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Lydie Porée : une féministe aux archives

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    "Mon engagement a été motivé par un constat et un vécu d’injustice, ainsi que par une envie de transformer la colère en action", explique Lydie Porée, archiviste et féministe militante. (Crédit : Julia Briend))
  • Lydie Porée est archiviste aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine. Féministe militante, elle est également l'autrice du livre « Les Femmes s’en vont en lutte ! », coécrit avec Patricia Godard et paru en 2014, sur l’histoire du féminisme à Rennes entre 1965 et 1985. De ses premiers collectifs au Planning familial, voici le parcours de cette archiviste engagée.

    Qu’on ne s’y trompe pas : Lydie Porée est peut-être une littéraire, mais elle aurait sans doute pu être une grande scientifique. Certes, la jeune femme le déplore avec humour, consciente de l’incongruité d’un tel constat. Mais en le posant, elle souhaite pointer du doigt l’un des dysfonctionnements de notre société qui n’offre pas les mêmes chances aux filles qu’aux garçons.

    « Nous sommes nombreux à avoir été élevés comme s’il existait des différences entre les sexes nous empêchant d’avoir accès aux mêmes droits et opportunités », explique-t-elle ; « ces préjugés influent ensuite sur les orientations choisies puis sur la vie professionnelle. Cela m’a mise en colère ».

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    Débuts en archives

    Lydie Porée se serait-elle orientée vers le métier d’archiviste si elle avait été un garçon ? Nul ne le sait. Une chose est sûre : sa carrière, elle ne la renie pas. Elle s’y épanouit même pleinement.

    C’est son intérêt pour la transmission de l’information qui a amené la jeune bretonne à suivre, après le bac, un DUT de documentation d’entreprise à l’IUT de Tours. Elle y découvre l’archivistique, qui la passionne, puis enchaîne les stages et vacations en services d’archives.

    Un an et demi d’histoire à Angers suffira, en plus de sa grande motivation, à convaincre les Archives départementales d’Ille-et-Vilaine de lui donner sa chance. Elle ne les quittera plus.

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    Féministe : de la colère à l’action

    C’est à Angers que la jeune femme, encore étudiante, commence à militer, à la fin des années 90, dans le collectif féministe Émancipation.

    « Cet engagement a été motivé par un constat et un vécu d’injustice, ainsi que par une envie de transformer la colère en action », se souvient-elle.

    Depuis Rennes, où elle s’installe ensuite, elle crée avec des amis l’association « Mix-Cité Rennes », qui n’existe plus aujourd’hui.

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    En 2011, elle rentre au conseil d’administration du Planning familial d’Ille-et-Vilaine pour y représenter une association. Elle y reste ensuite six ans en son nom, dont trois en tant que présidente, avant de passer au niveau régional et national il y a un an.

    « C’est un formidable outil pour l’accès des femmes à la santé », s’enthousiasme-t-elle ; « et j’apprécie cet équilibre, nécessaire, entre une action radicale de dénonciation et le travail avec les institutions pour faire avancer les choses de l’intérieur ».

    Lydie Porée apprécie l’enrichissement qu’elle retire chaque jour de son militantisme :

    « Il n’y a pas d’engagement sans rétribution, il me permet d’acquérir de nombreuses compétences, mais surtout de rencontrer des gens formidables avec lesquels je développe de beaux projets ».

    « Tout n'est que lutte »

    L’un d’entre eux, qui fait le lien entre son métier et son activité militante, l’occupera même pendant cinq ans : c’est le livre « Les Femmes s’en vont en lutte ! », coécrit avec Patricia Godard et paru en 2014, sur l’histoire du féminisme à Rennes entre 1965 et 1985.

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    En parallèle de l’écriture, les deux femmes montent une association dédiée à cette thématique et multiplient tables rondes et conférences pour diffuser leurs recherches en cours. Elles créent même des visites guidées dans le Rennes féministe des années 70.

    Surtout, Lydie Porée reprend ses études en 2011 et réalise un master 2 en recherche en histoire à Angers sous la houlette de Christine Bard, spécialiste de l’histoire des femmes et du féminisme, également présidente de l’association Archives du féminisme.

    Si Lydie Porée reconnaît que la recherche lui manque aujourd’hui, son travail au service des archives contemporaines des AD d’Ille-et-Vilaine la passionne toujours autant. En veille sur l’actualité des droits des femmes et leur accès à la santé, elle compte poursuivre son combat :

    « N’oublions jamais comment ces droits ont été acquis ; tout n’est que lutte ».

    Elle like

    • Sa loi préférée : La loi Neuwirth de 1967 autorisant la contraception, car elle a ouvert la voie à la fin de l’ingérence de l’État sur le corps des femmes.
    • Sa journée de mobilisation préférée : le 28 septembre, qui est la Journée internationale pour le droit à l’avortement. C’est un droit fragile, inexistant ou en recul dans certains pays. En France, il faut se battre pour le conserver et l’améliorer.
    • Son livre préféré : Je viens de finir « Le Chœur des femmes », de Martin Winckler. C’est un beau roman de 2009 qui témoigne de la misogynie de la médecine française.
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