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Joël de Rosnay : "Avec les réseaux sociaux, nous pourrons construire positivement l'avenir"

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    Joël de Rosnay : "Les réseaux sociaux vont devenir la base de la démocratie participative" (Crédit : photographie de Thomas Gogny)
  • Joël de Rosnay est un scientifique et un prospectiviste. Ancien chercheur enseignant au Massachusetts Institute of Technology (MIT), il fut également directeur des applications de la recherche à l’Institut Pasteur. Conseiller du président d’Universcience, il est aussi conférencier et écrivain. Il a publié "La symphonie du vivant : comment l’épigénétique va changer votre vie", aux Éditions Les Liens qui libèrent, en 2018. Parmi ses nombreux combats, il milite pour transformer les réseaux sociaux en des réseaux participatifs au service du fonctionnement de la société. Outils positifs de création collective, les réseaux sociaux deviendront, selon lui, la base de la démocratie participative. Rencontre.

    En 2001, vous avez déclaré lors d’une intervention : « Internet aura disparu dans dix ans car il sera partout : il aura perdu sa majuscule et c’est tant mieux ! ». Qu’en pensez-vous dix-huit ans plus tard (alors qu’Internet a toujours sa majuscule dans votre dernier ouvrage) ?

    Je continue à le dire, mais je conserve la majuscule par tradition, comme un symbole. Je pense que l’on parlera de moins en moins d’Internet avec le temps, mais plutôt d’écosystème numérique. Car Internet, comme moyen de communication, n’est qu’un élément qui s’intègre dans un écosystème plus large qui comprend notamment la smart city, les maisons connectées ou encore les voitures autonomes.

    Votre dernier livre, « La Symphonie du vivant », est consacré à l’épigénétique. De quoi s’agit-il ?

    Le préfixe « épi » signifie « par-dessus ». L’épigénétique est donc « par-dessus » la génétique. La génétique est le programme du vivant fondé sur l’ADN, qui est le code génétique. Par-dessus ce code génétique, il y a une sorte de métaprogramme qui nous permet de modifier l’expression de nos gènes : comme pour le volume de la radio, il est en effet possible d’amoindrir un gène, voire de l’annuler ou au contraire de le rendre plus fort. C’est notre comportement qui conditionne cette modification de l’expression de nos gènes selon cinq éléments quotidiens fondamentaux : la nutrition équilibrée, l’exercice régulier mais modéré, la gestion du stress, le plaisir et enfin l’harmonie du réseau social, familial et professionnel. Ces cinq éléments fabriquent dans notre corps des molécules qui bloquent ou amplifient certains gènes dans le noyau des cellules.

    Qu’est-ce que l’épimémétique, que vous évoquez également ?

    Le mot « mème » a été inventé par le grand biologiste anglais Richard Dawkins pour désigner des gènes sociétaux (les mèmes culturels) transmis dans une société par les médias ou encore les réseaux sociaux, et qui s’amplifient au fur et à mesure qu’on en parle. Ce sont comme des gènes, qui ne sont alors pas biologiques mais culturels, transmis par les moyens d’amplification de la culture. L’épimémétique est donc la science qui étudie le comportement sociétal à travers la propagation des mèmes. Elle analyse ainsi la façon dont l’ADN sociétal peut être modifié, de la même façon que l’épigénétique étudie la manière donc les gènes peuvent être modifiés par notre comportement.

    Qui modifie l’ADN sociétal aujourd’hui ?

    Ce sont par exemple les politiques, à travers leurs petites phrases — qu’ils font d’ailleurs exprès de faire courtes et percutantes afin qu’elles soient reproduites, partagées et amplifiées —, mais aussi à travers les lois ou en changeant la constitution d’un pays. Ce sont aussi les industriels, à travers les statuts de leur entreprise. #Metoo est un très bon exemple de petit mème qui a provoqué des changements fondamentaux dans la société puisque c’est suite à ce mème que des politiques ont créé des lois pour protéger les femmes dans la rue. Cela touche donc à notre vie de tous les jours : au code de notre vie en commun.

    Vous parlez dans votre ouvrage d’une « épigénétique de l’ADN d’Internet » et même d’un « ADN sociétal que possèderait l’écosystème informationnel dans lequel s’intègre Internet ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

    Internet dispose d’une première forme d’ADN, qui a servi à sa création et à son développement, qui est le code TCP/IP, c’est-à-dire le code qui fait qu’Internet fonctionne comme il fonctionne. Ensuite, il existe l’autre ADN d’Internet, c’est-à-dire celui que nous créons à force d’y laisser des traces&nbs....

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