Article réservé aux abonnés Archimag.com

Documentation : pour ses 30 ans, Interdoc parle surtout d’avenir

  • compte-rendu-interdoc-documentation.jpg

    documentalistes-collectivites-territoriaux-interdoc-compte-rendu
    Les échanges nourris lors des journées Interdoc de juin 2023 ont permis d’identifier les grands enjeux d’une documentation à valeur ajoutée et de dessiner les contours de la fiche de poste du documentaliste du futur. (Interdoc)
  • Les 8 et 9 juin 2023, Lyon accueillait les 30 ans d’Interdoc, l’association des documentalistes territoriaux. La soixantaine de participants a pu échanger autour de l’évolution du métier des dernières décennies. Et, partant des tendances actuelles, le groupe a cherché à se projeter sur l’avenir, empreint d’optimisme et d’adaptation !

    mail Découvrez Le Push du Veilleur, la newsletter thématique gratuite d'Archimag dédiée aux professionnels de la veille et de la documentation !

    Les 30 ans d’Interdoc ont d’abord été l’occasion d’interroger les adhérents sur les évolutions du métier depuis leurs premiers pas dans la profession. Certains ayant commencé au début des années 1980, les réponses ont bien montré comment chaque décennie a connu une innovation impactant les pratiques.

    Flashback sur l’évolution des pratiques

    Ainsi, dans le monde très matériel d’avant 1990, dominent le papier, les fiches, les classeurs, la photocopie et les ciseaux, pour des sollicitations quasiment toutes en présentiel. Vient ensuite l’informatisation, après 1990, permet de dématérialiser les notices ainsi que les fiches d’emprunt et de produire des bases et des supports documentaires de meilleure facture.

    Grande révolution, l’arrivée d’internet en 2000 bouleverse les pratiques, effraye certains, mais surtout ouvre d’énormes opportunités à ceux qui vont savoir le maîtriser. Les bases en ligne, les agrégateurs et les moteurs de recherche se généralisent alors que les systèmes d’information documentaires, avec notamment les portails web et les alertes par e-mail, favorisent encore la diffusion.

    Dans cette lignée vient le temps des réseaux sociaux et des outils collaboratifs en 2010, avec la place importante des compétences communicationnelles qu’il faut développer.

    Début 2020, la crise sanitaire du Covid-19 aboutit à la quasi-généralisation des accès numériques à l’information, alors que la visioconférence contribue toujours davantage à la virtualisation des échanges. Et aujourd’hui, c’est l’intelligence artificielle (IA) qui n’a pas fini de modifier encore le métier de documentaliste !

    Lire aussi : Moteurs de recherche : quand l’intelligence artificielle change les règles

    Un métier en adaptation permanente

    Fondamentalement, le rôle des documentalistes - comme leur ADN (recueillir, traiter, diffuser) - n’a pas changé, mais toutes ses dimensions se sont élargies (démultiplication des sources, outils plus performants, portails documentaires et veille par messagerie), alors que le lien physique avec l’usager s’est distendu.

    Les nouvelles compétences techniques ont concerné le recours à la bureautique, aux bases de données documentaires, à la recherche en ligne, aux supports de communication et de formation. Les "soft skills" ont progressé en matière de médiation, de formation, de synthèse et d’animation de communautés. Beaucoup disent exercer le même métier tout en s’étant adaptés en permanence à la nouvelle donne technologique.

    Ce flashback, illustré par de nombreux témoignages, a été complété par l’intervention de l’Enssib, qui a présenté son offre de formation et la manière dont les programmes se sont adaptés aux compétences nouvelles des professionnels, pour coller au mieux aux besoins qui évoluent.

    Une documentation à valeur ajoutée

    De tous ces échanges ressortent trois principales tendances autour d’une documentation à haute valeur ajoutée :

    • le recentrage de l’activité sur une expertise sur les sujets (analyse, benchmark, contextualisation) en se libérant des tâches administratives, mais aussi sur des veilles automatisées, après avoir rendu les utilisateurs autonomes sur les outils,
    • la maîtrise des technologies, au-delà de l’outillage de veille et de diffusion, avec l’impact de l’arrivée de l’IA (ChatGPT en tête) : il s’agit de comprendre son fonctionnement pour maîtriser toutes ses opportunités,
    • s’assurer par là même de la fiabilité des informations, être le garant de la valeur documentaire recueillie.

    Dans tous les cas, on note bien un ancrage plus marqué des documentalistes dans les équipes projet et dans les travaux collaboratifs.

    Lire aussi : Ces start-up qui voguent sur l'open data

    La fiche de poste du documentaliste du futur

    L’exercice suivant proposé aux adhérents a été de se projeter en 2040, pour imaginer la fiche de poste d’un documentaliste du futur…

    Ce dernier se voit embauché dans un monde plutôt virtuel de la documentation, absorbant les dernières innovations (casque, lunettes, métavers, tablette et ordinateur portable multiusage) : accessible partout, sur des supports multimédia (son, vidéo, graphismes…), ultra-personnalisé et avec aussi une dimension importante en termes de vérification des faits et de l’information (fact-checking).

    Le contrôle des technologies, le retour de l’humain (même très connecté) et l’importance des données plus que du document semblent des enjeux forts.

    La vision du futur des documentalistes présents à cet évènement se résume par le terme "intégré" : intégré dans les projets, intégré dans le collectif, intégré dans les technologies et intégré dans le monde et dans l’avenir. De quoi faire réfléchir !

    Il était une fois les "docos" : retour sur 30 ans d’évolution… et après ?

    L’enquête réalisée par Interdoc auprès de ses adhérents a été mise en image par un facilitateur graphique qui a, pour l’occasion, créé un sympathique personnage : le "doco" (comprenez "le documentaliste" !).

    Celui-ci a traversé les décennies jusqu’à aujourd’hui, en passant du "doco papyrus" (avant 1990), au "doco informaticus" (jusqu’en 2000), puis par l’étape du "doco internetus" (jusqu’en 2010), pour arriver au "doco communicatus" (en 2020), et finir par le "doco digitalens" (depuis 2020).

    Lire aussi : ChatGPT, IA génératives... Enquête sur les craintes et espoirs des professionnels de l'information

    Pour 2030-2040, les adhérents se sont prêtés au jeu de se projeter sur un "doco integratus", humain, agile, hybride et ayant le don d’ubiquité !

    Interdoc, kézako ?

    Association des documentalistes de collectivités territoriales (régions, départements, métropoles, villes et autres intercommunalités), Interdoc rassemble aussi des services de documentation d’autres établissements publics qui en sont proches.

    L’association a pour vocation première de favoriser les échanges entre professionnels en leur permettant de participer à des journées d’étude, de suivre des formations, de partager des expériences ou des documents de travail.

    Sa deuxième vocation est de mutualiser en proposant au collectif un catalogage partagé, un extranet qui favorise les échanges en ligne, un thésaurus, des réductions auprès des éditeurs…

    Interdoc s’attache enfin à faire connaître ce métier, à créer du lien avec les écoles et structures de formation et à œuvrer à l’adaptation permanente des compétences des agents des collectivités territoriales face aux évolutions de l’univers de la documentation, sans cesse en mouvement.

    Aurélie Billy-Tobelem (Département d’Indre-et-Loire), Geneviève Vazette (Métropole de Lyon) et Emmanuel Duchêne (Département du Morbihan)

    À lire sur Archimag
    Les podcasts d'Archimag
    Rencontre avec Stéphane Roder, le fondateur du cabinet AI Builders, spécialisé dans le conseil en intelligence artificielle. Également professeur à l’Essec, il est aussi l’auteur de l’ouvrage "Guide pratique de l’intelligence artificielle dans l’entreprise" (Éditions Eyrolles). Pour lui, "l’intelligence artificielle apparaît comme une révolution pour l’industrie au même titre que l’a été l’électricité après la vapeur".

    Serda Formation Veille 2023