Stiller. Les hallucinations, les résultats erronés, l’art de prompter, la confidentialité ou encore l’éthique sont autant de sujets sur lesquels les documentalistes peuvent être en mesure d’apporter leur expertise. Ces questions sont d’ailleurs largement abordées dans le guide pratique d’Archimag n° 83, dans lequel plusieurs professionnels de l’infodoc partagent leurs retours d’expérience.

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    Une mutation des missions

    Au-delà des impacts multiples de l’IA, les documentalistes font état d’une évolution de leurs missions. 52,5 % des répondants estiment que leur poste a connu de nouvelles orientations ces dernières années. Une transformation qui se traduit d’ailleurs dans l’intitulé des postes déclarés par les professionnels : "responsable du learning center", "responsable des projets numériques et de la gestion de l’information", "cyberdocumentaliste", "documentaliste et correspondante data", "data manager", "cheffe de projet dématérialisation", "gestionnaire d’information", "spécialiste en veille et analyse de l’information", "responsable knowledge management", etc.

    « Les recherches documentaires ont laissé la place aux veilles documentaires » Parole de documentaliste

    Notre enquête s’est également penchée sur l’évolution du cœur de métier des documentalistes. En réponse à la question "votre cœur de métier s’oriente plutôt vers…", les documentalistes témoignent que la gestion documentaire "classique" reste en bonne position (68 % ont répondu "plutôt oui" et "tout à fait"). Parallèlement, la veille et l’analyse de l’information (77 %) ainsi que l’accompagnement des usages et pratiques (74 %) s’érigent comme les principales orientations du métier.

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    Pour Henri Stiller, la veille s’est en effet progressivement imposée comme une nouvelle dimension du métier avec l’arrivée d’internet, qui a largement contribué à son développement. "Les recherches documentaires ont laissé la place aux veilles documentaires", atteste un documentaliste. "Nous faisons toujours plus de veille", confirme un autre. "Notre association a pour volonté d’utiliser de l’IA pour réaliser de la veille numérique", ajoute un répondant.

    Le conseil et le déploiement d’outils (60,5 %) recueillent également de nombreuses réponses positives parmi les documentalistes interrogés, signe qu’ils sont de plus en plus impliqués dans la mise en œuvre et l’accompagnement des environnements informationnels au sein des organisations. "Lors de ma prise de poste, j’étais beaucoup sur la formation et l’assistance des agents ainsi que le maintien en condition opérationnelle", témoigne un documentaliste. "Désormais, je suis davantage dans l’accompagnement des agents pour optimiser les processus et je travaille sur un projet de changement d’outil, avec l’intégration de nouveaux enjeux (automatisation et IA) ou non pris en compte jusqu’à présent (archivage)."

    Les sujets de gouvernance de l’information et de la data (37,2 %) semblent encore émergents. "Mon poste a évolué vers plus de rationalisation des tâches répétitives (enregistrement du courrier) au profit d’activités plus stimulantes (inventaire de fonds, refonte de plans de classement, réflexion sur la numérisation de documents)", explique un documentaliste. "Il faut repenser le métier en matière de médiation documentaire, de gestion et de diffusion de l’information afin de répondre avec pertinence et fiabilité aux besoins des agents. Notamment avec le développement de l’utilisation de l’IA (recherches informationnelles, préventions, sécurité", déclare un autre répondant. 

    « On ne cesse d’ajouter des missions, mais on n’ajoute jamais de moyens humains pour les réaliser » Parole de documentaliste

    À noter que 47 % des documentalistes déclarent réaliser plus de travail pour le même poste ces cinq dernières années. "On ne cesse d’ajouter des missions, mais on n’ajoute jamais de moyens humains pour les réaliser", témoigne un professionnel. "Nous ne bénéficions presque pas de formation professionnelle et composons avec un management peu compétent et dans l’ignorance des réalités du métier", indique un documentaliste. "Résultat : fatigue, stress, travail bâclé ou en retard et insatisfaction (alors que, pourtant, tout cela devrait être passionnant)".

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    Malgré des coupes RH et budgétaires…

    La question de la réduction ou du non-renouvellement des postes de documentalistes semble être une problématique durable. Ces cinq dernières années, si les effectifs des centres de documentation et autres services similaires sont déclarés stables par 53 % des répondants (et 8 % en hausse), un documentaliste sur quatre fait face à des baisses d’effectifs. Dans notre enquête, nombreux sont ceux qui témoignent de ce constat : "Non-remplacement des agents malades et retraités" ; "La charge augmente, car les postes ne sont pas remplacés" ; "Suppression de poste"…

    Cette conjoncture est particulièrement marquée dans le secteur public. "L’IA a un impact sur cette tendance, mais la baisse des budgets est un point déterminant", constate Lolita Miletto. D’ailleurs, InterDoc a récemment publié une tribune dénonçant la réduction de personnel et de moyens dans les services de documentation. Depuis six ans, certains de leurs adhérents font état d’une diminution drastique du personnel, mais aussi de suppressions pures et dures. Du côté des professeurs-documentalistes, L’Association des professeurs documentalistes de l’Éducation nationale (APDEN) dénonce les menaces qui pèsent sur plusieurs parcours de formation des futurs professeurs du second degré, notamment en documentation.

    Lire aussi : IA et recherche : les bibliothèques et centres de documentations réaffirment leur rôle

    dessin_dossier_comment_se_portent_les_centres_de_doc_en_2026.jpg"Le principal enjeu a toujours été de démontrer la valeur ajoutée de nos métiers", explique Henri Stiller. "Cette question revient à chaque mutation du secteur, mais les professionnels de l’information ont su s’adapter aux évolutions. Aujourd’hui encore, il s’agit de mieux valoriser et de faire reconnaître l’utilité des services de documentation."

    … toujours de l’espoir !

    Malgré ces bouleversements aussi bien structurels que conjoncturels, la majorité des participants à notre enquête (52 %) restent confiants ou plutôt confiants quant à l’avenir du métier. 42 % se déclarent, de leur côté, plutôt inquiets et 6,5 % très inquiets. 68 % des professionnels interrogés considèrent que leur métier va surtout se transformer dans les prochaines années. 

    « Nous avons plus de travail et de sollicitations, parce que nous observons une augmentation de la reconnaissance des atouts du service documentaire » Parole de documentaliste

    Plusieurs témoignages traduisent également une perception plus positive des évolutions rencontrées par le métier de documentaliste : "Nous avons plus de travail et de sollicitations, parce que nous observons une augmentation de la reconnaissance des atouts du service documentaire" ; "Élargissement du périmètre du learning center" ; "Nous nous recentrons sur des fonctions pures de documentation et de management. Nous constatons, avec la montée de l’IA, un intérêt pour la profession, de nouveaux besoins des collègues, mais aussi des demandes de veilles étendues. Nous allons aussi nous lancer dans un projet de numérisation d’un fonds datant des années 1980."

    Le métier de documentaliste semble s’engager dans une nouvelle phase d’adaptation et c’est une situation que les professionnels connaissent bien, eux qui ne cessent de se réinventer depuis plusieurs décennies… Archimag reste mobilisé pour les accompagner dans cette transition !

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