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Pollution numérique : pour une transition numérique plus écologique

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    "Le numérique participe au dérèglement climatique plus qu'il n'aide à le prévenir", estime le think tank The Shift Projet dans une étude réalisée fin 2018 avec le soutien de l’Agence française de développement et de la Caisse des dépôts. (©Goumbik/Pixabay
  • La numérisation galopante des activités n’a pas que des vertus. Elle suppose l’achat d’équipements dont la nuisibilité croissante sur l’environnement est dénoncée. On parle de pollution numérique. Mais il est possible d’éviter un maximum de dégâts. Voici quelques pistes pour verdir (un peu) la transition numérique…

    Sommaire du dossier sur l'écologie numérique :

    La transformation numérique est aujourd’hui un sujet dans tous les secteurs et toutes les organisations, quelle que soit leur taille. Mais cette mue peut-elle aller de pair avec les transitions énergétiques ou écologiques qui sont également à l’œuvre ? Rien n’est moins sûr, hélas… Car contrairement à une idée reçue, les nouveaux outils numériques ont, tout comme le papier, un impact environnemental loin d’être négligeable.

    Entre autres exemples, le think tank The Shift Projet estime dans l'étude "Pour une sobriété numérique" réalisée fin 2018 - avec le soutien de l’Agence française de développement et de la Caisse des dépôts - que la consommation d’énergie du numérique, tant pour la fabrication que pour l’utilisation des outils, "est en hausse de 9 % par an". Pour cet institut, au niveau mondial, le numérique participe donc "au dérèglement climatique plus qu’il n’aide à le prévenir" : il est responsable de 3,7 % des émissions de gaz à effet de serre, en 2018, contre 2,5 % "seulement" en 2013, sous l’effet d’une multiplication des terminaux et d’une intensification des usages vidéo (très gourmands en énergie).

    >Lire aussi : Infographie sur les chiffres clés de la pollution numérique - Zoom sur le cycle de vie de nos appareils électroniques

    Faire preuve de bon sens

    Pour les entreprises qui ont une fibre écologique, le choix et l’achat de solutions ne devrait plus se faire sous le seul prisme des bénéfices financiers attendus, mais aussi en fonction de leur consommation énergétique supposée et de leur empreinte environnementale.

    "Nous avons aujourd’hui beaucoup de clients qui nous posent des questions à ce sujet, le plus souvent parce qu’ils ont mis en œuvre des politiques de RSE (responsabilité sociale des entreprises)", relève Kevin Clément, responsable marketing de Spigraph, une filiale d’Everteam spécialisée dans la distribution de solutions de capture documentaire et de dématérialisation. "En tant que fournisseur, nous ne commercialisons que des produits respectant la norme CE et la directive européenne ROHS, qui vise à limiter l’utilisation de substances dangereuses dans les équipements électriques et électroniques. Nous prenons aussi un certain nombre d’engagements pour tout ce qui touche à la récupération et à la revalorisation des équipements vendus."

    De façon plus terre à terre, l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) livre un certain nombre de conseils aux utilisateurs dans un bon guide pratique intitulé "La face cachée du numérique", réédité fin 2018. Des exemples ? Faites durer vos équipements - 88 % des français changent de portable alors que l’ancien fonctionne encore, regrette cet établissement public - et privilégiez les appareils de seconde main ou reconditionnés lors du renouvellement (voir les encadrés : ATF Gaia donne une seconde vie aux parcs pros et Privilégier les smartphones de seconde main). Ne laissez pas vos appareils allumés (ou en veille) en permanence, mais débranchez-les - un quart de la consommation électrique liée à cet appareil pourrait ainsi être économisé. Et réduisez au maximum le nombre de courriels envoyés et le volume des pièces jointes - l’agence estimait en 2017 que l’envoi quotidien de 33 e-mails pros dotés d’une pièce jointe d’un mégaoctet génère des émissions annuelles équivalentes à 180 kilos de CO2 (soit autant que 1 000 kilomètres parcourus en voiture).

    >Lire aussi : Seuls 27% des Français sont conscients de l’impact du numérique sur l’environnement

    Réduire le stockage et les manipulations

    Certaines solutions, comme tagOMEGA et tagPDF Legal chez Spigraph, autorisent aujourd’hui une réduction du volume de données stockées. Dans une logique de conformité avec le règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD), la première repère et indexe toutes les données nominatives présentes dans les répertoires, documents et emails. Et éventuellement leurs doublons, qu’il est ainsi plus facile d’éliminer. TagPDF Legal permet quant à elle de numériser, d’authentifier et d’archiver les  documents en PDF dans un coffre électronique sécurisé et certifié conforme à la norme NF Z42-013. « L’idée, en offrant une copie certifiée conforme à l’original, est d’aider les entreprises à renoncer au stockage des originaux dans des entrepôts dédiés » (physiques ou électroniques), indique Kevin Clément.
    Dans la même veine, José Castellon, directeur Europe du sud d’Ephesoft, un éditeur spécialisé dans les logiciels de traitement des données non structurées, loue quant à lui « la possibilité d’utiliser conjointement les solutions de capture intelligente d’Ephesoft avec les solutions d’automatisation de type RPA (robotic process automation). L’entreprise - partenaire de Blue Prism, UiPath et Anywhere Solutions - “propose ainsi aux organisations des offres communes permettant de réduire a minima les échanges de documents et de données non structurées entre les collaborateurs ».

    >Lire aussi : 

    Prendre du recul et réfléchir

    L’idéal est de prendre un peu de hauteur, en examinant ce qui est source de pollution et pourrait être évité. Par l’intermédiaire du rachat d’un cabinet d’ingénierie de l’environnement, le cabinet de conseil APL, qui accompagne de nombreuses entreprises dans la conception de leurs centres d’hébergement, se propose ainsi d’accompagner ses clients dans la réduction de leur empreinte carbone. Cela nécessite d’agir sur au moins quatre niveaux, selon Caroline Vateau, directrice de l’entité “numérique responsable” d’APL : “La mesure de l’impact, le développement de nouvelles solutions numériques, l’écoconception et la sensibilisation de tous les collaborateurs”. Typiquement, “dans la définition des data centers, on va conseiller aux entreprises de choisir les équipements qui ont la plus longue durée de vie et les inciter à ne pas les surdimensionner – il est inutile d’avoir des disques de stockage qui tournent et qui ne sont pas utilisés”. C’est une nouvelle façon de consommer l’IT.

    >Lire aussi : Ecosia : le moteur de recherche écolo qui plante des arbres est-il génial ou hypocrite ?


    +repère

    ATF Gaia donne une seconde vie aux parcs pros

    Pourquoi jeter des équipements qui peuvent encore servir ? ATF Gaïa, entreprise adaptée (à but social) basée en Seine-et-Marne, s’est fait une spécialité de racheter les équipements informatiques et télécoms des grandes entreprises, pour ensuite les retaper et les revendre à d’autres entreprises ou à des spécialistes de la tierce maintenance ou de l’infogérance. “Nous achetons les matériels et les reconditionnons”, explique Sylvain Couthier, président d’ATF Gaia, tout en soulignant que cette société emploie de l’ordre de 80 % de salariés handicapés dans ses effectifs de production. “L’essentiel de notre chiffre d’affaires vient de la plus-value réalisée entre le prix de rachat et le prix de vente”.
    Les 85 collaborateurs d’ATF Gaia génèrent des revenus supplémentaires via plusieurs services à valeur ajoutée, tel l’effacement à 100 % des données stockées sur les serveurs, ordinateurs, disques durs, tablettes ou smartphones. Ils orientent aussi les équipements qui ne peuvent plus être réutilisés vers un partenaire spécialisé dans le traitement et la dépollution des déchets d’équipements électriques et électroniques (Paprec D3E). Mais quelle que soit la filière (réemploi ou recyclage), ATF Gaia compile et transmet à ses donneurs d’ordres des indicateurs précis sur les opérations de traitement effectuées. Des indicateurs qu’ils peuvent utiliser pour étayer leurs bilans environnementaux.


    Privilégier les smartphones de seconde main

    Le réemploi est particulièrement en vogue sur le marché des smartphones. D’après l’institut GfK, il s’est écoulé, en 2018, 2,1 millions de modèles d’occasion en France (plus 7 % par rapport à l’année précédente). Le français Recommerce est, avec Remade (qui rencontre actuellement des difficultés financières), l’un des principaux acteurs de ce marché du reconditionné : il dit racheter chaque année “des centaines de milliers de téléphones, pour ensuite les remettre en vente [via des partenaires distributeurs ou opérateurs télécoms] après les avoir testés, nettoyés et reconditionnés”. Très tendance également, Back Market, une place de marché d’origine hexagonale, est à 100 % positionnée sur la vente de “produits électriques et électroniques reconditionnés (smartphones, tablettes, ordinateurs portables, téléviseurs, matériel hi-fi, consoles de jeu, appareils électroménagers et autres produits)”. Les appareils, remis à neuf dans un réseau d’entreprises partenaires, sont moins chers — leurs prix seraient de 30 % à 70 % inférieurs à ceux des modèles neufs. Ils ont donc trouvé leur place sur le marché grand public. Auront-ils les arguments pour convaincre un plus grand nombre d’indépendants et de dirigeants d’entreprises de préférer les modèles reconditionnés à l’achat de produits neufs, à forte empreinte environnementale ?

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    La dématérialisation est-elle écologique ? Avec le numérique, est-on respectueux de l’environnement ? À l’heure où se multiplient les alertes sur la santé vacillante de la planète, ces questions méritent d’être approfondies. Rapidement, on constate que les paramètres sont multiples et les enjeux complexes.
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