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Sylvain Breuzard : la permaentreprise, le nouveau modèle d'entreprise aux 3 principes éthiques

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    Sylvain Breuzard : "La permaentreprise est un modèle de développement qui vise à obtenir une production efficace et utile aux humains, mais sans nuire à la planète". (DR)
  • Sylvain Breuzard est PDG de l’entreprise de services du numérique Norsys et préside le conseil d’administration de Greenpeace. Il est également l’auteur, aux éditions Eyrolles (2021), de l’ouvrage « La permaentreprise : un modèle viable pour un futur vivable, inspiré de la permaculture ». Pour Archimag, il présente ce nouveau modèle d'entreprise, son impact sur le management et les salariés, ainsi que ses conseils auprès des entrepreneurs qui souhaiteraient transformer leur organisation en permaentreprise

    Temps de lecture : 7 minutes

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    Le groupe Serda-Archimag s’engage dans le nouveau modèle de permaentreprise

    Convaincus depuis longtemps du principe éthique « Prendre soin des humains », nous avons entamé depuis quelques années des actions autour du développement durable, mais, il faut bien l’avouer, de manière insuffisante.

    Avec l’ensemble des équipes de l’entreprise, nous nous engageons avec enthousiasme dans ce nouveau modèle de permaentreprise.

    Nos objectifs : prendre encore davantage soin des personnes dans l’entreprise et autour de nous, prendre soin de la terre en ciblant 0 carbone d’ici fin 2023, enfin en se limitant et en redistribuant nos surplus, matériels comme immatériels. Nous vous dévoilerons bientôt notre Raison d’Être.

    Les équipes Archimag et Serda


    sylvain-breuzard-permaentreprise-modele-entrepriseComment passe-t-on de la permaculture à la « permaentreprise » ?

    La permaculture est un mode de production qui a pour objectif de régénérer toutes les ressources qu’il utilise. Elle s’inscrit dans une philosophie de vie qui est de rendre la terre habitable pour tous.

    La permaentreprise est un modèle de développement qui vise à obtenir une production efficace et utile aux humains, mais sans nuire à la planète. Il s’agit de faire un usage sobre et régénératif des ressources et de partager équitablement les richesses.

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    permaentreprise-livre-sylvain-breuzard.jpgQuels principes une entreprise doit-elle appliquer pour devenir une permaentreprise ?

    Le modèle de permaentreprise repose sur 3 principes éthiques : prendre soin des êtres humains, préserver la planète, se fixer des limites et redistribuer des richesses. Il s’agit donc de revisiter le fonctionnement de l’entreprise pour que tout découle de ces trois principes éthiques.

    Cette approche est déclinée en 12 principes de design issus de la permaculture qui ont pour objectif de créer un usage sobre et régénératif des ressources utilisées. Concrètement, s’interroger par exemple sur la régénération des ressources humaines, c’est faire en sorte que les collaborateurs(rices) aient la même énergie positive au sein de l’entreprise tout au long de l’année, renforcent leur employabilité.

    Autre principe : il faut agencer les parties prenantes pour chaque projet mené. Par exemple, une entreprise qui souhaite avoir une contribution nette et positive de carbone doit mettre autour de la table les parties prenantes pour trouver un intérêt commun afin d’être ambitieuse et efficace en matière de réduction du carbone.

    Je propose enfin 23 objectifs d’impact en lien avec les 3 principes éthiques : les écarts de salaire, la formation des salariés, leur représentation dans les organes de gouvernance, le recyclage ou la réutilisation des déchets liés à la production, la redistribution des résultats à la société civile…

    Toutes les entreprises, à différents degrés selon leur activité, sont concernées par ce programme.

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    Le management est-il impacté par le concept de permaentreprise et de quelle façon ?

    Je propose une méthodologie pour mettre en œuvre ce modèle car les entreprises ne savent pas toujours comment s’y prendre pour aborder ces sujets.

    Un groupe de salariés peut être impliqué dans la définition de la raison d’être et des enjeux à court et moyen terme de son entreprise. Il est important de créer une dynamique collaborative plus large afin d’identifier les projets et objectifs d’impact qui permettront de répondre aux enjeux définis.

    Plus les collaborateurs de l’entreprise sont impliqués dans ce projet, plus la conduite du changement se passe bien.

    Quels conseils pratiques donneriez-vous aux organisations en matière de sobriété numérique ?

    La première démarche à avoir est de s’informer sur les impacts que peuvent avoir différentes actions. L’impact d’une réduction du nombre d’e-mails par exemple est insignifiant au regard de l’usage de vidéos.

    L’action qui a le plus d’impact en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre est de prolonger la durée des équipements, car leur fabrication est très émettrice. Et elle a l’avantage d’être à la portée de toute organisation.

    Une autre action significative est d’utiliser de l’énergie renouvelable, l’usage du numérique nécessitant de plus en plus d’énergie.

    Aujourd’hui, toute organisation utilise des clouds ; choisir ceux qui utilisent de l’énergie renouvelable et recyclent les chaleurs émises est une démarche efficace pour réduire les émissions de CO2.

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    Concrètement, à quoi ressemble la vie d’un salarié qui travaille dans une permaentreprise ?

    Ces dernières années, des études montrent que les salariés ne se contentent plus de déclarations, mais veulent des actes de la part des entreprises. Un collaborateur qui travaille dans une permaentreprise constate que son entreprise est passée aux actes concrets avec une vision globale et engagée de ses responsabilités. Il me semble que c’est très important qu’une entreprise réponde aux besoins exprimés par les collaborateurs.

    Au sein de mon entreprise Norsys, nous avons voulu avoir une contribution nette et positive de carbone. Nos collaborateurs connaissent, grâce à un logiciel, le niveau de carbone qu’ils émettent quotidiennement. Ils savent comment le réduire, notamment en matière de déplacements professionnels. Cet objectif est intégré dans leur quotidien professionnel.

    Autres exemples, l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle a toujours été une préoccupation de l’entreprise. En 2019, 40 % des collaborateurs étaient en télétravail. S’inscrire dans une démarche de permaentreprise en prenant soin des êtres humains, c’est anticiper sur des mutations sociales et être plus performant ; en 2020, la généralisation du télétravail ne nous a pas pénalisés.

    La régénération de l’énergie des collaborateurs nous a poussé à proposer des cours de yoga, de méditation ou des séances de sport.

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    Le concept de permaentreprise suscite-t-il de l’intérêt parmi les entrepreneurs ?

    Je constate un vif intérêt pour la question de la permaentreprise. Il m’arrive de participer à des webinaires qui rassemblent jusqu’à 450 personnes inscrites. C’est un indicateur qui témoigne d’un mouvement : de plus en plus d’entreprises ont envie d’être actrices pour faire évoluer le monde. Les organisateurs de webinaires sur le thème de la permaentreprise me confirment cette tendance : c’est un signal intéressant.

    Par ailleurs, j’accompagne une vingtaine d’entreprises pionnières qui constatent de l’enthousiasme et de l’adhésion des collaborateurs sur ce projet. Alors que la crise sanitaire a chamboulé les conditions de travail et mis en difficulté les entreprises, cela est encourageant et constitue une belle valeur ajoutée.

    Vous n’êtes pas tendre avec la démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Pour quelles raisons ?

    Je la critique d’autant plus que j’ai essayé de la promouvoir dans le monde de l’entreprise ! Mais je constate que, depuis une vingtaine d’années, la responsabilité sociétale des entreprises n’a pas évité la dégradation de notre monde sur les plans écologique, sociétal et sur la question de la répartition des richesses. La RSE est totalement insatisfaisante pour faire évoluer le monde dans le bon sens. L’approche générale ne répond pas aux problèmes posés car ce n’est pas un modèle d’entreprise. Ma conviction est qu’il faut un modèle faisant sens et engageant.

    Au niveau de la planète, nous n’avons plus que dix ans devant nous. L’essentiel va se jouer dans les dix prochaines années et non pas en 2050. Si nous ne sommes pas capables de nous remettre en question d’ici dix ans, le prix à payer sera tellement élevé que nous n’y parviendrons pas.

    L’accord de la Conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques stipule que les pays, notamment ceux qui ont dégradé la planète, devraient mettre 100 milliards d’euros sur la table chaque année pour financer les actions de lutte contre les changements climatiques dans les pays en développement. Or, en 2020, moins de 20 milliards ont été mobilisés…

    La problématique est à la fois urgente et compliquée car les accords ne sont pas appliqués. Les entreprises sont les premiers acteurs à pouvoir faire bouger les lignes, bien plus que les politiques où le temps de la négociation est extrêmement long.

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    Vous êtes né dans un milieu d’instituteurs éloignés du monde de l’entreprise et avez multiplié les expériences professionnelles et associatives. Cela a-t-il nourri votre réflexion sur la permaentreprise ?

    Comme tout le monde, j’ai fait un chemin et, ce qui m’anime, c’est de m’ouvrir à des mondes que je ne connais pas. En créant ma propre entreprise, je me suis enfermé dans le monde entrepreneurial et ai fréquenté des dirigeants notamment au sein du Centre des jeunes dirigeants (CJD). Je me suis alors aperçu qu’il est difficile de prétendre comprendre le monde sans le toucher du doigt.

    En m’engageant dans d’autres causes comme celles de l’ONG Greenpeace ou de l’association Réseau Étincelle, j’ai compris comment d’autres milieux réfléchissent et agissent.

    Toutes ces expériences apportent une richesse d’enseignements qu’on ne soupçonne pas. C’est certainement grâce à toutes ces rencontres que je suis arrivé à la permaentreprise et à promouvoir un nouveau modèle d’entreprise.

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    Serda-Archimag publie son 10e rapport sur la gouvernance de l’information. Une décennie au cours de laquelle cette démarche s’est peu à peu imposée dans les organisations privées et publiques. Avec aujourd’hui de nouvelles tendances, notamment en matière de signature électronique et de numérique responsable. Parallèlement, une norme Iso est en préparation, nous révèle Noureddine Lamriri, coordinateur Iso du groupe de travail sur ce sujet. Sur le terrain, du records manager au responsable de la sécurité des systèmes d’information, en passant par le délégué à la protection des données, différents métiers sont partie prenante. Ils sont décrits par ceux qui les exercent.
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