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#SauveTaBU : la résistance s'organise contre la réduction de 20% du budget des bibliothèques de l'Université de Nantes

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    Le bâtiment Censive, photographié en 2012, qui abrite aujourd'hui l'UFR Lettres et Langage de l'université de Nantes. (Wikipedia/Alex de Louise)
  • Lors de la rentrée de janvier 2019, les lecteurs des sept bibliothèques des différents campus de l'université de Nantes ont découvert une campagne d'affichage surprenante : préparée par le service commun de documentation de l'université, celle-ci les informe qu'une réduction de 20 % de son budget a été décidée par leur établissement et le incite à réagir. Face à cet appel et au regard des justifications de l'université, certains entrent en résistance. 

    "Chers lecteurs, les bibliothèques universitaires connaissent en 2019 une baisse de budget de 20% [...]. Si vous souhaitez réagir face à cette situation, vous pouvez contacter... etc". La démarche est suffisament rare pour être soulignée : le service commun de documentation de l'université de Nantes se mobilise auprès de ses usagers, par l'intermédiaire d'une campagne d'affichage et avec pour porte-voix sa directrice Hélène Grognet, contre cette baisse drastique des moyens qui met en péril son fonds documentaire. "Nous veillerons à toutes les solutions possibles pour augmenter le budget documentaire en cours d'année, mais sans que nous puissions le garantir, peut-on lire ; Nous le regrettons comme vous".

    bu-université-Nantes

    Il faut dire que la coupe budgétaire fait mal, faisant passer le budget de 1 650 000 euros en 2018 à 1 320 000 euros en 2019. Et c'est sur les ouvrages que cette amputation pèse le plus, puisque la répartition du budget sur les dépenses de fonctionnement prévoit une baisse de 48 % de la part dédiée à l'acquisition de livres, qui passe de 430 000 euros en 2018 à 225 000 euros pour 2019. Celles dédiées à la documentation numérique et aux abonnements ne sont respectivement réduites que de 5 % et 24 %. Concrètement, les achats de volumes passent de 15 000 à 8 500 entre 2018 et cette année. Soit 6 500 ouvrages en moins pour les étudiants. 

    Pourquoi cette baisse des budgets des BU ?

    L'Université de Nantes, qui a pris la décision de cette réduction budgétaire, la justifie dans un article publié sur le site de Ouest France par "une adaptation des usages, l’ambition de devenir des learning center notamment liée à la baisse du nombre d’emprunts des documents papiers au profit du numérique". Des chiffres contredits dans le même article par Sandrine Lorans, la responsable de la bibliothèque pluridisciplinaire de la Courtaisière, à La Roche-sur-Yon, l'une des sept BU de l'université de Nantes, qui avance au contraire une augmentation des prêts de 35 % depuis 2014.

    Et même si Noël Barbu, le vice-président de l'université promet "des budgets adaptés à chaque cas, et non de manière mathématique", l'équipe de la bibliothèque de la Roche-sur-Yon a de quoi s'inquiéter de ces réductions au regard du développement actuel de son campus, boosté par l'arrivée ces dernières années de Polytech et de l'école supérieure du professorat et de l'éducation.

    Amputation = condamnation

    Certains enseignants et lecteurs se sont mobilisés suite à l'alerte lancée par Hélène Grognet. Dès le mois de février, Olivier Ertzscheid, maître de conférence en sciences de l'information à l'IUT de la Roche sur Yon, qui appartient à l'université de Nantes, lançait cet avertissement depuis son blog : "une bibliothèque amputée c'est une université condamnée". Appelant à des "réactions collectives" et à des "actions structurées", il s'inquiète de cette menace qui pèse sur la place de la bibliothèque dans l'université, qui devrait selon lui en être le "socle vital" : 

    "L'université de Nantes ambitionne l'excellence dans ses formations, ses recrutements, ses positionnements à l'international, écrit-il ; elle n'y parviendra jamais. Jamais. Une université qui ampute délibérément le budget de sa bibliothèque universitaire de 20% ne sera jamais une université d'excellence. Jamais. En aucun cas. Elle sera même tout le contraire. Certains chercheurs le disent déjà à mots à peine couverts".

    Le rôle social de la bibliothèque

    Concernant les arguments du learning center et des documents numériques, il s'alarme :

    "Quand on veut faire un "Learning Center" on ne baisse pas le budget de 20%, écrit Olivier Ertzscheid ; à la rigueur on l'augmente de 20%. Sinon à la place du Learning Center ben on a juste un Fucking Problem [...] Pour 'le numérique' précisément, 'les étudiants' ils n'ont pas nécessairement besoin de 'la bibliothèque', écrit-il ; par contre je rappelle qu'accessoirement et au regard de ce vieux truc qui sert à rien qu'on appelle une mission de service public, la bibliothèque joue aussi un rôle social. [...] le rôle social de la bibliothèque c'est de mettre gratuitement à disposition des étudiants des bouquins, des livres, des manuels, de la documentation, des journaux aussi, oui oui des journaux, qu'ils n'ont pas et n'auront plus les moyens de se payer durant toutes leurs études au regard de la misère dans laquelle la plupart d'entre eux croupissent entre des jobs de merde à temps partiel subi où ils se font tondre comme des moutons et des politiques publiques de logement étudiant indignes tellement elles ne sont pas à la hauteur des enjeux (et du nombre). Voilà. Des bouquins et des journaux qu'ils n'ont plus les moyens de se payer et de lire mais dont ils ont besoin. Besoin pour être étudiants. Besoin pour être citoyens. Besoin pour être curieux. Besoin pour être vivants. Et dont, accessoirement, nous, enseignants-chercheurs, avons aussi un peu besoin pour faire ce vieux truc qui s'appelle une activité de recherche à l'université publique". 

    7 postes supprimés en 2 ans

    Le 21 mars dernier, les syndicats de l'université prennent le relais et publient un communiqué commun dans lequel ils détaillent le budget documentaire et déplorent la suppression de 7 postes en seulement 2 ans. "Assurer un service public de l'enseignement supérieur de qualité, c'est favoriser la réussite réelle des étudiants et avoir les moyens de le faire", écrivent-ils, avant de demander le rétablissement des postes gelés et le maintient a minima du budget de la documentation au niveau de celui de 2018. 

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    #SauveTaBU

    Un véritable mouvement de protestation a finalement été lancé par Olivier Ertzscheid ce vendredi, depuis son blog, et relayé sur Twitter sous le hashtag #SauveTaBU : le maître de conférence y appelle tous ceux qui se sentent concernés par cette réduction budgétaire à manifester le jeudi 28 mars prochain, à 12h15, devant leur bibliothèque à Nantes, à La Roche-sur-Yon et à Saint-Nazaire :

    "Le Jeudi 28 Mars à 12h15 que chaque enseignant-chercheur de l'université de Nantes aille prendre dans sa propre bibliothèque personnelle, un ou plusieurs ouvrages, impérativement récents et de nature scientifique ou en lien direct avec les filières d'étude du site (on n'est pas là pour se débarrasser de nos vieilleries, le BU ont autre chose à faire ...) et aille les donner à sa bibliothèque universitaire pour compenser ces 20% de guillotine budgétaire, écrit-il, les incitant ensuite à poster en même temps sur les réseaux sociaux un maximum de photos de ce don sous le hashtag #SauveTaBU

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    Au sommaire

    - Rentrée 2016 : les formations se mettent à jour
    - Ifla 2016 : rendez-vous actif des bibliothécaires du monde
    - La dématérialisation, est-ce déjà la fin ?​
    - Logiciels de gestion de projet collaborative : le grand bond en avant !

    DOSSIER Métiers de l’information : visages de la francophonie

    Et si l’on élargissait notre horizon ? En France, archivistes, bibliothécaires, documentalistes, veilleurs ont des identités souvent bien arrêtées, parfois des racines historiques profondes, mais qu’en est-il au-delà des frontières ?

    Et aussi :
    - Face à la fraude documentaire, des outils pour réagir
    - La gratuité, c’est le vol
    - Open access, une voie royale pour le partage de la connaissance​​
    - Gestion documentaire : quatre solutions au banc d’essai
    - Accueillir des publics dans les services d’archives
    - Les nouvelles obligations pour la cession de droits d’auteur
    - Applications de sécurité pour smartphone
    - Portrait de Gaëlle Béquet, Madame les Présidentes
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    Les bibliothèques sont de vieilles institutions. Cependant, si elles restent des sanctuaires du savoir et des points de repère dans une ville ou sur un campus, elles n’en sont pas moins capables d’innovations, dans un monde qui change, pour attirer de nouveaux publics tout en gardant les anciens. Ces innovations s’opèrent par petites touches ou à travers de vastes chantiers. Les évolutions des usages forment le moteur de la transformation. Il est devenu nécessaire d’élargir les horaires d’ouverture, de faire davantage appel à l’automatisation, de procéder à des “mesures d’impact” et d’ajuster son offre. Les challenges sont nombreux : gestion des données de recherche, transition bibliographique, prêt numérique, mobilité, chatbot, question des communs, prêt d’objets, tenue d’ateliers, présence à travers les réseaux sociaux, maîtrise de l’expérience utilisateur… Logiciels, mobilier, automates et équipements divers : les moyens à la disposition des bibliothèques prennent aussi part à l’innovation.
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