« nous faisons collaborer des acteurs pour créer l'innovation »

 

Archimag. Comment est né Cap Digital et quelle est son ambition ?
 
Philippe Roy. Cap Digital est l’un des soixante-six pôles de compétitivité labellisés en juillet 2005 par le gouvernement. Il s’agit d’un pôle à vocation mondiale dédié aux contenus numériques avec pour ambition de faire de l’Île de France l’un des deux ou trois pôles mondiaux en matière de contenus numériques. Cap Digital regroupe environ trois cent membres : des très grandes entreprises – Lagardère Active Media, Thales, EADS, Motorola, Xerox, IBM, Hachette, Editis –, environ deux cent quarante PME et une trentaine d’établissements publics, tels que le Commissariat à l’énergie atomique, l’Institut national de l’audiovisuel, l’Institut géographique national ainsi que des universités parisiennes. Notre rôle est de faire travailler tous ces acteurs ensemble afin de créer de l’innovation.
 
À quels domaines numériques vous intéressez-vous ?
 
Nous traitons six grands domaines : l’ingénierie des connaissances, le patrimoinei numérique, l’éducation numérique, les services et les usages, les jeux vidéo, et le domaine de l’image, du son et de l’interactivité. Des applications à la fois professionnelles et grand public.
 
Que recouvre la thématique de l’ingénierie des connaissances ?
 
L’ingénierie des connaissances ambitionne de fournir des outils pour aider à comprendre les masses de connaissances disponibles. Les moteurs de recherche, par exemple, font remonter des milliers d’informations mais sans analyse de contenu. Les recherches d’images ne sont réalisées que sur la légende de la photo et non sur le contenu. Notre projet le plus emblématique, Infomagic, regroupant une vingtaine de partenaires, permettra de faire des recherches sur des contenus multimédias. L’un des exemples d’application possible concernera l’indexationi automatique des fonds documentaires de l’Institut national del’audiovisuel (Inai). Cet outil reconnaîtra des visages de personnalités figurant dans un reportage et analysera leur discours : on pourra ainsi savoir que tel homme d’État a parlé de tel sujet dans telle émission. Ce type d’indexation dépasse les performances des moteurs de recherche actuels. Notre objectif est de travailler aussi bien sur les contenus issus du texte que de la photo ou de la vidéo.
 
Cap Digital travaille également sur le patrimoine numérique. De quoi s’agit-il ?
 
Nous entendons le patrimoine numérique au sens large : livres, documents, gravures, peintures, sculptures, arts vivants, savoir-faire artisanaux et industriels… Notre projet Terra Data concerne de grandes bases de données tridimensionnelles dont les applications sont multiples. Imaginons un touriste qui photographie une sculpture. Il pourra, en se connectant sur un serveuri, obtenir des informations sur cette sculpture. Le serveur reconnaîtra l’oeuvre figurant sur la photographie. L’utilisateur bénéficiera d’informations dites « réalité augmentée », c’est-à-dire un système informatique superposant l’image d’un modèle virtuel 3D ou 2D sur une image de la réalité, et ceci en temps réel. En l’occurrence, il pourra s’agir du nom du sculpteur, de l’histoire de l’oeuvre, de la géolocalisation, etc. Dans le domaine du patrimoine urbain, les collectivités territoriales pourront également, grâce à Terra Data, évaluer l’impact de la construction d’un bâtiment dans un paysage. Terra Data reste un projet en développement auquel participe l’Institut géographique national.
 
Autre thématique encouragée par Cap Digital, l’éducation numérique.
 
Oui, notre projet le plus ambitieux porte sur les ENT (environnements numériques de travail). Ils permettront aux professeurs, aux élèves, à l’administration, au rectorat et aux parents d’élèves d’accéder à un espace numérique regroupant plusieurs types de contenus : cours, cahiers de textes, notes. Deux acteurs français majeurs – Hachette et Editis – sont associés à ce projet, labellisé en 2006 et prêt à voir lej our d’ici deux ans. Nous souhaitons répandre à grande échelle des expériences d’ENT réussies, comme celle de l’université Paris 5. Nous devons également nous assurer que cet environnement numérique de travail respecte les conditions d’anonymisation des données.
 
Cap Digital représente un relais de puissance pour les PME innovantes. Comment peuvent-elles vous rejoindre ?
 
Il leur suffit de manifester leur intérêt en venant nous rencontrer lors des petits-déjeuners que nous organisons tous les premiers mardis du mois, puis en adhérant au pôle. Elles peuvent également déposer un projet sur notre site internet">i. Nous l’expertisons et le labellisons en fonction de sa qualité et de sa cohérence avec Cap Digital. Mais, labelliser, c’est bien… Financer, c’est mieux ! Nous travaillons de concert avec des financeurs apportant leur soutien aux projets les plus novateurs. Ces financeurs sont l’Oséo (anciennement Anvar) pour les projets collaboratifs entre PME, l’Agence nationale pour la recherche pour les projets technologiques et les collectivités territoriales et les conseils généraux, proposant des fonds de compétitivité des entreprises. Nous accueillons des PME parfois unipersonnelles. Il est important de les aider à croître et à intégrer de grands projets collaboratifs. De nombreuses sociétés manifestent leur satisfaction d’avoir bénéficié du relais de puissance que nous représentons. Elles se sont développées et elles ont embauché. Sur les deux cent quarante PME membres de Cap Digital, plus de cent soixante ont déjà participé à des projets déposés dans notre pôle. Cela montre la forte implication des acteurs.
 
Cap Digital va également lancer des rencontres avec les acteurs de l’éducation du numérique.
 
Oui. Nous ne travaillons pas seulement à la réalisation et au financement de la recherche et développement, mais également à l’animation du secteur numérique. Ces rencontres, que nous appelons auditions, servent à confronter des idées et partager des connaissances.
 

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