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Québec : retour sur la fusion des archives et de la bibliothèque nationales

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    La salle de consultation de BAnQ à Montréal (Mikaël Theimer)
  • En 2006, le Québec se lançait dans la fusion inédite de ses services d’archives et de ses bibliothèques. Une décision qui a bousculé les clivages traditionnels entre milieux bibliothéconomiques et archivistiques. Près de dix-huit ans plus tard, archivistes et bibliothécaires travaillent ensemble dans "une culture de collaboration".

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    C’est une date à marquer d’une pierre blanche. Le 31 janvier 2006, le Québec procédait à la fusion de sa Bibliothèque nationale et de ses Archives nationales. Une décision inédite et probablement unique au monde qui a donné naissance à une entité désormais connue de tous les Québécois : BAnQ, Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

    "Le gouvernement du Québec a fait preuve d’audace en fusionnant les missions des Archives nationales et de la Bibliothèque nationale et en y ajoutant une bibliothèque publique panquébécoise : la Grande Bibliothèque", explique Marie Grégoire, présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec ; "au départ, ces fusions s’inscrivent dans la volonté du gouvernement de moderniser et d’alléger les structures de l’État, tout en développant une offre de service de meilleure qualité. Dès lors, archivistes et bibliothécaires ont commencé à travailler ensemble à l’harmonisation des pratiques pour donner naissance à BAnQ."

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    Si un tel mariage de raison semble inenvisageable en France, il n’a pas manqué de bouleverser les habitudes des uns et des autres, reconnaît-on à Montréal : "la fusion marque un tournant majeur dans les esprits, bousculant les clivages traditionnels entre milieux bibliothéconomiques et archivistiques, projetant au premier plan le rôle des technologies de l’information. Elle oblige les archivistes et les bibliothécaires à mieux se connaître et à bien se positionner les uns par rapport aux autres. Elle a facilité leur épanouissement en favorisant les complémentarités. Une des plus belles occasions qui ont été offertes par cette fusion est l’enrichissement d’une profession par la connaissance de l’autre, l’échange de forces. Les archivistes ont pu soutenir les bibliothécaires en ce qui concerne l’évaluation de la pertinence des documents, par exemple, alors que les seconds ont contribué au travail commun par leur connaissance de pointe de l’indexation."

    Une mission panquébécoise de préservation et de diffusion

    Si les deux institutions sont aujourd’hui fusionnées, leur parcours respectif présente une différence notable. Créées en 1920, les Archives nationales du Québec sont bien plus anciennes que la Bibliothèque nationale, qui n’a vu le jour qu’en 1968. Mais cela n’a pas entravé le travail de rapprochement entre les deux services.

    Près de dix-huit ans après sa création, l’entité BAnQ a atteint sa vitesse de croisière. Elle mène une mission panquébécoise de préservation et de diffusion. Sur le web comme sur ses différents sites répartis sur le territoire québécois, elle a vocation à offrir un accès à son riche patrimoine documentaire.

    C’est notamment le cas dans son vaisseau amiral, inauguré en 2005 en plein centre-ville de Montréal. Un élégant bâtiment dont le parement extérieur est composé de près de 6 300 lamelles de verre. Les usagers peuvent accéder à des livres, à des revues, à des films, à des disques… À leur disposition également, une immense salle de consultation qui offre les collections de la Bibliothèque nationale en accès libre.

    Du côté des ressources numériques, la plateforme BAnQ numérique permet d’accéder, en une seule recherche, aux livres, aux périodiques, aux images, aux vidéos… Et cela quelle que soit leur institution d’origine : fonds d’archives, collections de la Bibliothèque nationale, collections de la bibliothèque publique. "Cela simplifie énormément la vie des usagers, qui n’ont pas à fouiller dans plusieurs outils de recherche", se réjouit-on à Montréal.

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    La culture de collaboration est un défi constant.

    Sans surprise, la fusion de 2006 a également eu un impact direct sur les métiers. "La plus grande force de BAnQ est d’associer des personnes avec des compétences et des talents très différents qui se retrouvent unies par leur passion pour la culture et leur sens du bien public", souligne Marie Grégoire. "C’est au fond toujours la même mission qui les anime : créer une expérience unique qui permette l’apprentissage par la découverte, l’exploration, le divertissement, la participation et l’expérimentation".

    Pour la présidente de BAnQ, l’institution doit poursuivre le cap qui a été défini en 2006 : "entretenir et développer une culture de collaboration entre les différentes équipes est un défi constant. BAnQ le relève jour après jour. C’est une grande et belle maison qui fait la fierté des Québécois et leur donne accès à la culture, quel que soit leur âge ou leur parcours."

    Refonte du Guide d’indexation

    Les outils utilisés par les archivistes et les bibliothécaires ont également profité du rapprochement entre les deux institutions. Dans un article publié dans la revue de l’ADBS, l’ancienne présidente de BAnQ Christiane Barbe évoquait la mise en place de certaines ressources : "la refonte du Guide d’indexation des archives est un autre exemple de mise en commun. Fruit du travail de bibliothécaires et d’archivistes, il a permis une révision en profondeur des principes et méthodes d’indexation afin d’assurer un repérage plus efficace par les usagers et, par conséquent, une plus grande visibilité des archives dans les moteurs de recherche".

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    Dans le même esprit, un Recueil de règles de numérisation (conçu par BAnQ en collaboration avec la Bibliothèque nationale de France et le Musée canadien de l’histoire) a été créé afin de présenter les meilleures pratiques de numérisation de documents sur support opaque (manuscrits, archives, journaux, etc.) et transparent (négatifs, microformes, etc.) ainsi que d’objets muséaux.

    "En définitive, le partage des ressources, des outils et des services a permis de présenter une offre plus cohérente aux citoyens du Québec", soulignait Christiane Barbe ; "d’une part, les usagers trouvent tout ce qu’ils cherchent (ou presque !) au sein d’une seule organisation. Par exemple, les nombreux chercheurs qui s’intéressent à la généalogie peuvent non seulement consulter plusieurs outils de référence imprimés, mais aussi avoir accès à des archives et des bases de données. D’autre part, les membres du personnel de BAnQ, désormais plus au fait des ressources et des services offerts par les autres unités, peuvent aller au-devant des usagers qui se présentent dans les salles de consultation."

    Dix-huit ans après la création de BAnQ, ses archivistes et ses bibliothécaires envisagent déjà de nouvelles perspectives : "nous n’en sommes qu’au début de notre jeune histoire et nous comptons bien continuer de nous développer encore dans des directions inédites et excitantes", explique Marie Grégoire. "Avec notre partenaire Écho Sonore, une des prochaines étapes majeures sera l’ouverture de la Maison de la chanson et de la musique du Québec sur le site de la bibliothèque Saint-Sulpice, celle-là même qui fut transformée en Bibliothèque nationale en 1968."

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