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Voici la méthode de l'IGN pour numériser des cartes anciennes (en 9 étapes)

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    Les Cartes de Cassini de 1740 font partie du fonds de cartes numérisées par l'IGN disponibles sur le portail "Remonter le temps", qui permet de confronter les données géographiques historiques anciennes avec celles de l'IGN actuelles (IGN).
  • À l’IGN (Institut national de l’information géographique et forestière), on ne numérise pas une carte ancienne comme n’importe quel autre document. Les professionnels qui gèrent le fonds d'archives de l’institut ont adapté leurs pratiques à la spécificité de ce support particulier et qui réside dans sa composante géographique immédiate : la géolocalisation. Voici leur méthode de numérisation de cartes historiques en 9 étapes :
    1. La définition des priorités
    2. La qualité des fichiers
    3. Le matériel utilisé
    4. L’opération de numérisation
    5. La géolocalisation
    6. La nomenclature
    7. Le catalogage
    8. L’archivage électronique
    9. La diffusion en ligne

    La collection de l’IGN est forte de 530 000 cartes remontant au 17e siècle, dont environ un tiers sur le territoire français. Leur dématérialisation a débuté en 2007 en intégrant une géolocalisation, via des outils dédiés (systèmes d’information géographique ou SIG). 

    Afin de contourner cette difficulté, les professionnels de l’institution ont, dans un premier temps, déterminé une méthodologie entièrement tournée vers la notion géographique, s’appuyant sur les normes de ce secteur et s’affranchissant parfois des méthodes et standards de description de producteurs, de fonctions et de documents de l’archivage général.

    >Lire aussi : Quelle réglementation pour les systèmes d’information géographique (SIG) ?

    Rappelons que l’IGN n’a pas de vocation « muséale » : l’institut ne cherche pas à étendre sa collection de cartes, mais seulement à entretenir un outil de travail, à disposition des utilisateurs.

    « Ce savoir-faire a ses avantages et ses inconvénients », reconnaît Philippe Truquin, délégué au patrimoine et chargé de la politique d’archivage de l’IGN ; « notre méthodologie ne prétend ni être meilleure, ni moins bonne qu’une autre. Elle tient seulement compte de notre spécificité ».

    1. La définition des priorités

    Numériser un fonds de cartes implique d’établir des priorités. À l’IGN, une équipe de huit documentalistes est en charge de la conservation, de la gestion et de la dématérialisation de ces documents qui concernent le territoire français, les anciennes possessions françaises et le reste du monde.

    Actuellement, l’équipe réalise la numérisation continue des cartes sur la France (aujourd’hui dématérialisées à 90 %) et qui sera probablement terminée d’ici 2 à 4 ans.

    L’IGN a planifié son programme de numérisation selon trois principes :
        •    commencer par les fonds les plus anciens et précieux (urgence de la sauvegarde) ;
        •    numériser ce qui concerne la France métropolitaine et outremer (la mission de service public de l’IGN porte sur le territoire national) ;
        •    s’imposer de travailler par collection (pour ne pas s’éparpiller).

    À ces principes s’ajoute une démarche parallèle : la numérisation au fil de l’eau des demandes d’utilisateurs. In fine, ce qui est le plus demandé entre alors naturellement dans la planification et finit donc par être dématérialisé.

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    2. La qualité des fichiers

    En matière de résolution de numérisation, l’IGN réalise un éternel compromis entre la qualité des fichiers pour l’utilisation et la charge de stockage qu’elle entraîne.

    « Aujourd’hui, la numérisation que nous réalisons en interne est en 300 dpi, ce qui permet une impression et une exploitation du fichier sans pixeliser jusqu’à 200 % », explique Richard Basley, le responsable de la cartothèque ; « depuis quelques années, le format adopté est le JPEG 2000 en compression de 50 % ».

    Côté support, un restaurateur intervient sur certaines cartes anciennes dans un esprit de conservation ou réalise juste un entoilage pour solidifier les cartes abîmées avant numérisation.

    Important : les cartes sont des documents à deux faces ! Au fil de leur histoire, un certain nombre de mentions ont pu être portées sur leur dos, c’est pourquoi la préservation de ces annotations, et donc la numérisation en double face, est réalisée quand il y a lieu.

    >Lire aussi : France Archives lance la carte des lieux d'archives pour découvrir les sources liées à un territoire

    3. Le matériel utilisé

    L’IGN dispose de trois scanners à défilement A0, dont deux de 40 pouces et un de 44 pouces, en plus d’un scanner à plat au format A2 pour les formats réduits. Ce choix du matériel tient évidemment à la teneur du fonds, composé de nombreux grands documents.

    Important : attention aux documents rugueux anciens qui peuvent rayer les vitres des scanners très rapidement.

    « Au bout d’une dizaine de documents, des rayures apparaissaient sur la vitre, et donc dans les fichiers numérisés ensuite », signale Richard Basley ; « nous avons été obligés de changer de scanner ».

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    4. L’opération de numérisation

    À l’IGN, la numérisation prend 3 minutes par carte et 8 minutes s’il y a détramage (des trames sont parfois ajoutées lors de la conception d’une carte pour réaliser différentes couches de couleurs. Sans détramage, les aplats de couleurs peuvent se dégrader à l’impression et des artefacts apparaître).

    « En interne, nous pouvons numériser des documents allant jusqu’à 111 centimètres de large sur toute la longueur du document », explique Richard Basley.

    5. La géolocalisation

    La géocalisation consiste à inscrire la carte dans un système géographique (via le SIG), qui permet ensuite de la retrouver via une carte plus grande ou un tableau d’assemblage, ou de la superposer à d’autres cartes ou photographies (ex. : Google Maps ou Géoportail de l’IGN). Des coordonnées géographiques doivent donc être associées à chaque coin de la carte.

    « Cette géolocalisation a un impact considérable sur les instruments de recherche que l’IGN développe, ainsi que sur l’utilisation qui sera faite ensuite des cartes », s’enthousiasme Philippe Truquin ; « elle permettra aussi ensuite de géolocaliser une multitude d’autres archives, non nécessairement cartographiques ; c’est tout l’intérêt de ce qu’apporte l’IGN dans le domaine de l’archivage ».

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    6. La nomenclature

    La nomenclature utilisée pour nommer les fichiers créés intègre un certain nombre de métadonnées facilitant leur recherche dans une arborescence de répertoire.

    Cette convention qui précise le nommage, propre aux équipes en interne, mais facilement compréhensible pour une personne de l’extérieur, contient notamment le numéro de la carte, son échelle, sa date terrain (la date du levé, contrairement à la date de publication, qui peut intervenir jusqu’à deux ans plus tard) ainsi que des informations complémentaires s’il s’agit de cartes thématiques.

    « Cette nomenclature est propre à la cartothèque de l’IGN », rappelle Richard Basley ; « ce n’est pas une norme pour tous les organismes qui dématérialisent des cartes ».

    7. Le catalogage

    Voici les champs utilisés par l’IGN pour enregistrer une carte numérisée dans sa base de données :

    Collection
    Sous-collection
    Pays
    Série (liée à une échelle ou à une thématique)
    Titre
    Numéro
    Échelle
    Date terrain
    Date du tirage
    Producteur de la carte
    Éditeur
    Observations
    Notes

    « Nous n’avons pas développé la notion de thésaurus », précise Philippe Truquin, « car elle ne nous était pas directement utile pour exercer notre métier ; mais nous n’en faisons pas une position de principe et peut-être pourrions-nous être amenés à en développer un, à l’occasion du développement de tel ou tel service ».

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    8. L’archivage électronique

    Au sein de l’IGN, il existe un service d’une vingtaine de personnes dédié à l’archivage numérique de toutes les données produites par l’institut. Il existe aussi une « équipe produit » d’une dizaine de personnes, essentiellement des ingénieurs, qui met au point les méthodes et les outils tout en assurant la veille technologique. C’est elle qui garantit notamment la pérennité de l’archivage.

    Conformément au processus d’archivage de l’IGN, basé sur le modèle conceptuel OAIS, la cartothèque transmet par lots successifs l’ensemble de ses cartes numérisées au service d’archivage, selon les termes d’une convention « producteur – archiviste » élaborée conjointement.

    >Lire aussi : Comment mettre en place et gérer un système d'archivage électronique et numérique

    9. La diffusion en ligne

    Depuis un an, le stockage des données destinées à la diffusion en ligne a migré sur la toute nouvelle plateforme d’hébergement cloud interministériel Oshimae.

    « Nous avons un accord pour y stocker toutes nos données de diffusion, mais aussi pour servir de base de géolocalisation à toutes les informations qui y seront hébergées », précise Philippe Truquin.

    En pratique, deux modes de diffusion de l’information géographique produite par l’IGN sont proposés à l’utilisateur :
        •    le téléchargement document par document, à une résolution élevée (gratuit) ;
        •    la navigation dans un flux géographique (via un protocole WMTS pour Web Map Tile Service) qui permet d’afficher en streaming et de façon fluide une grande quantité de données géographiques sous la forme de tuiles à des échelles différentes (ex. : GoogleMaps ou Geoportail de l’IGN).

    Ces fonctions sont notamment intégrées dans le site Remonter le temps.

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