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Les bibliothèques sont-elles indispensables ? Oui, sans restriction

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    Face aux transformations sociales, aux enjeux économiques, écologiques ou encore faces aux inégalités culturelles, la thématique du congrès de l'ABF 2022 est apparue comme une évidence. (Archimag/B. Texier)
  • L’Association des bibliothécaires de France a réuni ses adhérents à Metz pour plancher sur une question volontairement provocatrice : les bibliothèques sont-elles indispensables ? Qu’il s’agisse d’accès aux connaissances ou d’inclusion du public éloigné, les actions à mener ne manquent pas. Retour sur le congrès.

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    Après deux années sans congrès en présentiel, l’Association des bibliothécaires de France (ABF) n’a pas hésité à poser la question qui fâche : les bibliothèques sont-elles indispensables ? « Face aux transformations sociales, aux difficultés économiques, aux enjeux climatiques, aux inégalités culturelles et sociales, la thématique pour le congrès 2022 est apparue comme une évidence », explique l’ABF. Pour cette édition, plusieurs centaines de congressistes se sont rendus à Metz au mois de juin dernier pour plancher sur cette question volontairement provocatrice.

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    Invitée à s’exprimer sur ce thème lors de la conférence inaugurale, la philosophe Marylin Maeso, spécialiste de l’œuvre d’Albert Camus, a apporté une réponse sans ambiguïté : « J’ai découvert les livres de Victor Hugo au CDI de mon collège dans le Languedoc. Puis, dans le cadre de mes études, j’ai été amenée à fréquenter la bibliothèque du lycée français Charles de Gaulle à Londres, puis celle de l’École normale supérieure et enfin la Bibliothèque nationale de France. Sans les bibliothèques, je ne serai pas ce que je suis devenue. À mes yeux, les CDI et les bibliothèques municipales sont des biens communs qui contribuent à corriger les injustices. Elles permettent de redistribuer les richesses culturelles. Et face aux fléaux que sont la désinformation et le complotisme, les bibliothèques permettent le retour aux textes et aux sources ».

    Des bibliothèques sans collections ?

    Encore faut-il qu’il y ait toujours des livres, des revues et des disques dans les médiathèques. Mais que faire lorsque les collections se dématérialisent ? Comment donner de la visibilité à des contenus numérisés ? Bref, va-t-on vers des bibliothèques sans collections ? Tel était l’objet d’une table ronde qui a permis de découvrir le projet e-BU mené sur le campus Manufacture de Nancy.

    Cette bibliothèque propose désormais une offre uniquement numérique. « Il s’agit de rendre visible l’invisible », explique Anne Réveillé, responsable de la médiathèque campus Artem et de l’e-BU campus Manufacture à Nancy.

    Un chantier qui est passé par le recours à des interfaces fonctionnant avec des QR codes. Plusieurs solutions ont été retenues : Scholar Vox, Europresse 360, Cairn et Web of Science. Devenu projet précurseur, e-BU a été conçu en tenant compte de l’expérience utilisateur. Le projet a désormais vocation à servir de référence pour d’autres bibliothèques universitaires.

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    Pour Benoît Epron, professeur associé à la Haute École de Gestion de Genève, un constat s’impose : « La majorité des acquisitions en bibliothèque universitaire est consacrée aux ressources électroniques. Les étudiants cherchent avant tout un endroit pour travailler avec, éventuellement, des livres au format papier ».

    Dans ces conditions, comment répartir la surface disponible entre les collections et les espaces dédiés aux usagers ? Certains évoquent la possibilité d’emprunter le meilleur des deux mondes avec la mutualisation sous forme d’impression à la demande. Mais cela risque de poser des problèmes juridiques…

    Prendre en compte le thème de l’accessibilité

    Autre table ronde susceptible de faire grincer les dents : les bibliothécaires en font-ils assez pour le public dit empêché ? En 2019, l’ABF s’est dotée d’une commission « accessibilités » qui milite pour l’accès au savoir et à la culture au profit de tous.

    Jean-Rémi François, responsable du service développement culturel et bibliothèque dans les Ardennes, propose une lecture originale : « Ce n’est pas le public qui est éloigné, ce sont les services publics qui sont éloignés ! L’inclusion est essentielle si l’on ne veut pas réserver les bibliothèques aux personnes qui disposent déjà d’un capital culturel ».

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    La commission « accessibilités » dresse un constat : acheter des lecteurs Daisy (1) n’est pas suffisant. Placer des étiquettes en braille sur les DVD n’est pas non plus suffisant, car sur les 2 millions de personnes qui souffrent de déficience visuelle, seulement 7 000 sont en mesure de lire le braille.

    Elle n’hésite pas à faire son autocritique : les bibliothèques ont du mal à s’emparer des solutions numériques dédiées aux mal voyants et les interfaces des sites web laissent à désirer… Recommandations : les bibliothécaires doivent aller à la rencontre du public empêché pour comprendre ses problématiques et leur formation professionnelle devrait prendre en compte le thème de l’accessibilité qui est aujourd’hui sous-estimé.

    Vers une diversité des profils

    L’édition 2022 du congrès de l’ABF a également été l’occasion d’aborder « les sujets qui piquent », notamment celui de la diversité des profils qui travaillent au sein des bibliothèques. Selon les professionnels réunis à Metz, il y a de la place pour des profils très variés dans les établissements.

    À Montreuil (Seine Saint-Denis), le recrutement a permis l’arrivée de personnes aux origines professionnelles diverses : deux comédiennes, un professeur d’arts plastiques, une correctrice issue du monde de l’édition, un assistant parlementaire, des journalistes… Des profils qui se sont imposés au fil de l’eau et qui sont intervenus après des stages ou des remplacements temporaires.

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    Cette table ronde consacrée à « l’indispensable diversité des profils » a donné lieu à plusieurs points d’accord entre les intervenants : le personnel de la bibliothèque doit être à l’image du territoire dans lequel elle se trouve. On retrouve là le reproche qui leur est souvent adressé : avec leurs collections patrimoniales et leurs agents diplômés, elles sont de nature à intimider une partie de la population.

    Une évolution du métier de bibliothécaire

    Pour injuste qu’elle soit, cette critique est admise par de nombreux professionnels. L’un des moyens de corriger cette crainte consiste, par exemple, à passer par le renforcement des liens avec les associations locales.

    Reste à faire vivre cette diversité de profils dans les bibliothèques en tenant compte des concours auxquels il est parfois reproché de ne sélectionner que les bons élèves. Autre écueil : comment éviter la création d’une catégorie de « bibliothécaires couteaux suisses » auxquels on demande d’assurer des tâches de plus en plus nombreuses et variées ?

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    Au-delà, cette question révèle également une évolution du métier de bibliothécaire, lequel est de moins en moins centré sur les collections et de plus en plus accaparé par des missions de médiation. À Paris par exemple, des médiateurs — qui ne sont pas bibliothécaires — ont été intégrés dans des bibliothèques.
    Au ministère de la Culture, le service du livre et de la lecture présentera au mois de novembre prochain une série de mesures tirées d’une concertation lancée l’an dernier.

    (1) Daisy (digital accessible information system) est un format pour livres audio, spécialement conçu pour faciliter la lecture par les personnes déficientes visuelles (aveugles ou malvoyantes).

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