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Gouvernance de l'information numérique en 2026 : comment l’IA a pris le pouvoir

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    Le fait marquant de ce 15e rapport réside dans la croissance fulgurante de l’IA. (Pongsaksapakdee/Freepik)
  • Pour sa 15e édition, le Rapport sur la gouvernance de l’information numérique, baromètre exclusif du groupe Serda-Archimag, dresse un constat sans appel : l’intelligence artificielle n’est plus au stade de l’expérimentation, elle s’impose désormais comme le nouveau moteur de la gouvernance de l’information numérique. 

    393_couvbd.png enlightened RETROUVEZ CET ARTICLE ET PLUS ENCORE DANS NOTRE MAGAZINE : COMMENT SE PORTENT LES CENTRES DE DOCUMENTATION EN 2026 ?

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    64 % des organisations reconnaissent intégrer l’intelligence artificielle (IA) ou vouloir l’intégrer à leurs modes de fonctionnement ; cette déferlante technologique redessine la centralité des données et révise les questions d’outillage à l’aune de l’IA. Entre le besoin vital de souveraineté face aux nouveaux outils, l’urgence sécuritaire et le retard toujours inquiétant des démarches de numérique responsable, découvrez les enseignements majeurs de l’année 2026 pour adapter et transformer vos stratégies informationnelles.

    Depuis quinze ans, j’ai le privilège d’observer, de mesurer et d’accompagner les transformations numériques des organisations publiques et privées à travers notre baromètre annuel. La publication de ce 15e Rapport sur la gouvernance de l’information numérique intervient dans un contexte national et international critique. L’accès, le contrôle et la protection de nos données sont plus que jamais au cœur des tensions mondiales, ravivant de manière cruciale les questions de responsabilité et de souveraineté.

    Forts des retours de plus de trois-cents organisations, ce nouveau cru révèle une bascule technologique et stratégique sans précédent. Si les budgets se resserrent, les ambitions, elles, se réinventent autour d’un triptyque désormais incontournable : la data, le knowledge management (KM) et, surtout, l’intelligence artificielle.

    Lire aussi : Aligner gouvernance des données et gouvernance de l’IA

    Pragmatisme et expérience utilisateur : la fin des usines à gaz

    infographie_gouvernance_de_linformation_2026.jpgL’année 2026 confirme la fin des approches monolithiques. Face aux contraintes budgétaires, citées comme frein majeur par 43 % des répondants, les organisations adoptent une stratégie pragmatique et majoritairement partielle. Elles avancent par expérimentations ciblées, privilégiant des résultats concrets par étapes.

    Chez Serda Conseil, nous recommandons vivement cette démarche progressive, qui permet de valoriser les succès métiers par des cas d’usage démontrables et de favoriser l’adhésion des équipes.

    L’urgence est avant tout opérationnelle. Les collaborateurs expriment une exaspération face à l’infobésité et à la complexité des systèmes :

    • l’augmentation du volume d’informations internes à gérer reste la problématique numéro un (72 %),
    • 90 % des utilisateurs plébiscitent un point d’accès unique aux données,
    • la priorité absolue (89 %) est de "réduire le nombre d’applications existantes".

    L’efficacité ne consiste plus seulement à classer les fichiers, mais à supprimer les frictions quotidiennes pour rendre l’information immédiatement disponible.

    Le tsunami de l’IA et la centralité de la data

    Le fait marquant de ce 15e rapport réside dans la croissance fulgurante de l’IA. En l’espace de deux ans, l’IA est passée du stade d’innovation exploratoire à celui de moteur central de la gouvernance de l’information (GI).

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 64 % des répondants indiquent que l’IA est désormais incluse (totalement, partiellement ou en prévision pour 2026-2027) dans leur gouvernance de l’information. Plus impressionnante encore, la proportion d’organisations plaçant l’IA au centre même de leur démarche a explosé, passant de 10 à 52 % en un temps record. Cette technologie s’impose comme une compétence transverse : 28 % des répondants déclarant que tous les métiers de leur organisation sont désormais engagés dans une démarche IA.

    C’est l’IA générative qui mène la danse, représentant 56 % des projets d’intelligence artificielle sur les données internes. Elle supplante les usages classiques pour se concentrer sur la génération de textes et de contenus (71 %) et les agents conversationnels (55 %).

    Lire aussi : Les défis de la data gouvernance

    Cette montée en puissance de l’IA entraîne mécaniquement un regain d’intérêt pour deux piliers historiques :

    • la data : 89 % des répondants font de la gestion des données une priorité intégrée à leur gouvernance,
    • le knowledge management (KM) : si le KM traditionnel peinait à s’imposer ces dernières années, 31 % des projets de GI incluent désormais une dimension de valorisation des connaissances. L’IA générative agit Comme un formidable accélérateur pour extraire, synthétiser et capitaliser les contenus en temps réel.

    Souveraineté et sécurité : les grands défis face au "shadow AI"

    L’intégration rapide de ces technologies ne se fait pas sans difficulté. Les risques cyber et la perte de données constituent toujours une préoccupation majeure. Pour 80 % des répondants, la perte de données et d’informations est le risque numéro un (en hausse de 3 points) et il continue de se renforcer.

    Dans ce climat, les questions de souveraineté reviennent en force. Les professionnels du secteur public, notamment, soulignent leurs inquiétudes quant à la dépendance vis-à-vis des solutions américaines et revendiquent un besoin de souveraineté forte dans le choix de leur outillage.

    De plus, l’IA introduit de nouvelles failles. Si Microsoft Copilot domine les postes de travail (35 %), 26 % des répondants signalent qu’aucune IA générative n’est installée nativement, laissant la porte ouverte aux usages "sauvages". L’usage non maîtrisé de solutions d’IA générative est perçu comme un risque majeur par 39 % des organisations, un chiffre qui a doublé en un an.

    Chez Serda Conseil, nous accompagnons nos clients dans l’élaboration de chartes d’usage de l’IA (actuellement inexistantes dans 40 % des organisations). Le pilotage de l’IA générative ne peut rester la chasse gardée de la DSI : il exige une impulsion stratégique claire des directions générales pour protéger la propriété intellectuelle et sécuriser le patrimoine informationnel.

    Outillage : de la maturité collaborative à l’ère de l’IDP

    Du côté des outils, le marché atteint sa pleine maturité sur les fonctions de base. Les plateformes collaboratives sont réalisées à 51 %, et la signature électronique est en place chez 47 % des répondants (avec 43 % de projets supplémentaires en cours). La contrainte réglementaire, notamment sur les marchés publics, a joué son rôle de moteur.

    La véritable innovation réside dans les flux entrants. La capture de documents connaît une mutation profonde avec l’avènement de l’IDP (intelligent document processing). En combinant l’OCR classique et l’IA, l’IDP comprend le contexte, extrait des données structurées et fiabilise la chaîne documentaire dès son origine, marquant une rupture majeure pour notre secteur.

    Lire aussi : Méthode : les 7 points clés de la data gouvernance

    Numérique responsable : la grande déception

    Si la gouvernance de l’information avance sur le front technologique, elle stagne dangereusement sur le volet environnemental. La démarche de numérique responsable reste le parent pauvre de 2026. L’indicateur lié au bilan carbone du numérique peine lamentablement à décoller, bloqué à un faible 5 %.

    L’attentisme est frappant : 70 % des organisations n’ont prévu aucun bilan carbone de leur système d’information. De plus, 46 % ne se sont fixé aucun objectif de réduction de leur empreinte carbone. Chez Serda Conseil, nous rappelons inlassablement que l’optimisation des processus (comme l’archivage électronique certifié) présente un double bénéfice - économique et écologique -, mais la prise de conscience globale fait cruellement défaut.

    En conclusion 

    Les résultats de ce 15e rapport tracent une feuille de route évidente pour les années à venir. L’heure n’est plus à l’accumulation d’outils, mais à la maîtrise globale du cycle de vie des données (une priorité pour 45 % des organisations, en hausse de 6 points) en lien avec celle des documents. Il s’agit du grand chantier des prochains mois et années. 

    Notre conviction chez Serda Conseil est que la gouvernance de l’information doit basculer en "pilote automatique" dans le back-office. Pendant que les équipes se concentrent sur leur cœur de métier, portées par une IA facilitatrice et sécurisée, les experts (DPO, RSSI, archivistes, qualité, etc.) doivent garantir la traçabilité et la conformité en coulisses.

    C’est à cette seule condition que nous pourrons allier performance opérationnelle, protection souveraine de nos données et, espérons-le demain, responsabilité environnementale. 

    Téléchargez le 15e Rapport sur la gouvernance de l’information numérique 2026, réalisé par Serda Archimag.

    Caroline Buscal
    [Consultante experte - Directrice de Serda Conseil]

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