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"Notre métier doit bouger très vite" : IA, outils, désinformation... les nouveaux enjeux des documentalistes

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    "Les documentalistes doivent monter en compétence dans le domaine de l’IA", selon Chloé Rotureau, documentaliste. (DR)
  • Dans un établissement supérieur d’enseignement agricole de l’ouest de la France, les documentalistes constatent une évolution des pratiques des usagers,  mais aussi un renouvellement continu des outils documentaires. Face à ces bouleversements, la montée en compétences semble incontournable.

    393_couvbd.png enlightened RETROUVEZ CET ARTICLE ET PLUS ENCORE DANS NOTRE MAGAZINE : COMMENT SE PORTENT LES CENTRES DE DOCUMENTATION EN 2026 ?

    Au sommaire : 

    - Le bilan de santé des centres de documentation en France : les résultats détaillés de notre grande enquête inédite 
    Les préoccupations des centres de doc : ce qu’en disent les éditeurs 
    “De la documentation au KM, ce service est la chronique d’une transformation” 
    - “Notre métier doit bouger très vite” 
    - “Demain, les centres de documentation seront des tiers-lieux pédagogiques”
    Documentalistes : 40 ans de mutation… Et demain 


    Depuis plus de 120 ans, c’est un établissement qui forme des ingénieurs dans les domaines de l’agriculture et des sciences du vivant. L’école est également dotée d’un centre de documentation à la mesure du sujet : plus de 17 000 ouvrages en salle et 10 000 titres en réserve. Son offre de périodiques est également généreuse, avec 150 abonnements auxquels il faut ajouter un portail documentaire. Les usagers ne s’y trompent pas : les 170 places assises sont régulièrement occupées. 

    Pourtant, dans cet établissement comme ailleurs, les comportements des usagers évoluent : "le centre de documentation est plébiscité en tant que lieu, mais les usagers éprouvent moins d’intérêt pour les ressources documentaires", constate Chloé Rotureau, documentaliste. "Le nombre de prêts de documents physiques est en baisse, alors que les consultations des bases de données augmentent." À ses yeux, le monde de la documentation n’en est pas à son premier bouleversement : "Lorsque j’ai obtenu mon DEUST Métiers des bibliothèques et de la documentation de Université Rennes 2, en 2006, notre formation technique était peu adaptée à la réalité du terrain. Aujourd’hui, nous devons suivre de près l’évolution des outils."

    Lire aussi : Fiche métier : être documentaliste en 2026

    Trop de dépendance

    chloe_rotureau.jpgC’est notamment le cas pour le portail documentaire : "Nous travaillons avec la direction des systèmes d’information, mais nous ne parlons pas la même langue et nous ne la sentons pas à notre écoute. La DSI a en effet la main technique sur le portail, parallèlement au contrat de maintenance, géré par PMB Services. Nous devons passer par elle et par l’éditeur pour le moindre changement de brique fonctionnelle."

    Chloé Rotureau fait un vœu : que les documentalistes acquièrent une certaine autonomie dans le développement, le graphisme et le web marketing. Trop de dépendance à l’égard des informaticiens signifie en effet une forme d’effacement de la fonction documentaire : "Nous ne sommes jamais prioritaires par rapport à d’autres services jugés plus importants. C’est frustrant et agaçant."

    Autre enjeu, celui des ressources humaines et des budgets, qui ne sont pas à la hauteur des besoins des documentalistes. Avec près de quatre personnes en équivalent temps plein, le centre de documentation - également appelé médiathèque au sein de l’établissement - aurait besoin d’une cinquième personne pour remplir ses missions. "Nous devons malheureusement faire avec les moyens du bord et cela ressemble parfois à du bricolage. Ce point de vue est partagé par des collègues documentalistes qui évoluent dans l’enseignement supérieur." Résultat : "Cela crée de l’instabilité dans le service et dans les projets."

    Lire aussi : IA et recherche : les bibliothèques et centres de documentations réaffirment leur rôle

    Monter en compétence sur l’IA

    Sans surprise, l’avènement de l’intelligence artificielle change aussi la donne dans les pratiques professionnelles. L’établissement est en passe de se doter d’une charte et, parmi les documentalistes, les usages de l’IA ne sont pas homogènes. L’équipe du centre de documentation sera probablement mobilisée pour former les usagers aux outils IA dans le domaine documentaire.

    Mais cela ne s’improvise pas, selon Chloé Rotureau : "Les documentalistes doivent monter en compétence dans le domaine de l’IA. Nous devons être plus que des utilisateurs si nous voulons, à notre tour, former les usagers à l’intelligence artificielle. Selon moi, l’IA va clairement faire évoluer le métier de documentaliste et surtout les formations aux compétences informationnelles que l’on dispense. Notre métier doit bouger très vite." D’autant plus vite que la liste des missions confiées aux documentalistes va probablement s’allonger, avec des actions sur le terrain de la lutte contre la désinformation. 

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