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La rubrique "offres d’emploi" du portail FranceArchives est une source incontournable pour les archivistes qui souhaitent travailler au sein des services d’archives publics. Elle est également un bon baromètre pour constater l’évolution des missions qui sont confiées aux archivistes en 2026. Au mois de juin dernier, on y trouvait, par exemple, trois postes vacants de directeur d’archives départementales (AD), mais aussi des postes de chargé de mission d’archivage électronique ou d’e-archiviste pour le service numérique des AD du Gard.
Les compétences numériques sont désormais requises dans le monde des archives, comme elles le sont dans d’autres domaines du patrimoine. Pour autant, les archivistes doivent faire face à d’autres transformations : "Comme souvent, le métier a, à la fois, évolué et pas du tout", constate Édouard Vasseur, président de l’Association des archivistes français (AAF). "J’ai le sentiment qu’il n’y a pas eu de bouleversements majeurs, dans la mesure où l’on retrouve exactement les mêmes problématiques qu’il y a dix ans. En revanche, une chose a véritablement changé, c’est l’importance prise par le RGPD (Règlement général sur la protection des données). Il s’agit d’un point significatif."
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Le RGPD : un fardeau, mais aussi un garde-fou
Souvent perçu comme un fardeau, le RGPD impose en effet de nombreuses contraintes d’ordre technique et juridique aux archivistes. La maîtrise de la protection des données personnelles est au coeur de leur mission, avec l’obligation de se tenir au courant de la révision des durées de conservation des dossiers RH ou des archives médicales, par exemple. Ce qui suppose des relations suivies avec les DPO (délégués à la protection des données) pour l’archivage de données sensibles, ainsi qu’avec les juristes et les RSSI (responsables sécurité des systèmes d’information).
Mais c’est pour la bonne cause, selon Édouard Vasseur : "Sur le plan technique, le RGPD a eu le mérite de nous obliger à nous réinterroger sur la notion de finalité : il nous oblige à formaliser la raison pour laquelle les données sont collectées." Selon lui, ce règlement constitue un excellent garde-fou, bien que les usagers finaux (comme les généalogistes, le grand public ou les scientifiques) ne le comprennent pas toujours. "Ils oublient parfois que les données n’ont pas été collectées initialement pour leurs recherches, mais pour les besoins de l’administration ou de l’organisation qui les a générées."
Les archivistes ne reculent pas devant l’IA
Lors du dernier Forum des archivistes, qui s’est tenu l’an dernier à Rennes, plusieurs professionnels ont dressé un constat : le numérique et l’intelligence artificielle sont incontournables, mais ils supposent une montée en compétence technique. Une tendance confirmée par une enquête menée par Archimag (enquête réalisée auprès de 164 archivistes entre juillet et septembre 2025), selon laquelle 73 % des archivistes interrogés estiment que les nouvelles technologies (de manière générale) vont engendrer des changements importants, mais graduels, d’ici cinq ans. Plus étonnants, deux groupes minoritaires, aux antipodes l’un de l’autre, pensent que ces technologies vont impacter très profondément le métier (15 % des répondants) alors que 13 % n’envisagent que peu ou pas de transformations.
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Pour Édouard Vasseur, la profession est encore globalement dans une phase prospective dans l’adoption de l’intelligence artificielle. Selon lui, l’AAF mène un travail de veille et d’état des lieux, en complément de ce que fait le Service interministériel des Archives de France (Siaf). "On constate d’abord un usage de l’IA administrative et générale identique à celui de tout un chacun : rédiger des courriels, concevoir des comptes-rendus ou effectuer des recherches documentaires". Ensuite, des usages proprement professionnels émergent. Des projets structurants, comme SocFace, démontrent tout le potentiel de l’IA pour la reconnaissance d’écritures manuscrites (HTR), la reconnaissance de caractères (OCR) ou l’extraction d’entités nommées. "Ce sont des outils formidables pour faciliter l’accès aux contenus", poursuit-il. "Une indexation manuelle de ces volumes aurait demandé un temps infini. Des outils concrets sont déjà déployés et les archivistes ne reculent pas devant l’IA, bien au contraire."
C’est également ce que note l’enquête d’Archimag : environ un tiers des professionnels souhaiterait l’exploiter davantage dans son métier, contre 14 % qui n’en voient pas l’intérêt. Une large majorité (70 %) se dégage même pour penser que les IA ont un impact positif sur son métier tout en émettant quelques réserves : 10 % d’entre eux craignent notamment qu’elles menacent et suppriment des emplois. Et, à l’image de ce que l’on constate plus généralement dans le monde de l’information documentaire (bibliothécaires, documentalistes, veilleurs…), 83 % des archivistes ressentent un manque plus ou moins important de compétences ou de formation pour utiliser les nouvelles technologies (IA, logiciels spécialisés, etc.) dans leur travail.
L’archiviste réfléchit au siècle
Dans un entretien qu’elle nous avait accordé lorsqu’elle dirigeait le Siaf, Françoise Banat-Berger pointait les deux défis majeurs qui se dressent devant les archivistes : "Le premier est la prise en charge d’archives numériques de plus en plus nombreuses (fichiers bureautiques, messageries), comme en témoignent notamment les derniers versements des cabinets ministériels de productions audiovisuelles massives, ou, également, d’extraction de données à partir d’applications métiers ou de gestions électroniques de documents."
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Le second, l’accès aux archives à distance, est plus visible par le grand public et intéresse particulièrement les généalogistes. Aux yeux de Françoise Banat-Berger, "les enjeux sont énormes, qu’il s’agisse de la visibilité des ressources archivistiques sur le web (qui repose pour nous sur l’énorme potentiel du portail FranceArchives), ou de la mise en place de solutions d’accès à distance sécurisé pour les ressources non encore diffusables sur internet." Sans oublier le travail de médiation via les réseaux sociaux, qui permettent de donner une plus grande visibilité au patrimoine documentaire.
À la question de savoir ce qu’est un archiviste en 2026, Édouard Vasseur estime que "c’est celui qui apporte le temps long". Selon lui, introduire une réflexion sur la durée et la pérennité dans un monde régi par l’immédiateté est un défi de chaque instant. "Mon ancien directeur, qui était informaticien, résumait cela par une très belle formule : "L’informaticien réfléchit à la nanoseconde, l’archiviste réfléchit au siècle". C’est tout à fait exact."











