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Archivage sur ADN, la révolution du stockage est en cours

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    Archivage sur ADN, la révolution du stockage est en cours
    Capsules contendant deux textes encodés sur ADN (Stéphane Lemaître / CNRS - Sorbonne Université)
  • Les Archives nationales ont présenté le projet "La Révolution de l'ADN" qui propose des capacités de stockage et de fiabilité jamais vues jusqu'ici. Mais son utilisation n'est pas à l'ordre du jour avant plusieurs années.

    "C'est une première mondiale ! Nous procédons au dépôt d'une archive encodée sur ADN dans la célèbre armoire de fer des Archives nationales". Pour Bruno Ricard, directeur des Archives nationales, la révolution des supports de stockage est en cours avec l'encodage d'archives numériques sur ADN. L'Histoire retiendra que les deux premiers documents stockés sur deux petites capsules d'à peine deux centimètres de longueur ont une forte valeur symbolique : il s'agit de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, et de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne rédigée par Olympe de Gouges en 1791.

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    Dans la longue histoire des supports de stockage (argile, peau animale, tissu, papier, bandes magnétiques, outils numériques...), l'ADN semble faire figure de dispositif ultime. L'acide désoxyribonucléique (ADN) est une macromolécule biologique présente dans la plupart des êtres vivants. Elle contient toute l'information génétique permettant le développement, le fonctionnement et la reproduction des êtres vivants. Elle peut également se transformer en stockage documentaire : "le stockage d'informations numériques sur ADN est une technologie émergente qui constitue une solution durable, non énergivore et extrêmement compacte" explique Stéphane Lemaître, directeur de recherche CNRS au laboratoire de biologie computationnelle et quantitative.

    Un support stable pour des centaines de milliers d'années

    Il s'agit d'une solution durable car la stabilité de l'ADN se compte en dizaines, voire en centaines de milliers d'années. Soit un bond considérable comparativement aux supports de stockage actuellement utilisés par les archivistes. Ces derniers doivent régulièrement réaliser des transferts de données pour faire face à l'obsolescence des supports numériques. L'ADN est également non énergivore car il ne nécessite aucun apport d'énergie s'il est conservé dans des conditions adéquates (sans eau, ni air, ni lumière). Il est enfin compact : "l'intégralité des données mondiales actuelles pourrait tenir dans 100 grammes d'ADN, soit le volume d'une tablette de chocolat" souligne Stéphane Lemaître.

    Derrière cette prouesse, outre le CNRS, on trouve Sorbonne Université, la société d'accélération de transfert technologique Satt Lutech, ainsi que des acteurs privés (Twist Bioscience Corporation, Imagene, et Biomemory). Leur algorithme baptisé DNA Drive ouvre des perspectives inédites : une séquence ADN peut être convertie en informatique binaire qui sera ensuite décompressée numériquement afin de retrouver le fichier d'origine.

    1 000 euros pour 1 Mégaoctet

    Le recours à l'ADN comme support de stockage n'est pas nouveau. Il avait été suggéré dès 1959 et une première démonstration avait vu le jour en 2012. Mais c'est la première fois qu'une institution publique procède à la conservation d'archives ainsi encodées. Le projet "La Révolution dans l'ADN" prend un sens particulier à la lumière de l'expansion infinie de la datasphère. Chaque seconde, 29 000 Giga-octets (Go) de données sont publiées sur internet. A l'échelle mondiale, le volume de données numériques est actuellement estimé à 45 zetta-octets (Zo). Il devrait atteindre 175 Zo à l'horizon 2025...

    Reste une question : le stockage sur ADN va-t-il remplacer les supports numériques ? A court terme, non. Son coût est estimé à environ 1 000 euros pour 1 Méga-octet (Mo) ce qui le rend trop onéreux pour devenir opérationnel. "Mais des marges de progression permettent d'envisager une réduction des coûts" expliquent les promoteurs de projet. Autre écueil à surmonter : les temps d'écriture et de lecture sont encore longs ce qui exclut, à ce jour, une utilisation dédiée aux "archives chaudes".

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