interrogations et raisons d'espérer

 

En proie au doute, les métiers de l’infodoc connaissent une mutation touchant aux fondements de leur légitimité. Les formations n’ont pourtant jamais été aussi nombreuses et les besoins des entreprises aussi impérieux.

 « L’année 2008 semble débuter sous de sombres auspices pour la profession », se plaignait récemment un documentalistehttp://www.adbs.fr)">i travaillant dans la fonction territoriale. Celui-ci évoquait « un marché du travail de plus en plus fermé, des salaires de plus en plus faibles [...] qu’il s’agisse du secteur privé ou du public ». Du côté des bibliothécaires, plusieurs journées de grève ont perturbé le fonctionnement de la Bibliothèque nationale de France aux mois d’octobre et novembre 2007 ainsi que le 24 janvier dernier. Ce mouvement lancé par une large intersyndicale entendait lutter « pour les salaires, les emplois et le service public…». Pareillement, la disparition de l’un des trois corps de documentalistes de la fonction publique à la suite d’un décret du 26 juillet 2007 a provoqué quelques crispations parmi les professionnels de l’infodoc travaillant au sein du secteur public. Quant à la suppression du DESS de Sciences-Po Paris gestionde l’informationi dans l’entreprise – qui remonte à plusieurs mois – elle semblait signifier, aux yeux de certains, le crépuscule d’une profession pourtant habituée au doute et à la crise de légitimité. S’ils ne sont pas nouveaux, ces mouvements d’humeur confirment un malaise récurrent. Alors que la surcharge informationnelle pèse sur le fonctionnement des entreprises, jamais la nécessité de faire appel à des professionnels de la gestion de l’information n’est apparue aussi justifiée; dans les formations spécialisées, les enseignants ne cessent d’ailleurs, à juste titre, de rappeler que les entreprises ont un besoin croissant de gestionnaires de l’information. Ce besoin devrait même se consolider dans les années à venir. Mais dans le même temps, ces professionnels constatent que leurs compétences sont bien mal récompensées en termes de salaire et de reconnaissance.
 
multicompétence
 

Pourtant les métiers évoluent et l’univers de la documentationi n’échappe pas aux mutations engendrées par internet">i et l’évolution du marché du travail. Il est en effet de plus en plus demandé aux salariés d’avoir un profil multicompétence. Comme le signalait Jean Michel dans l’entretien qu’il a accordé à Archimag au mois de février dernier, « les jours des professionnels à l’ancienne sont comptés » s’ils ne réagissent pas face à ces évolutions. Cet entretien a fait couler beaucoup d’encre dans la blogosphère et sur les listes de diffusion, preuve que le sujet est sur toutes les lèvres. Les réactions étaient très majoritairement favorables à Jean Michel. Celui-ci estimait par ailleurs que « la très grande majorité des documentalistes ont pris conscience de la mutation du métier ». Résultat : lors d’une journée de l’ADBS tenue le 19 février dernier,les professionnels de l’infodoc ont planché sur la notion de création de valeur dans l’offre documentaire.
Mais cette offre documentaire enrichie ne se vend pas d’elle-même! Il est désormais évident pour tous que, faute de visibilité, la documentation doit faire de l’autopromotion auprès du management de l’entreprise. Elle doit marquer son territoire et prendre sa part à l’axe stratégique défini par la direction. Ce qui est vrai des cellules d’intelligence économique intégrant de plus en plus la direction stratégique de l’entreprise doit l’être pour l’information-documentation.
 
travail à distance
 

Le métier change également dans son organisation. Cela fait plusieurs années que le travail à distance a fait son apparition en France et, selon l’ANPE, près de 7% des salariés seraient des télétravailleurs. À l’heure où le haut débit s’installe massivement dans les foyers, les métiers de l’infodoc semblent bien se prêter à cette nouvelle organisation du travail. En réalité, il convient de relativiser cet enthousiasme. Les phases de collecte d’information et de transmission de données peuvent être assurées depuis n’importe quel poste informatique. Cependant, le télétravail trouve ses limites lorsqu’il s’agit d’accéder à des bases de données internes à l’entreprise. Il existe plusieurs catégories de travailleurs à distance, correspondants à des régimes différents. Le télétravailleur pur, celui qui besogne depuis son domicile, est soumis au régime juridique précisé dans la série d’articles L. 721-1 à L. 721-8 du code du travail. Sa rémunération est calculée sur une base forfaitaire. Le télétravailleur indépendant, lui, effectue des prestations pour plusieurs clients et doit être immatriculé auprès de l’Urssaf en tant que professionnel libéral. Quant aux télétravailleurs salariés, leur contrat de travail doit être le même – salaire, droits, obligations…– que si pour un poste assuré dans les locaux de l’entreprise. Le travail à distance peut faire l’objet d’un CDI, d’un CDD ou d’une mission d’intérim. Reste à l’entreprise et au salarié de s’entendre sur les conditions d’une fonction exercée hors les murs. Cela passe par un climat deconfiance entre les parties, car les employeurs restentréticents face à la migrationi vers le télétravail.
 
mode projet
 

Du côté des formations, une tendance s’impose progressivement : le mode projet. Les étudiants sont de plus en plus souvent invités à réaliser de la gestion de projet afin de se frotter, au plus tôt, aux problématiques de leur futur métier. Si les écoles spécialisées font office de précurseurs en la matière, les universités se convertissent progressivement à un enseignement orienté métier [voir le témoignage d’Adeline Bertrand]. Mais cela suffit-il à former de bons professionnels ? Selon le site Les infostratèges, les carences des formations documentaires sont nombreuses : émiettement des formations, absence d’un véritable cursus long et vraiment professionnalisant, inadéquation entre l’enseignement proposé et les nouveaux besoins des entreprises… « Cette situation rejaillit bien évidemment sur l’image du métier », concluent les responsables du site. C’est bien à une forme d’examen de conscience que sont invités les professionnels de l’infodoc. Les débats sont déjà engagés et contribuent d’ailleurs utilement à la redéfinition du métier. Qui vivra verra…
 
les bibliothécaires de la territoriale sont-ils trop diplômés ?

Le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT) s’est saisi du dossieri relatif à la filière culturelle, qui regroupe deux spécialités : l’enseignement artistique et le secteur patrimoinei-bibliothèque. Dans le rapport rendu public, le CSFPT pointe la surqualification des candidats aux concours de catégorie B et souligne que « l’absence de postes mis au concours les oblige à passer le concours d’assistant de conservationi du patrimoine, alors qu’ils exerceront les missions du cadre d’emploi supérieur ». Le débat autour de l’inadéquation entre le niveau de diplôme et les postes proposés par la fonction publique territoriale n’est pas nouveau, aussi le CSFPT préconise-t-il de réviser les procédures d’accès aux différents grades et de lever les obstacles liés à la promotion interne.
 
 

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