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24 heures dans la vie du documentaliste de la Fédération Française de Football (FFF)

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    Documentaliste à la FFF, Nicolas Hernandez incarne le point d’entrée et de sortie des images de la fédération. (Crédit : MRE/Archimag)
  • Nicolas Hernandez est documentaliste à la Fédération Française de Football. Le ballon rond lui offre un univers professionnel constitué d’images fixes et animées qu’il doit faire vivre au quotidien sur une plateforme multimédia. Un travail à forte valeur ajoutée.

    Un match de football, c’est toujours la même histoire ! Il s’agit pour deux équipes d’envoyer le ballon dans le but de l’adversaire. Pourtant dans les faits, le scénario n’est jamais deux fois le même, d’où l’engouement des supporters. La vie professionnelle de Nicolas Hernandez, 38 ans, est un peu à cette image. Si ses tâches de documentaliste à la Fédération Française de Football (FFF) sont constantes, il n’y a pas deux journées pareilles.

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    9 heures

    Nicolas Hernandez travaille au siège de la FFF, boulevard de Grenelle, à Paris. Ses journées commencent aux heures de bureau les plus courantes. Il sait ce qui l’attend à son poste de travail. Sa matière première, ce sont les vidéos et les photos. Il dépend d’ailleurs du service de « production vidéo », au sein du pôle « droits, médias et production vidéo ». L’équipe comprend aussi un spécialiste du patrimoine et huit producteurs de contenu (journalistes reporters d’image ou JRI).

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    « Chaque année, je récupère 300 à 400 matchs, 200 000 à 300 000 photos, plus des vidéos institutionnelles, des reportages, et même les rush », énumère-t-il.

    Pour beaucoup, ces documents lui arrivent systématiquement. Il va cependant parfois réclamer. C’est le cas lorsqu’un JRI rentre d’un reportage auprès de l’équipe de France. Il aura pris des images pendant une dizaine de jours, au quotidien, montrant autant les entraînements des joueurs que les autres moments de leur vie en groupe, ces fameux « inside » qui pourraient fasciner le grand public comme les professionnels du milieu footballistique, mais n’ont pas tous vocation à être visibles. Là, il attrape son collègue dès son retour au bureau, disque dur en main, et récupère des gigaoctets de tournage.

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    « Je passe mon temps à charger et télécharger des fichiers », plaisante-t-il. Un match pèse une centaine de gigaoctets, soit quatre à cinq heures de téléchargement. Avec ses fréquents téléchargements, il monopolise beaucoup de bande passante. Heureusement, outre deux ordinateurs, il dispose de ses propres baies de stockage. Un volume de 15 téraoctets est atteint sur une année. Des sauvegardes sont tenues par ailleurs.

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    Le cœur du métier

    Après cette collecte, c’est un travail documentaire classique qu’il effectue. Il trie, classe, indexe et tague, puis met à disposition. Le thésaurus est régulièrement enrichi. C’est lui qui l’a créé, à partir d’une base qui n’était pas structurée, un travail qu’il a trouvé « très intéressant ». Et d’ailleurs, remarque-t-il, « indexer permettra aux documents d’être retrouvés par la suite, cette action a quelque chose de très valorisant. C’est le cœur du métier de documentaliste : le sens du service ».

    Pour les matchs, il a entre les mains non la vidéo que chacun peut voir sur son petit écran, mais des images en haute définition, sans les incrustations du chronomètre des mi-temps, des buts ou des logos, soit une version « clean », directement obtenue du car régie, sur un disque dur. Quand il s’agit de l’équipe de France A, il opère un séquençage du match, retenant près de 150 extraits. Il fait ainsi ressortir différents types de plan, de quelques secondes, notamment ceux qui mettent en valeur l’attitude d’un joueur (« détermination », « rage », « déception »…). Cela détermine son indexation. Un match génère aussi 2 000 à 2 500 photos.

    L’ensemble du contenu sélectionné et traité se retrouve sur la médiathèque de la fédération, la plateforme multimédia de mise à disposition des images.

    Accès à plus de 15 000 vidéos, 150 000 photos

    En soi, c’est déjà une importante valeur ajoutée qu’il apporte à ses utilisateurs, tant internes — les salariés, les ligues, les districts — qu’externes, à savoir : les partenaires commerciaux de la FFF, les diverses agences prestataires, les utilisateurs issus du monde du football (clubs professionnels, instances, etc.), les médias et un public restreint d’universitaires, écrivains, éditeurs, producteurs audiovisuels, collectivités territoriales. Ces utilisateurs sont unanimes. Tous apprécient d’avoir ainsi accès à aujourd’hui plus de 15 000 vidéos, soit 3 800 heures, et 150 000 photos.

    C’est particulièrement possible depuis qu’a été mise en place la solution d’Opsomai, un logiciel de gestion de médiathèque avec hébergement. Celui-ci doit centraliser, sauvegarder et permettre la valorisation de l’ensemble du patrimoine de la fédération, photos, vidéos, PDF de Foot, maintenant Foot Mag, le magazine de la FFF, et les programmes des matchs. L’existant non dématérialisé a été numérisé.

    Cette plateforme était toute récente lorsque Nicolas Hernandez vient effectuer un stage de documentaliste à la fédération. Il est alors élève en cours du soir de l’École de bibliothécaires-documentalistes (EBD), en reconversion après des études d’histoire et de communication d’entreprise et une première vie professionnelle en tant que salarié d’un vidéoclub. À cette époque, pour la FFF, ce poste est nouveau, on attend que la preuve soit faite de ce qu’il peut apporter. Après six mois, en août 2014, puis le diplôme de l’EBD en poche, le documentaliste enchaîne avec un CDD, mais sous forme de prestation, Opsomai étant son employeur. La viabilité est finalement démontrée. Il obtient un CDI directement de la FFF.

    13 heures

    La pause déjeuner n’est jamais prise avant 13 heures. Le plus souvent, il attrape à l’extérieur un repas à emporter et déjeune avec ses collègues. Le rez-de-chaussée du siège possède un espace salle à manger où l’on peut réchauffer ses plats.

    14 heures

    Si l’heure de début de la pause déjeuner peut être assez souple, celle de la reprise à 14 heures est plus impérative. Nicolas Hernandez commencera par exemple son après-midi en répondant à des demandes d’inscription à la plateforme. Elles sont formulées par les utilisateurs sur celle-ci et lui parviennent par mail. « Je me réserve chaque jour des plages de temps pour cela », décrit-il.

    Le documentaliste est aussi en charge de la validation de commandes d’images — plus de 3 000 par saison ! Une tâche qu’il remplit directement pour les ventes de photos, en appliquant une grille tarifaire. Pour les commandes externes de vidéos, il met en relation le demandeur avec la responsable des droits médias qui élaborera une proposition commerciale.

    Jongler entre le temps court et le temps long

    Bien sûr, c’est tout aussi bien le matin qu’il peut traiter les inscriptions ou les commandes. C’est selon l’urgence — une vente n’attendra pas. De même l’enrichissement de la médiathèque occupe aussi une bonne part de l’après-midi. Il faut jongler entre le temps court pour les unes et le temps long pour l’autre. Également, certains travaux de fond s’imposent dans l’agenda.

    L’un prend systématiquement la priorité : les « ours vidéo ». Cela consiste à retenir la substance d’une série de rushs pris à l’occasion des stages de l’équipe de France (au moins cinq par an). Il effectue ce montage avec le logiciel Final Cut, d’Apple, qu’il a appris à manier sur le tas. Il produit ainsi un fichier de cinq minutes. Les destinataires sont des utilisateurs internes, ainsi que TF1 et M6, les chaînes partenaires de la FFF. On imagine le gain de temps que représente la mise à disposition de cette sélection, de la haute valeur ajoutée.

    Cet aspect de son travail montre à quel point Nicolas Hernandez dépend de l’actualité du football. Autre exemple, un joueur se trouve soudain sous les feux de la rampe, et il devra procéder rapidement à des recherches spécifiques d’images.

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    Perception immédiate de la finalité

    « Je ne m’ennuie pas », sourit Nicolas Hernandez. Passer de la photo à la vidéo et inversement apporte de la variété dans ses tâches. Il est autonome dans son travail. Il se sent motivé par le fait qu’il perçoit immédiatement la finalité de ce qu’il réalise. Il s’organise comme cela lui semble nécessaire. L’important est la satisfaction de ses utilisateurs internes et externes. Elle est manifestement au rendez-vous.

    Parallèlement, il s’implique dans différents projets qui génèrent leur lot de réunions, sans excès, avec un rythme plutôt mensuel. Ainsi du projet « cloud FFF » qui vise à moyen terme à internationaliser le stockage et l’accès au fonds. Il est aussi partie prenante du projet de chaîne OTT (1) qui entend développer la diffusion par la fédération de contenus directement sur sa propre plateforme.

    18 heures

    18 heures est la fin théorique de la journée. En pratique, le documentaliste quitte son bureau le plus souvent aux alentours de 19 heures. Quand on aime, on ne compte pas ! Car oui, bien sûr, Nicolas Hernandez est un passionné de football. « C’est une chance de pouvoir associer sa passion à son métier ». Et il passe volontiers la soirée dans les tribunes d’un stade.

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    Comment voit-il son avenir ? Avec l’intelligence artificielle, la technologie progresse beaucoup, des logiciels sont capables de séquencer automatiquement une vidéo : ressent-il cela comme une menace ? Pas du tout ! Pour lui, cela se traduira par des gains de temps et la possibilité de s’orienter davantage vers de l’éditorial, une plus forte valorisation.

    Il n’est en tout cas pas pressé d’entendre l’arbitre siffler la fin de la partie.

    (1) Un service par contournement (en anglais « over-the-top service » ou OTT) est un service de livraison d’audio, de vidéo et d’autres médias sur internet sans la participation d’un opérateur de réseau traditionnel (comme une compagnie de câble, de téléphone ou de satellite) dans le contrôle ou la distribution du contenu. (source Wikipedia)


    La Fédération Française de Football en bref

        •    statut : association créée en 1919
        •    président : Noël Le Graët
        •    effectif : 310 salariés
        •    budget annuel : 250 millions d’euros
        •    organisation : siège à Paris, centre technique national Fernand-Sastre à Clairefontaine-en-Yvelines ; ligues régionales, districts, clubs affiliés.
     

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