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Ecoresponsabilité numérique : où en sommes-nous et comment agir ?

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    Côté méthodologies de projet : ne sortez plus un projet sans dimension responsable ! Allez à l'essentiel : changer les méthodologies de projet en mettant en place des pratiques agiles et autres pratiques d'écoconception ! (Freepik)
  • Premier événement professionnel lié à la réduction de l’empreinte environnementale du numérique, le GreenTech Forum s’est tenu à la Défense, en région parisienne, les 30 novembre et 1er décembre 2021. Ateliers, conférences, qu’en retenir ? Quels conseils ou clés pour agir en faveur de la dématérialisation écoresponsable ? Voici les axes donnés par les participants pour un numérique plus respectueux de l'environnement

    Temps de lecture : 6 minutes

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    Etat des lieux de l'écoresponsabilité

    Le numérique représente aujourd’hui 4% des GES (gaz à effet de serre) du monde – autant que les avions – dont 80% sont dus aux seuls équipements/matériels, 5 % aux utilisations des réseaux, le reste étant majoritairement lié aux data centers.

    Même si la mobilisation autour du sujet de l’écoresponsabilité est de plus en plus forte (groupes de travail nationaux, organisations telles que Planet Tech’Care, Green IT, Ademe, et autres acteurs), des freins sont encore trop nombreux. Au sein des organisations et dans la société plus largement, il y a encore des difficultés à changer les habitudes de consommation, la course au renouvellement est toujours présente, l’organisation interne des entreprises pas encore suffisamment ouverte sur ces aspects avec la difficulté à dégager du temps pour sensibiliser, former, informer, faire participer les collaborateurs (tous métiers, tous services).

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    Les entreprises ont également besoin de soutiens financiers pour mettre en place les bonnes mesures, mais les solutions sont encore mal connues (ex. l’Ademe peut apporter des financements…).

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    Le cadre législatif

    Le cadre législatif est en train de s’organiser avec les lois récentes mais ne semble pas aller assez loin. Beaucoup de chemin reste à faire, notamment en matière de normalisation, de réglementation, du cadre législatif, d’indicateurs communs à tous, de définitions officielles (ex. la notion de « déchets » n’est pas liée à la notion de vétusté mais à une notion d’abandon). 

    Les émissions indirectes ne sont pas toujours prises en compte, la législation aujourd’hui n’obligeant pas à effectuer des mesures d’impacts indirects. L'Allemagne a demandé récemment à la Communauté européenne de légiférer pour que lors de l’achat d’un téléphone, les mises à jour des logiciels et du système d’exploitation soient garanties pendant sept ans (puisque ayant des impacts environnementaux importants). 

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    Méthodologie ACV : analyse du cycle de vie

    Pour les mesures, la tendance est à l’utilisation de la Méthodologie ACV (analyse du cycle de vie) pour l’analyse de l’empreinte environnementale du Système Informatique (SI) en prenant en compte la multicritérisation pour effectuer les mesures. Par multicritérisation, on entend la prise en compte de la filière complète (ex. lecture des données des factures, cycle d’utilisation, durée de conservation, fin de vie, usages…). Il s’agit de procéder à la quantification de la chaîne macro et micro. 

    Mais la mesure seule ne sert pas sans plans d’actions et actions concrètes. Il faut identifier les leviers : des plus accessibles ou moins faciles et prioriser chaque action.  Sur les mesures de la chaîne complète et régulière, il faut également penser à la gestion des data : leur conservation, leur utilité, lesquelles prioriser, leur exploitation. Une loi est en préparation autour de l’ACV lié au numérique avec la prise en compte des diverses sources (par ex. impacts sur la déforestation importée).

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    Responsabilité numérique des entreprises : les organisations ont tout à y gagner ! 

    Mettre en place des mesures concrètes dans toutes les entreprises devient un axe majeur. La responsabilité numérique des entreprises (RNE) a été définie lors de l’une des tables rondes du Salon Green Tech : « Chaque entreprise ou tout acteur de l’économie est responsable voire redevable des conséquences des effets et impacts environnementaux et sociaux du numérique » (Bettina Laville, conseillère d'État – présidente du Comité 21). Il y a encore trop de freins, qu’il faut lever d’une manière participative.

    L’entreprise vertueuse et son image… Être écoresponsable est un enjeu business général : la mise en place de l’écoresponsabilité, notamment à travers des achats responsables, finira par apporter des gains financiers : gains de consommables, économies électriques etc.

    C’est aussi un enjeu des Ressources Humaines : aujourd’hui les candidats sont de plus en plus sensibles à ses aspects et le choix de l’entreprise pourra être lié à sa virtuosité. Et il y a de nombreux besoins en termes de talents dans le numérique aujourd’hui et dans les années à venir.  

    Devenir écoresponsable, c’est conduire le changement en intégrant un gros volet de formation afin d’embarquer l’ensemble des collaborateurs et évaluer collectivement les limites à se fixer (plan d’actions, objectifs clairs et atteignables, guide éthique, nomination d’un référent, etc.).

    On souligne également de plus en plus de pressions venant des prospects et des clients. En effet, la dimension écoresponsable figure de plus en plus dans les appels d'offres.

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    Le numérique au service de la transformation durable

    Le numérique peut servir effectivement la transformation durable avec des technologies en vogue (intelligence artificielle, blockchain etc.) qui, bien utilisées, permettent de réduire l’empreinte carbone… Comment ? En faisant mieux avec des évolutions responsables et en optimisant l’efficacité intrinsèque (ex. usine connectée via des systèmes écoresponsables, de la meilleure logistique, par de la sobriété).

    Préférer l’utilisation d’outils ou de plateformes de prestataires vertueux (SaaS, cloud) capables de sortir les performances sur leurs systèmes (les embarquer sur ces sujets ; la démarche doit être complète et inclure les solutions d’hébergement, data centers…) plutôt que de construire en interne de bout en bout.

    Les évolutions sur leurs outils ou produits sont faites une fois et bénéficient à tous donc contribuent à moins d’impacts au final (ex. une migration vers le cloud public peut diminuer des impacts jusqu’à moins 70 %...).

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    Adopter un mode de travail et une pensée tournés vers l’innovation

    Côté méthodologies de projet : ne sortez plus un projet sans dimension responsable ! Il convient de donner une feuille de route claire et de profiter des évolutions à faire sur les outils ou applications internes pour intégrer la dimension responsable (ex. revue de codes, analyse des sites web…).

    Aller à l’essentiel : changer les méthodologies de projet en mettant en place des pratiques agiles, en utilisant le design thinking, l’UX (user experience) et l’UI (user interface) et autres pratiques d’écoconception. Par les méthodologies agiles (ex. cadre de travail Scrum), on fait petit à petit ce qui permet plus facilement le retour sur expérience, l’inspection et les adaptations nécessaires.

    On s’autorise à se tromper, se remettre en question pour mieux adapter et optimiser. Cela permet de rationaliser les besoins, de faire réfléchir en amont, de ne faire que ce qui est nécessaire et utile (ex. un chatbot, gros consommateur de data et non écoresponsable, est-il nécessaire ?).

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    Faire entrer la durabilité dans les entreprises

    Tous les participants au Green Tech Forum s’accordent également sur l’aspect matériel et sur la nécessité de faire entrer la durabilité dans les entreprises :

    Augmenter les cycles de renouvellement, limiter les rythmes de renouvellement du matériel, limiter la course vers le neuf systématique (ex. durée de conservation des téléphones portables : 88% des personnes changent de téléphone alors qu’il fonctionne correctement et 50% de ce « parc » n’est jamais recyclé. 63% des téléphones professionnels dans les entreprises ont moins de deux ans).

    S’orienter vers un allongement de la durée de vie des produits. Pourquoi ne pas penser à la location plutôt qu’à l’achat (pas d’amortissement dans le poste du bilan) ou préférer les achats en reconditionné ?

    Réparer (certaines sociétés internalisent leur service de réparation) et agir collectivement contre l’obsolescence programmée (ex. en faisant pression à titre collectif sur les grands acteurs…) peut être aussi un bon axe.

    Aussi, penser à recycler systématiquement : opter pour l’économie circulaire avec action positive sur le travail de personnes en situation difficile ou précaire.

    Ainsi, nous avons tous un rôle à jouer, sans attendre !

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    Corinne Latapy 
    Consultante AMOA senior et formatrice Serda Conseil

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