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OCLC : les bibliothèques changent la donne à Marseille

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    Pharo-Marseille
    Le Palais du Pharo, sur les hauteurs de Marseille. (Archimag/CJO)
  • C'est à Marseille que s'est tenue la toute première conférence annuelle d'OCLC sur le sol français. Plus de 300 professionnels du monde entier se sont pressés pour assister, du 26 au 27 février dernier, à une trentaine de conférences dédiées aux bibliothèques comme moteurs de transformation. Retour sur quelques projets mis en avant lors de l'événement. 

    La coopérative mondiale OCLC a choisi d'organiser sa conférence annuelle régionale EMEA 2019, les 26 et 27 février derniers, au Palais du Pharo qui surplombe le Vieux-Port de Marseille. Dans ce lieu prestigieux, érigé par l'empereur Napoléon III pour son épouse Eugénie, au coeur d'un jardin disposant d'une vue panoramique sur la cité phocéenne et la Grande Bleue, les 325 congrétistes venus d'une trentaine de pays ont échangé et réfléchi pendant ces deux jours autour d'une question centrale : "Comment les bibliothèques peuvent-elles être moteurs de la transformation ?". Bibliothécaires, directeurs d'établissements, mais aussi professionnels des archives et des musées... grâce à la trentaine de conférences proposées, chacun était appelé à modifier son cadre de référence pour se concentrer sur la conduite du changement et ainsi, demain, changer la donne sur le terrain. "Change the game" (1) était d'ailleurs le thème de ce congrès proposé par OCLC, qui accompagne les établissements depuis plus de 50 ans et s'implique dans les problématiques de leurs communautés, en pleines mutations.

    Transformations 

    La première conférence a présenté trois projets d'aménagement et de transformation d'établissements. Différents par leur périmètre, leur contexte et leur mise en oeuvre, ils ont été menés avec un même objectif : s'adapter aux nouveaux besoins de leurs usagers. Le centre de documentation du campus Dijon-Samblin (en Bourgogne) de l'école supérieure de commerce Burgundy School of Business (BSB) a ainsi présenté le grand projet de transformation qu'ont connu ses espaces en 2017 pour en faire un troisième lieu à la pointe de la technologie. En région parisienne, la bibliothèque de l'université Paris 8 Vincennes - Saint Denis a, de son côté, choisi de ne repenser que trois de ses espaces en préservant au maximum l'esprit du lieu, dessiné par l'architecte Pierre Riboulet, afin de répondre aux nouveaux besoins de ses étudiants. Enfin, à Helsinki, les habitants avaient besoin d'un véritable lieu de vie et d'activités. C'est dans cet esprit qu'a été conçu la nouvelle bibliothèque centrale d'Oodi, inaugurée en décembre 2018. Construite avec l'ambition de devenir un "catalyseur de la vie publique, de la pensée, de la production et du partage", elle vise les 2,5 millions de visiteurs chaque année. 

    Carrefour communautaire

    De son côté, Storyhouse s'est attelé à "changer la donne", pour son propre destin comme pour celui de sa communauté. Depuis son ouverture en mai 2017, ce complexe qui réunit une bibliothèque, un cinéma, un théâtre et un restaurant est un modèle d'innovation culturelle. En quelques mois, son équipe a réussi à transformer la bibliothèque moribonde de Chester, une petite ville du Royaume-Uni, en centre culturel le plus visité du pays. Plus d'un million de visiteurs se pressent chaque année (contre moins de 300 000 du temps de l'ancienne bibliothèque) dans ce "carrefour communautaire" qui offre plus de 2 000 activités par an aux personnes défavorisées ou marginalisées locales. Dans un contexte de réduction des budgets alloués aux bibliothèques (ils ont été divisés par deux au Royaume-Uni entre 1996 et 2016) un projet global tel que Storyhouse, financé grâce à un modèle économique solide, est une véritable opportunité pour la ville : 75 % du budget de l’établissement proviennent de ses propres revenus. Le pari est gagné !

    OCLC

    De la dématérialisation...

    Changer la donne, c'est aussi résoudre les problématiques quand celles-ci se présentent. Deux initiatives témoignent assez bien de l'équilibre, parfois difficile à trouver, entre collections physiques et accès en ligne. Car si la tendance est à la dématérialisation et à la mise en ligne des collections pour faciliter l’accès de tous, les établissements ne souhaitent pour autant pas se vider de leurs visiteurs. Pour le portail Les Bibliothèques d'artistes, qui met en ligne des collections disséminées sur une plateforme unique, l'objectif était de résoudre la contrainte géographique (l'éloignement physique des collections) et ainsi faciliter le travail des chercheurs. La plateforme créée ne donne pas seulement accès aux listes de livres ou revues (et à leurs informations) qui composent les corpus initiaux. Elle permet aussi de feuilleter les ouvrages avec des fonctionnalités de consultation étendues. 

    ... à la rematérialisation

    A l’inverse, la bibliothèque du Museum national d’histoire naturelle de Paris, qui traversait il y a encore deux ans une véritable crise, passe aujourd’hui de la dématérialisation à la rematérialisation, préfigurant l’ère “post-digitale” des bibliothèques. Face à la désertion de ses visiteurs, l'établissement a dû se réinventer. Sans budget particulier, l’équipe s'est lancée dans de multiples expérimentations de médiation patrimoniales et scientifiques, en physique. Changeant sa façon de voir les lieux pour les rendre "sexy", l'équipe y introduit de la fantaisie qui lui permet de redécouvrir l’existant, de le valoriser et même d’augmenter la motivation en interne. Pari gagné pour cette bibliothèque prestigieuse, qui a vu une augmentation de sa fréquentation de 35 %.

    Archives ouvertes

    Un même vent de changement souffle sur Aix-Marseille Université (AMU). Ce “jeune” établissement labellisé Idex, né de la fusion de trois anciennes universités en 2012, forme aujourd’hui la plus grande université francophone. Pluridisciplinaire et ouverte sur le monde, elle n’a pas hésité à bouleverser son organisation et ses équipements, afin de se moderniser et conserver son niveau d’excellence. Ses bibliothèques, comme son centre de documentation, ne sont pas en reste. Entre août 2017 et septembre 2018, ce n’est pas moins de quatre bibliothèques universitaires qui ont été inaugurées afin de rester en phase avec les besoins de leurs étudiants. Multipliant les projets, l'équipe a souhaité mettre l’accent sur l’open access, avec la mise en place d’une politique basée sur la récompense. Cette politique incitative, associée à des dotations complémentaires (bonus de financements supplémentaires dont 50 % de l’attribution est basée sur le dépôt de textes dans l’archive ouverte HAL) aux unités de recherche a eu un véritable effet moteur.

    Du Sudoc à Worldcat

    Parfois, ce sont les efforts de la communauté qui peuvent changer la donne. Notamment pour améliorer les services qui profitent à toutes les bibliothèques. C'est le cas de l'Abes (Agence bibliographique de l'enseignement supérieur) qui verse depuis 2009 les données du Sudoc dans Worldcat, le grand catalogue mondial d'OCLC, offrant ainsi une meilleure visibilité aux bibliothèques françaises et à leurs collections. Si un bilan contrasté peut être dressé de ces dix premières années de versements de notices d'enregistrement bibliographiques dans Worldcat, les chiffres n’en restent pas moins impressionnants (35 millions de livres de bibliothèques françaises y sont aujourd'hui recensés) et un important travail va être mené afin d'améliorer la qualité et de la précision des données. Cette amélioration pourrait permettre d'imaginer demain de nouveaux services et surtout de pousser le prêt international entre bibliothèques. Selon l'Abes une concertation avec la Bnf et OCLC est nécessaire.

    Connexion vs déconnexion

    Entre connexion et déconnexion, les bibliothèques du monde jouent un rôle décisif pour leurs communautés. Alexandre Lacroix, directeur de la rédaction de Philosophie Magazine et président - cofondateur de l'école d'écriture Les Mots préconise un partage des établissements entre deux espaces distincts : l'un où tous les livres et où toutes les informations du monde seraient accessibles dans des espaces connectés, et un autre, plus calme, où seule une collection physique plus restreinte serait accessible. "On a besoin d'espaces méditatifs", martelle-t-il. Et de conclure ces deux jours de réflexions et d'échanges par ces mots : "Les bibliothécaires peuvent changer la donne. Ils portent une responsabilité chargée de décisions qui affecteront l'avenir". 

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    Les bibliothèques sont de vieilles institutions. Cependant, si elles restent des sanctuaires du savoir et des points de repère dans une ville ou sur un campus, elles n’en sont pas moins capables d’innovations, dans un monde qui change, pour attirer de nouveaux publics tout en gardant les anciens. Ces innovations s’opèrent par petites touches ou à travers de vastes chantiers. Les évolutions des usages forment le moteur de la transformation. Il est devenu nécessaire d’élargir les horaires d’ouverture, de faire davantage appel à l’automatisation, de procéder à des “mesures d’impact” et d’ajuster son offre. Les challenges sont nombreux : gestion des données de recherche, transition bibliographique, prêt numérique, mobilité, chatbot, question des communs, prêt d’objets, tenue d’ateliers, présence à travers les réseaux sociaux, maîtrise de l’expérience utilisateur… Logiciels, mobilier, automates et équipements divers : les moyens à la disposition des bibliothèques prennent aussi part à l’innovation.
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