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Reconversion professionnelle : "Documentaliste à la base, j'anime aujourd'hui un réseau européen de forces de l’ordre"

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    Virginie-Soldat
    "L’avancement dans une carrière tient en grande partie à la capacité à s’adapter et à démontrer l’envie d’évoluer, voire de se réinventer !", explique Virginie Soldat. (DR)
  • Aller de l’avant ! Partie de la documentation, Virginie Soldat a enchaîné différentes expériences professionnelles, tout en renforçant sa formation. Elle est aujourd’hui animatrice d’un réseau européen de forces de l’ordre. Un parcours qui prouve que l'on peut se lancer dans une reconversion professionnelle tout en militant pour nos métiers.

     

    Sommaire du dossier dédié à la reconversion professionnelle :

     

    « Une dame toute poussiéreuse, derrière ses lunettes et son bureau, au milieu de livres jaunis et barbants » : voilà l’image que j’avais de la documentaliste avant de commencer mes études. Je me lance tout de même dans cette voie, et grâce au DUT en documentation, à Besançon, j’acquiers toutes les méthodes et techniques nécessaires pour exercer le métier de documentaliste. 

    >Lire aussi : Documentalistes, veilleurs, bibliothécaires et archivistes : comment se profile votre avenir

    La révélation ! Mon stage de fin d’année, que j’effectue à la CCI de Lyon, me fait prendre conscience des possibilités qu’offre le support numérique dans la valorisation de l’information. Je poursuis donc mes études avec une licence professionnelle en communication numérique (Université Lyon 2) qui me permet de concevoir des livrables et d’acquérir les méthodes nécessaires pour communiquer, valoriser des ressources et animer une communauté d’usagers dans un contexte digital.

    Les études me rattrapent

    L’envie de travailler et d’être dans l’opérationnel me conduit par la suite à intégrer l’Isara-Lyon, une école d’ingénieurs en agriculture, agroalimentaire et environnement, en tant que documentaliste. Mais les études me rattrapent, une envie de prise de hauteur, de pilotage de projets et de spécialisation en information scientifique et technique me conduisent à suivre le master Sibist (Sciences de l’information et des bibliothèques information scientifique et technique) de l’Enssib, à Villeurbanne, en formation continue.

    Le fait de reprendre des études tout en travaillant se révèle très formateur tant sur l’apprentissage de nouvelles compétences que sur l’organisation et la priorisation des tâches de travail. Acquérir de nouvelles connaissances, développer son réseau n’est pas une option, mais une nécessité ! L’avancement dans une carrière tient, je pense, en grande partie à la capacité à s’adapter et à démontrer l’envie d’évoluer, voire de se réinventer ! 

    >Lire aussi : Bibliothécaires, archivistes et documentalistes : enquête sur leurs salaires & conditions de travail

    Une feuille de route très précise

    Une fois mon master validé, l’Isara-Lyon me propose les postes de chargée de documentation numérique-veille puis de responsable du centre de documentation, avec une feuille de route très précise : repenser et repositionner le centre de documentation au sein de l’école, en passant d’une stratégie de fournisseur de contenu papier à une approche de « troisième lieu » (espace de rencontre) et de learning center (espace de l’apprendre) tout en opérant une transition numérique.

    Défi que je relève ! Ce changement ne s’opère pas du jour au lendemain : dématérialisation des ressources, mise en place d’actions de médiation culturelle, numérique et sociale, réaménagement spatial du service… Ceci avec l’idée de travailler, créer, collaborer et organiser des activités de connaissances au sein d’un espace flexible et convivial avec plus de transversalité entre les étudiants, les chercheurs et les ingénieurs de l’école. De plus, nous renforçons également notre soutien à la recherche et à la pédagogie, ainsi qu’à l’accompagnement des étudiants dans l’acquisition des compétences informationnelles au travers de cours intégrés dans l’ingénierie pédagogique.

    >Lire aussi : Quel avenir pour les documentalistes ?

    Toute l’équipe impliquée avec un pilotage horizontal

    Que de projets menés à bien, mais sûrement pas seule ! J’implique toute l’équipe avec un pilotage horizontal. Collaboration, partage de connaissance et circulation des savoirs sont les maîtres mots. Chaque collaborateur se voit confier des missions bien spécifiques et avec du sens ! C’est-à-dire répondre aux attentes, besoins et aspirations des collaborateurs, tout en contribuant aux objectifs du centre de documentation. L’autonomie, la responsabilisation et la relation de confiance contribuent également à mes yeux à donner du sens au travail.

    Pour mener à bien le repositionnement du service, j’utilise des outils marketing, par exemple des analyses swot (forces, faiblesses, opportunités et menaces). Est visée la prise en compte des besoins des usagers de l’école, donc nos clients, pour leur fournir des offres et services adaptés à leurs attentes.

    Avoir une approche de marketing documentaire me paraît obligatoire dans les bibliothèques et centres de documentation. J’ai toujours travaillé en gardant à l’esprit : comment vendre aux mieux nos offres et services à nos usagers clients, tant en interne qu’à l’externe ? De plus, les outils marketing détiennent l’immense avantage de travailler avec beaucoup plus d’efficacité.

    >Lire aussi : Entrepreneurs en infodoc : "Avoir choisi d'exercer des métiers orientés services et public est un atout"

    Nouveau challenge

    Après quinze ans dans la même structure, le besoin d’un nouveau challenge m’amène à travailler pour le ministère de l’Intérieur, plus précisément au centre de recherche de l’ENSP (École nationale supérieure de la police, à Saint-Cyr-Au-Mont-D’or, dans le Rhône). J’occupe le poste d’ingénieure en management de l’information-community manager dans le cadre d’un projet de recherche et d’innovation de l’Union européenne (H2020). Il s’agit d’un réseau mis en place pour les forces de l’ordre, destiné à traiter des principaux problèmes actuels et émergents auxquels celles-ci sont confrontées. L’objectif est de leur permettre d’impacter la recherche et l’innovation et donc d’orienter les futurs travaux vers des initiatives et des outils qui leur soient utiles.

    Dans le cadre de ce projet, mon rôle est d’animer ce réseau européen de forces de sécurité et de scientifiques présents dans dix-huit pays. Les animations se font via une plateforme sécurisée en proposant des offres et services numériques (newsletters, animation de webinaires, ressources documentaires numériques…), mais également par la participation à des événements de réseautage et de valorisation du projet à travers l’Europe. Un changement radical par rapport à mes autres emplois, un temps d’acculturation tant sur le contenant que sur le contenu m’a été nécessaire.

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    Les projets européens ont une logique bien spécifique de par leur montage (logique de workpackage), pilotage (delivrable) et valorisation (confidentialité des données). De plus, la cybersécurité, la migration, le trafic d’humain, le crime organisé, le terrorisme… sont des sujets qui m’étaient inconnus. J’assimile peu à peu ces thématiques au travers de mes missions et plus particulièrement lors d’animations de webinaires avec Interpol pour la valorisation de projets de recherche européens.

    Une expérience atypique

    Cette expérience atypique me permet de découvrir la gestion d’un projet européen, d’évoluer dans un environnement anglo-saxon ainsi que de connaître la culture et le management « police » basé sur l’immédiateté. Je perçois également la méconnaissance de nos métiers, tant par les professionnels de la sécurité que par les gestionnaires de projets européens. Nous avons une grande valeur ajoutée à apporter sur les aspects à la fois informationnels, d’animation et organisationnels. Nous avons toute notre légitimité ! À nous de mieux communiquer sur nos compétences, de prendre le risque de nous « vendre » sur des missions inattendues et de valoriser notre savoir-faire. Il est important de sortir de l’image poussiéreuse et obsolète de notre métier.

    Les échanges entre les forces de l’ordre et les scientifiques m’ont fait prendre conscience de l’importance de notre rôle de médiateur. Notre métier porte autant sur l’appropriation de nouveaux outils, de méthodes d’accès à l’information, que sur le réseautage. Nos capacités relationnelles (intelligence émotionnelle) ne sont pas à négliger pour mener à bien nos missions. Adaptabilité, sens du service, écoute, travail d’équipe et esprit collaboratif sont incontournables.

    >Lire aussi : Le métier de veilleur vu par les étudiant(e)s

    Être de plus en plus protéiformes

    Que ferai-je demain ? Je ne sais pas encore, mais le plus important est que je garde en tête qu’en tant qu’archivistes, bibliothécaires, community managers, data analysts, documentalistes veilleurs, nous sommes tous des couteaux suisses de la gestion de l’information. En effet, nous serons amenés dans le cadre d’une activité professionnelle à être de plus en plus protéiformes pour mener à bien nos missions. Notre valeur ajoutée va se trouver dans notre flexibilité à réaliser nos tâches et notre adaptabilité aux différents domaines et publics.

    Je pense que le cloisonnement de nos métiers viendra à disparaître dans les années à venir, de nouvelles opportunités et d’autres métiers vont faire leur apparition pour les professionnels de l’information. D’autant plus avec l’arrivée de l’intelligence artificielle qui joue un rôle dans la transformation du digital des organisations et donc de nos métiers. Notre futur est à inventer !

    Virginie Soldat
    virginiesoldat@gmail.com

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    Commentaires (1)

    • Portrait de ttpm

      o_O Yes Men ?

      fév 20, 2020
    Le chiffre du jour
    C'est le nombre de dossiers médicaux partagés ouverts par les assurés.
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