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Entrepreneurs en infodoc : "Avoir choisi d'exercer des métiers orientés services et public est un atout"

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    "La question de l’entrepreneuriat est à mon goût trop absente des formations", estime Clotilde Vaissaire-Agard. (Freepik/katemangostar)
  • Sommaire du dossier :

    Jean-Philippe Accart et Clotilde Vaissaire-Agard sont tous les deux consultants, enseignants et formateurs. Si lui est directeur de bibliothèque et archives de l’École hôtelière de Lausanne (EHL), en Suisse, elle est directrice du cabinet CF2ID et fondatrice des éditions Klog. Ils ont tous deux coécrit « Bibliothécaires, documentalistes : tous entrepreneurs », paru en 2018 aux Éditions Klog.

    Dans sa préface, Veronique Mesguich évoque un « alignement des planètes » propre à la prise d’indépendance des professionnels de l’information ? Pourquoi ?

    Jean-Philippe Accart : Comme beaucoup d’autres, ces professionnels sont aujourd’hui à une sorte de croisée des chemins et se posent des questions sur leur avenir. Parallèlement, différents paramètres et injonctions politiques, économiques et manageriaux nous poussent à nous bouger et à chercher des solutions pour ne pas rester sur le bord du chemin. L’objet de ce livre est justement de proposer des pistes à tous ces professionnels, pour qu’ils puissent continuer d’avancer.

    Les formations initiales tiennent-elles compte de ce contexte ?

    Clotilde Vaissaire-Agard : La question de l’entrepreneuriat est à mon goût trop absente des formations. Certes, quelques cours de management ont été introduits dans certaines, mais cela se réduit souvent au management d’un service (quand on est salarié) et il n’y a rien pour ce qui est de créer son entreprise, choisir son régime fiscal, gérer son budget ou encore développer sa communication. En France, en dehors des écoles de commerce, il n’existe pas vraiment de formation à l’entrepreneuriat tout court. Ces thématiques ne sont pas encore entrées dans les écoles alors que c’est une vraie tendance de l’évolution du monde du travail.
    JPA : Je crois que l’idéal serait aussi que ce métier attire des profils davantage portés vers l’entrepreneuriat. Beaucoup pensent encore à tort que choisir ce type de formation, c’est se diriger vers un métier « tranquille ». Ils se trompent : il faut sans cesse aller de l’avant, se rendre visible et se vendre. Ce sont tout sauf des métiers tranquilles !

    En quoi les professionnels de l’information sont-ils pertinents pour l’indépendance ?

    JPA : Selon moi, le fait d’avoir choisi d’exercer des métiers orientés services et public est un atout et peut être mis en avant.
    CVA : Tout à fait. C’est même leur premier atout, selon moi. J’ajouterais également leur capacité à s’informer et à se former eux-mêmes sur les thématiques que l’on connaît moins, comme par exemple sur la création d’entreprise. Sans compter leur capacité d’adaptation qui leur permet de travailler dans n’importe quel domaine sur tous les sujets.

    Quelles sont les opportunités possibles pour ces professionnels entrepreneurs ?

    CVA : Ils peuvent bien sûr s’orienter vers le conseil, l’accompagnement ou l’audit de tout ce qui tourne autour de la gestion de l’information, que ce soit pour sa collecte, son traitement ou sa diffusion. Viennent ensuite la formation — tous domaines — et la prestation de services documentaires (notes de synthèse, dossiers documentaires, etc.). Enfin, on me demande aussi parfois d’intervenir pour aider à la valorisation d’un patrimoine documentaire.
    JPA : On m’a aussi souvent missionné pour réaliser des audits de service. Cet aspect du métier est vraiment passionnant, car il fait appel à notre expertise documentaire, mais n’est pas toujours facile, car on se retrouve souvent à arbitrer des conflits en interne.
    CVA : Nous sommes généralement appelés trop tardivement, et ce pour tous les types de missions. En matière de veille, notamment, c’est souvent parce qu’une entreprise a perdu des marchés et des informations qu’elle décide de faire appel à un veilleur extérieur.

    Qui sont les clients potentiels ?

    CVA : Il n’y a aucune règle en matière de clients : privé, public, petit, moyen, gros, etc. Parmi ceux qui ont déjà fait appel à moi, on trouvera aussi bien la petite entreprise de cinq salariés que le musée du Louvre ! Il est impossible de les catégoriser : cela peut aller de la petite bibliothèque municipale d’un village à la BNF.
    JPA : Oui, car les besoins sont partout. La taille ne compte pas.

    Pourquoi un professionnel d’information décide-t-il de prendre son indépendance ?

    CVA : Pour être libre et autonome ! Nous faisons ce qui nous plaît, quand et comment nous le décidons, sans hiérarchie. Cette liberté n’a pas de prix. Puis il y a la variété des missions : je vais par exemple travailler sur le patrimoine historique de Renault, ensuite sur la stratégie digitale d’une PME et enfin faire de la veille stratégique dans une autre organisation. Je change d’activité tous les jours et même plusieurs fois pas jour. Je ne m’ennuie jamais !

    Et à l’inverse, quels sont les freins ?

    CVA : D’abord, si l’on n’a pas de patron, il faut savoir travailler seul et se cadrer. Le deuxième frein que je constate souvent autour de moi est la notion d’incertitude financière. Ne pas savoir si l’on fera suffisamment de chiffre d’affaires l’année suivante, ce que l’on fera si l’on ne touche pas le chômage ou si on aura une bonne retraite crée une telle insécurité que beaucoup renoncent à se lancer.
    JPA : De mon côté, ayant été à mon compte quelques années, j’ai souffert de la charge administrative et comptable, extrêmement complexe, que ce type d’activité implique.
    CVA : En la matière, je pense que ce frein ne doit pas être une fatalité ! Il faut savoir s’entourer des bonnes personnes. Par exemple, quand j’ai des besoins en compétences que je n’ai pas, comme la comptabilité, l’informatique ou le graphisme, je fais appel à d’autres professionnels plus compétents que moi. Sinon, c’est impossible à gérer !

    Et financièrement ? On s’en sort, quand on est indépendant ?

    CVA : Cela fait dix-neugf ans que je me verse un salaire et que je rémunère les gens qui travaillent avec moi, donc je m’en sors !
    JPA : Il faut dire que tu as beaucoup d’activités...
    CVA : Il est vrai que je n’ai pas « tous mes œufs dans le même panier », comme on dit. J’ai diversifié et multiplié les activités et les prestations, de façon à équilibrer les différents secteurs quand l’un d’entre eux ralentit un peu.

    Est-ce que ce ne serait pas ça la recette du succès ?

    JPA : Ah oui, je le pense !
    CVA : C’est bien possible. Comme le métier de documentaliste salarié évolue sans cesse, il faut aussi constamment adapter ses prestations. Il est vrai que je ne fais plus du tout mon métier comme je le faisais il y a dix-neuf ans. Cette notion d’adaptabilité au marché et aux besoins du client est fondamentale.

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