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En forte hausse, la fraude documentaire se banalise à tous les niveaux de la société

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    En forte hausse, la fraude documentaire se banalise à tous les niveaux de la société
    La falsification de documents est devenue une pratique délictuelle en plein essor (Magnific / @vecstock)
  • En l’espace d’une année seulement, les fraudes documentaires détectées dans le secteur de l’assurance ont bondi de 30 % pour atteindre un montant de plus de 900 millions d'euros. Dans le même temps, 13 % des Français déclarent avoir déjà falsifié un document.

    903 millions d'euros. C'est le montant des fraudes détectées dans le secteur assurantiel par l'Agence de Lutte contre la Fraude à l'Assurance en 2024. Soit une hausse de 30 % par rapport à l'année précédente. De son côté, l'Assurance maladie a détecté et stoppé l'équivalent de 723 millions d'euros générés par la fraude documentaire. Là aussi, la tendance est à la hausse vertigineuse, puisque ce montant a été multiplié par trois depuis 2021. 

    La lecture de la deuxième édition du rapport de l’Observatoire Tessi sur la fraude documentaire confirme ce que l’on pressentait : la falsification de documents est devenue une pratique délictuelle en plein essor. On pourrait presque dire qu’elle se démocratise à tous les niveaux de la société. “La fraude documentaire a changé d’échelle, de nature et elle est désormais pratiquée par des profils très différents”  confirme Emmanuelle Ertel, Directrice  Générale Innovation Trust au sein de l’éditeur Tessi ; “elle n’est n’est plus le fait exclusif de réseaux organisés. 13 % des Français reconnaissent avoir déjà falsifié un document et l’on trouve des fraudeurs parmi la catégorie CSP+”. Quant à l’examen des documents les plus falsifiés, il illustre l’agilité des fraudeurs : carte nationale d’identité, fiche de paie, permis de conduire, certificat médical, arrêts de travail, RIB, diplômes…

    L’IA n’est qu’une auxiliaire pour le fraudeur

    Ce rapport invite également à constater un changement structurel : “les organisations ne sont plus seulement confrontées à de faux documents, mais à des dossiers complets mêlant pièces authentiques, déclarations trompeuses et identités réelles ou détournées. La fraude se déplace progressivement du document vers le processus lui-même.” 

    Sans surprise, l’intelligence artificielle est utilisée sans vergogne par les fraudeurs pour produire des pièces de mieux en mieux contrefaites. Près d’un tiers des personnes ayant falsifié un document déclarent avoir eu recours à une IA. Mais si l’IA facilite certaines manipulations (créer un visage ou une signature, retirer un filigrane…), elle apparaît à ce jour comme une auxiliaire pour le fraudeur, pas comme une faussaire autonome.

    Un constat partagé par Jonathan Spedale, fondateur de Cyber Moustache, qui relativise les performances prêtées à l’IA : “l'apparition d'outils comme ChatGPT a provoqué un emballement médiatique considérable. J'ai été l'un des premiers à interpeller des journalistes qui relayaient des informations sur un outil censé créer un document d'identité en quelques secondes. La réalité est bien différente. Nous sommes encore très loin d'une IA capable de tout faire à partir d'un simple prompt.” A ses yeux, l’administration et les entreprises françaises seraient bien inspirées de se professionnaliser car la France fait aujourd’hui figure de théâtre d’opérations privilégié en raison de son impréparation et de l'insuffisance de la réponse pénale.

    Chaque Etat avance à son rythme

    Une chose est sûre, les attaquants ne manquent ni d’imagination, ni d’outils. De leur côté, les défenseurs peuvent aujourd’hui compter sur le règlement eIDAS ou le futur portefeuille numérique européen EUDI Wallet pour réduire les risques de fraude à l’identité. Mais l'essentiel reste à construire selon les auteurs de ce rapport qui regrettent une approche européenne compartimentée : “chaque Etat avance à son rythme, avec ses propres choix d’architecture et de certification, ce qui freine l’interopérabilité pourtant essentielle dans un espace économique intégré”. 

    La montée des périls ouvre en revanche des perspectives florissantes pour les éditeurs de solutions dédiées à la lutte contre la fraude documentaire.

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