Publicité

Laurène Pain-Prado : la bibliothécaire qui a le service public dans le sang

  • PainPrado_Laurene.jpg

    Laurene-Pain-Prado
    "On ne nous prépare pas à penser notre métier", s'insurge Laurène Pain-Prado. (DR))
  • Portrait de Laurène Pain-Prado, "référente territoire" au sein de la bibliothèque départementale de Carquefou (Loire-Atlantique). Nous avions rencontré la jeune bibliothécaire suite à son interview dans Libération, dans lequel elle s'alarmait de l'agravation de la fracture numérique dans certains territoires et de ses conséquences dans les bibliothèques. Elle était alors responsable du numérique au sein de la bibliothèque Elsa-Triolet de Bobigny, en Seine-Saint-Denis. 

    >Lire aussi : Thomas Fourmeux, le bibliothécaire militant

    Tous les services publics seront dématérialisés d’ici 2022. Si les bénéfices annoncés pour les usagers et les agents sont qualifiés d’"extraordinaires", sur le terrain, la fracture numérique se creuse. 

    Il y a quelques mois, une petite voix s’est élevée dans les colonnes de Libération pour alerter sur une réalité aussi surprenante qu’intenable : l’afflux grandissant, en bibliothèque, de demandes de personnes démunies face au numérique pour les aider à réaliser des procédures en ligne. Cette voix, c’est celle d’une jeune bibliothécaire, Laurène Pain-Prado, alors responsable du numérique à la bibliothèque Elsa-Triolet de Bobigny, en Seine-Saint-Denis.

    "Est-ce notre rôle ?"

    De la demande de CMU aux télédéclarations d’impôts, son quotidien de l’époque relève plus de l’assistance sociale que de la médiation, notamment lors des ateliers de formation au numérique qu’elle anime.

    "À ma grande surprise, dès les premières sessions, j’ai vu les gens arriver avec leurs documents pour réaliser les démarches avec moi", se souvient-elle ; "je leur faisais des simulations avec mon propre numéro fiscal, puis je les aidais à remplir leurs cases".

    La jeune femme crée des mots de passe pour les usagers, prend des rendez-vous en ligne pour eux sur son temps libre, et contacte les différents services publics concernés pour des partenariats. Cela dure plus de six ans.

    "Mais est-ce notre rôle et quand est-ce qu’on dit stop ?", s’insurge la jeune femme, par ailleurs marraine d’une adolescente sans papier.

    >Lire aussi : Camille Causse, 28 ans, freelance et blogueuse au pays des archives

    Le déclic

    Si la question de l’accompagnement des publics face à la fracture numérique lui tient à cœur, c’est parce que Laurène Pain-Prado, issue d’un milieu de fonctionnaires, a le service public dans les gènes. C’est lors d’un stage qu’elle effectue, un peu à reculons, à la Grande bibliothèque de l’Agora d’Évry, que le déclic s’opère.

    "La bibliothèque réunissait enfin tout ce qui me tenait à cœur : le service au public, la polyvalence, la liberté de monter des projets et une constante remise en question".

    C’est dans cette commune plutôt défavorisée de l’Essonne qu’elle découvre également la mission sociale des bibliothèques, primordiale selon elle.

    Pourtant, rien ne préparait Laurène Pain-Prado à un tel quotidien. Surtout pas ses études qui la déçoivent — licence en histoire et histoire de l’art à la Sorbonne, masters en histoire et en bibliothéconomie, puis DUT à l’IUT de Grenoble.

    "On nous parle de troisième lieu à longueur de temps, mais on nous apprend, deux heures par semaine pendant un an, à mettre des cotes Dewey sur les livres. On ne nous prépare pas à penser notre métier".

    >Lire aussi : Valérie Combard, Emmy Award de la meilleure documentaliste

    Objectif : les publics

    Une fois diplômée, elle rentre en région parisienne, où elle a grandi. Elle est recrutée quelques mois plus tard à Bobigny, où on lui propose au bout d’un an le poste de responsable du numérique.

    "Je n’avais pas d’attirance particulière pour ça", concède-t-elle, "mais c’est la liberté et tous les projets que le numérique permet qui m’ont séduite".

    Les années passent. Bien que très investie, sans équipe et sans budget dédié, la jeune femme se lasse. Souhaitant déménager en Loire-Atlantique, elle obtient en septembre dernier un poste de "référente territoire" au sein de la bibliothèque départementale, à Carquefou.

    "Mon travail est d’accompagner des bibliothèques tout en les aidant à avancer sur le numérique", explique-t-elle. "Je trouve passionnante et utile cette aide indirecte au public, mais je reviendrai certainement un jour au contact direct, autant par envie que par nécessité professionnelle. Ces deux expériences sont différentes mais complémentaires avec toujours pour objectif les publics".

    >Lire aussi : Qui est Guillaume Champeau, le fondateur de Numerama aujourd'hui chez Qwant ?


    Elle like :

    • Sa citation préférée : "Parce que c’est une chose de déposer les armes, dans un mouvement superbe de tapage et de dévotion, mais c’en est une autre que d’accepter à partir de cet instant de se vivre comme perpétuellement désarmé" (Julia Kerninon, Le dernier amour d’Attila Kiss, Rouergue, 2016).
    • Son livre préféré : "Si tout n’a pas péri avec mon innocence", d’Emmanuelle Bayamack-Tam, POL, paru en 2013.
    • Son film préféré : "Santa Sangre", d’Alejandro Jodorowsky (1989).

    À lire sur Archimag

    Le chiffre du jour

    C'est le nombre de reproductions d'oeuvre des musées de la ville de Paris mises à disposition en haute définition.

    Recevez l'essentiel de l'actu !

    Publicité

    2019_03_270x270_aidel-archimag_fondu.gif

    doc 2020.PNG

    banniere GP52 web.png